Alexandre Perreault et Félix Grenier dans une scène de Fauve.

« Le plus loin qu’on peut aller! »

C’est déjà un exploit en soi que d’être en nomination aux Oscars — ici pour un court métrage québécois, « Fauve », du réalisateur sherbrookois Jérémy Comte. Mais ce dernier et son jeune acteur, Félix Grenier, commencent à être habitués aux grands honneurs, ayant remporté plus de 60 prix dans 39 pays, au cours des 120 festivals où le film a été sélectionné, depuis environ un an.

« Être nommé aux Oscars, c’est déjà comme être rendu le plus loin qu’on peut aller! C’est mon père qui me l’a fait réaliser. Il m’avait dit qu’il y avait un acteur qu’il avait toujours admiré pendant toute sa vie, mais qu’il est maintenant numéro deux, car c’est moi le premier! » raconte Félix en riant.

L’adolescent de 14 ans, presque 13 lors du tournage à l’été 2017, habite à Stratford. Quand, à l’école, il a appris qu’un petit film serait tourné dans la région et que des auditions s’annonçaient, il a donné son nom, car il suivait quelques cours d’art dramatique. Le réalisateur préférait de nouveaux visages pour le choix des jeunes acteurs du film, d’où les auditions « sauvages », dans le jargon du cinéma.

« Nous étions 70 au début, sans aucune expérience, puis nous sommes restés onze après les éliminations, et enfin trois. C’est un gars que je ne connaissais même pas, Alexandre Perreault, qui a été choisi avec moi, parce que nous avions déjà une bonne complicité lors des auditions, et c’est ça que Jérémy Comte recherchait! » admet Félix.

Il a vécu une très grosse semaine de tournage, mais depuis, tout est revenu passablement à la normale.

« Chaque jour de tournage, je revenais chez moi fatigué, mais fier de ce que j’avais fait. Je racontais tout à ma mère, j’étais content. C’étaient de longues journées, mais j’avais hâte au lendemain, j’aurais continué! » s’exclame-t-il.

Le film, qui ne dure qu’un peu plus de 16 minutes, raconte l’histoire de deux garçons qui se défient à tour de rôle, en jouant sur le site d’une mine à ciel ouvert, comme le feraient deux amis, qui s’amusent aussi l’un de l’autre. Le contexte plutôt malsain, à un certain point, vire au tragique, non seulement pour le spectateur, mais également pour le personnage joué par Félix…

« On peut l’interpréter comme on veut, et je respecte ça, mais c’est la perte d’un ami, avec qui on rit. On se défie, c’est normal et c’est drôle, mais c’est lors d’un jeu dangereux, quand je semble faire ce qui m’a été fait, que ça devient différent. J’ai vraiment perdu un ami dans le film. Là, on trouve ça moins drôle! On ne sait jamais ce qui peut arriver, mais cela n’a pas changé grand-chose à la manière de jouer avec mes amis », assure Félix.

Avant la célébrité

Parmi les prix d’acteur remportés par Félix, il y a celui de la meilleure interprétation masculine au 15e Gala Prends ça court!, reçu conjointement avec Alexandre, et ceux du meilleur acteur au Festival international de films Fantasia (Montréal), au Manhattan Short, au SPASM Festival (Montréal) et au 24fps International Short Film Festival (Abilene, Texas).

« Les prix que nous avons reçus n’ont pas changé ma vie. Ce fut une belle expérience de faire le film. Quand le prix, c’est comme meilleur acteur, c’est plus personnel. J’ai su que j’avais accompli quelque chose dont je suis fier. L’Oscar, on l’espère, mais c’est différent. C’est plus pour un travail d’équipe. »

Ses amis ne l’ont pas trop taquiné depuis qu’il a tourné un film, mais il se fait parfois demander une photo avant qu’il devienne trop célèbre, et d’aucuns souhaitent qu’il se rappelle leurs noms, plus tard, à la blague.

Il a beaucoup aimé travailler avec Jérémy Comte. « Nous avons eu une relation superbe. Il était ouvert à toutes les idées, il a même modifié un peu l’action selon notre personnalité. C’est comme s’il s’est adapté à notre jeu, c’est quelqu’un d’incroyable! »

Alexandre est devenu un ami, car ils ont ri beaucoup et la complicité du début s’est perpétuée au cours du tournage.

Il ambitionne de jouer dans d’autres films. C’est déjà commencé : un clip de la chanteuse Isabelle Blais a requis sa collaboration et sortira en février.