Karine Prémont a lancé son livre Les grandes affaires politiques américaines à Montréal la semaine dernière et le présentera à Sherbrooke mercredi à 17 h 30 au Boquébière.

Le processus de destitution de Trump marque déjà l'histoire, selon Karine Prémont

À l’aube du lancement sherbrookois de son livre Les grandes affaires politiques américaines, la professeure à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke Karine Prémont pense que le processus de destitution engagé par les démocrates envers le président américain Donald Trump marque déjà l’histoire.

La Pre Prémont présente dans son ouvrage de grandes affaires politiques américaines qui ont marqué l’imaginaire, comme le Watergate, les Pentagone Papers et la Crise des otages. « Dans le livre qui sort cette semaine, il y a déjà les deux cas contemporains de destitutions : le Watergate avec Richard Nixon et l’affaire Lewinsky avec Bill Clinton, explique-t-elle. C’est un élément qui pourrait faire l’objet d’une chronique quand on aura le recul nécessaire pour évaluer tout ça et quand l’élection de 2020 sera passée. C’est ce qu’on veut savoir, une fois que la procédure est terminée, qu’est-ce que ça change réellement pour la vie politique américaine? On ne peut pas le savoir sur le coup, il faut attendre le passage des années avant de pouvoir l’évaluer correctement. »

Le cas de Donald Trump est déjà historique, selon elle, dans la mesure où c’est seulement la quatrième fois dans l’histoire américaine qu’un tel processus est amorcé. « C’est un événement assez exceptionnel. [...] Il faut rappeler que c’est un processus en deux temps. Le premier, qui se déroule actuellement, c’est à la chambre des représentants. Un vote sera pris à majorité sur la mise en accusation du président. Une fois que ce sera fait, car on s’imagine bien qu’avec la majorité démocrate à la chambre des représentants, Trump, vraisemblablement, sera mis en accusation, ça se dirigera vers le Sénat, où il y aura un vote au deux tiers qui devra être pris sur la condamnation ou l’acquittement du président sur les chefs qui seront déterminés par la chambre », vulgarise la professeure.

« Comme il y a une majorité républicaine [au sénat], on peut imaginer qu’à moins d’un tournant spectaculaire, Trump sera acquitté, enchaîne-t-elle. En tous cas, c’est le scénario à l’heure actuelle qu’on peut imaginer. Ça veut donc dire que l’élection présidentielle de 2020 va déterminer l’importance dans un sens ou l’autre de cette procédure. Dans un cas où Donald Trump était destitué par le sénat, ce serait historique, car ce serait la première fois. Dans les trois autres cas, aucun président ne s’est fait destituer par le sénat. On n’est pas là; les scénarios ne vont pas dans cette direction. »

La démocratie en direct

Comment est-ce qu’un politologue analyse ce processus de destitution? « Je regarde ça comme un entomologiste regarde les fourmis. Pour les politologues, c’est rare de pouvoir voir en direct les mécanismes démocratiques en action. C’est ce qu’on voit. Je suis trop jeune pour me rappeler de Nixon, mais je me rappelle de Clinton où je regardais, je suivais comme personne intéressée. J’étais étudiante, pas professeure », décrit celle qui donne un cours et lance son livre à Sherbrooke mercredi, 17 h 30, au Boquébière dans le cadre de l’Université populaire de Sherbrooke (UPOPS).

« Ça donne un peu plus de concret à mon travail, poursuit Karine Prémont. Quand j’explique la procédure de destitution, quand j’explique les pouvoirs exécutifs et législatifs aux États-Unis, on a quelque chose de très concret avec quoi travailler pour donner des exemples aux étudiants. On peut voir comment fonctionne ce système de surveillance et de contrepoids. C’est une espèce de laboratoire pour nous », résume-t-elle, disant suivre cette situation également comme citoyenne, puisque tout ce qui se passe aux États-Unis affecte le Canada et le reste du monde.

Ce qu’elle a dit...

Que pense la professeure de l’École de politique appliquée Karine Prémont...

...de la popularité de la politique américaine au Québe: « Je ne peux pas l’évaluer de façon chiffrée ou scientifique, mais je me rends compte qu’il y a vraiment un intérêt marqué pour ça. D’abord, on le voit au Québec avec toute la couverture médiatique de ce qui se passe aux États-Unis. Par exemple, RDI et LCN ont couvert en direct les élections de mi-mandat, ce qu’on ne voit pas d’habitude à la télévision québécoise. On couvre aussi beaucoup les débats lors des primaires démocrates. L’espace médiatique dans les journaux est très important sur les États-Unis. Je le vois à Sherbrooke lorsque je participe à des conférences publiques ou lors des cours que je donne à l’UPOPS. Il y a toujours plein de monde qui vient et on voit qu’ils suivent l’actualité, car ils posent des questions assez précises. Il y a un intérêt pour comprendre ce qui se passe et peut-être pour être rassuré par rapport à ce qui se passe. »

...du nombre de candidats aux primaires démocrates : « Je trouve ça quand même intéressant qu’il y ait une aussi grande variété de candidats. On voit des hommes, des femmes, des jeunes, des plus âgés, des Latino-Américains, des Afro-Américains, des gens qui ont toutes sortes de passé professionnel et le premier candidat homosexuel. Je trouve ça intéressant et rafraîchissant de voir que la situation politique actuelle mobilise des gens d’autant de catégories différentes. C’est une réaction à Trump : il s’est mis à dos beaucoup de groupes, a dérangé plusieurs personnes. Évidemment, ce genre de situation où plusieurs candidats se disputent le même poste laisse quelques fractions. Quelques luttes intestines peuvent être plus difficiles à réparer. On pense à 2016 où les partisans de Bernie Sanders ne se sont pas ralliés à Hillary Clinton quand est venu le temps de voter. On craint la même situation, mais j’ai l’impression que ça va être différent, il faudra voir. »

...de la possibilité de voir Donald Trump battu chez les républicains : « Il [Donald Trump] est à peu près sûr de remporter. Pour l’instant, quelques candidats lui font une opposition, mais ils n’ont à peu près aucune chance de gagner. Cinq ou six États ont annulé les primaires républicaines, car il n’y a pas d’autres candidats qui sont inscrits. Je ne vois pas bien quelle figure, soudainement, pourrait sortir du chapeau et affronter Trump, surtout dans cette procédure de destitution dont on ne connait pas l’issue. Si Trump devait être destitué, Mike Pence, s’il était encore en poste, le remplacerait et à ce moment, sans doute, serait le candidat pour 2020. Pour l’instant, ce serait un peu hâtif pour un républicain bien connu de se lancer et bientôt, il sera trop tard pour le faire. Je pense que les républicains sont pris avec Trump, dans un sens ou dans l’autre cette année. » 

Vous voulez y aller?

Présentation du livre Les grandes affaires politiques américaines et cours de l’UPOPS
Karine Prémont
Le mercredi 20 novembre
17h30
Boquébière
Gratuit