Photo fournie, Stéphane Bourgeois La mouture du classique Songe d’une nuit d’été présentée par le Théâtre du Trident marie théâtre et cirque. La pièce s’amène sur les planches de la Salle Maurice-O’Bready mardi.

Le songe d’une nuit d’été revisité

C’est une comédie qui a été présentée encore et encore. Un classique du théâtre anglais qui porte la griffe de Shakespeare.

« Le songe d’une nuit d’été, c’est la pièce la plus connue dans le monde anglo-saxon », précise le comédien et metteur en scène Olivier Normand, qui a apposé sa signature sur la version proposée par le Théâtre du Trident de Québec, en plus de prêter ses traits à l’emblématique Puck.  

Joué d’innombrables fois sur les planches de partout, le conte n’est pas, pour autant, si facile à résumer. Histoires de fées et amours croisées s’entrelacent dans la création qui compte une multitude de personnages. 

« C’est une pièce un peu hirsute, avec trois histoires parallèles qui s’imbriquent les unes aux autres, mais on pourrait dire que quatre amoureux, Lysandre, Hermia, Démétrius et Hélèna, partent dans la forêt, où se trouvent le roi et la reine des fées, Obéron et Titania. Ceux-ci sont en froid. Obéron demande à Puck, l’esprit des bois, d’utiliser ses talents d’ensorceleur. » 

Le coquin lutin s’emmêle dans ses philtres d’amour et bouscule les élans amoureux des uns et des autres. S’ensuit une série de quiproquos et autant de situations rocambolesques. 

« C’est comme une plongée dans le lieu confus du désir », explique Olivier Normand, en insistant aussi sur l’humour qui teinte les textes.

« La pièce a été écrite pour un mariage et, en parallèle de ce qui se passe dans les bois enchantés, on voit des ouvriers qui s’affairent à monter une représentation théâtrale pour celui-ci. C’est très clair, ils n’ont aucun talent! Les comédiens qui les jouent sont vraiment excellents. Ils s’amusent ferme à incarner des interprètes pourris et à multiplier les erreurs d’amateurs devant le public. » 

Olivier Normand, comédien et metteur en scène de la pièce Le Songe d’une nuit d’été.

Revisiter le texte

Dans le texte original, ces aspirants acteurs de série Z s’expriment dans une langue populaire peu châtiée, alors que les amoureux et les nobles fées se causent en vers. 

« On dilue souvent cette couleur dans la traduction, les niveaux de langage s’aplatissent pour tendre vers un français international. C’est ce qui fait que les personnages de clowns, dans le théâtre de Shakespeare, perdent parfois en mordant et en drôlerie lorsqu’on les joue en français. À la première lecture, on a décidé d’essayer de parler en québécois. J’ai dit aux acteurs de faire comme si c’était leur beau-frère qui faisait une pièce. Après deux répliques, on savait qu’on avait notre filon, que ça fonctionnait. »

D’autres auraient peut-être hésité à revisiter ainsi le texte du grand William.   

« Je n’ai pas cette pudeur face aux œuvres classiques. Ce ne sont pas des pièces de musée. Ce qui m’intéresse, c’est de voir comment, dans leur représentation sur scène, ces pièces parlent encore au public d’aujourd’hui. En modifiant le texte de cette façon, j’ai l’impression qu’on s’est approchés de l’œuvre originale, parce qu’on a été fidèles à son idée. Le Songe compte aussi beaucoup de références mythologiques. Mais qui sait qui est Circé? Et la reine de Carthage? À moins d’avoir fait son cours classique, ça ne dit pas grand-chose aux gens. En conservant le sens des phrases, l’idée de chacune, on a changé certaines répliques pour rendre le tout plus limpide. » 

La mouture proposée par Olivier Normand laisse aussi grande place à la musique. 

« C’est le musicien d’origine sherbrookoise Josué Beaucage qui signe la trame. On a décidé de prendre des sonnets de Shakespeare en anglais et de les coller aux mélodies, sans les traduire, pour ne pas perdre la musicalité de la poésie. » 

Du cirque et de la musique

Pour ajouter du pétillant et de l’étincelle à la proposition théâtrale, le Trident s’est associé à la troupe de cirque Flip FabriQue. Comédiens et acrobates se voisinent dans le spectaculaire décor qui commande rien de moins que trois jours de montage et qui « génère tout un ballet en coulisses » avec son trampoline, son mât chinois et ses voiles mouvantes. 

« C’est du grand déploiement, une grosse production qui réunit 14 interprètes. Plusieurs mises en scène du Songe ont, avant nous, intégré le cirque en attribuant le rôle des fées aux acrobates. Ça, ça me tentait plus ou moins. J’avais plutôt envie que le cirque et le théâtre soient tricotés ensemble. J’ai choisi des acrobates qui ont des similitudes avec certains acteurs, de façon à ce qu’ils puissent incarner l’impulsion, l’élan secret de ceux-ci. »

Le mariage des deux disciplines a non seulement servi la production, il a aussi nourri les artistes. 

« Chacun était curieux du travail de l’autre. C’était l’fun de voir comment les deux groupes se contaminaient. Cette façon de travailler a donné des libertés aux comédiens autant qu’aux acrobates », dit celui qui a signé la mise en scène du premier spectacle de Flip FabriQue (Attrape-moi), et qui assure aussi celle de Blizzard, le prochain tour de piste de la troupe circassienne qui prendra l’affiche au Québec l’automne prochain.

Vous voulez y aller?

Le Songe d’une nuit d’été
Mardi 26 février, 20 h
Salle Maurice-O’Bready
Entrée : 52 $ (étudiant : 42 $)