Les percussionnistes Emmanuel Séjourné et Mario Boivin sont les deux solistes invités du premier concert de la saison de la nouvelle saison de l’Orchestre symphonique de Sherbrooke. Ils joueront un concerto pour marimba, vibraphone et cordes composé par Emmanuel Séjourné lui-même. Des œuvres de Franck et Ravel sont aussi au programme.

Le plaisir avant le moderne

Sans vouloir faire de mauvais jeux de mots, ce n’est pas la première fois que le percussionniste Emmanuel Séjourné « séjourne » en Estrie. Son premier passage remonte à 2003, alors qu’il avait participé à un festival de percussions organisé par les étudiants de l’École de musique de l’Université de Sherbrooke. À l’époque, il avait déjà joué aux États-Unis et au Canada anglais, mais c’étaient ses premiers concerts au Québec.

« Je crois être revenu au moins une fois à Sherbrooke par la suite, mais seulement pour donner des classes de maître. J’ai aussi déjà participé aux stages d’Orford au moins deux fois », évoque celui qui enseigne au Conservatoire de Strasbourg.

Mais ce sont avant tout ses talents de compositeurs qui font qu’Emmanuel Séjourné est de retour, cette fois comme soliste invité de l’Orchestre symphonique de Sherbrooke (OSS).

« En fait, Mario Boivin, qui est professeur ici à l’École de musique, a eu vent que j’avais écrit un nouveau concerto pour vibraphone, marimba et orchestre à cordes. Il m’a proposé d’en faire la création nord-américaine ensemble. »

En fait, c’est la Sinfonia de Lanaudière, orchestre fondé et dirigé par le chef de l’OSS Stéphane Laforest, qui a eu la primeur de cette création, la semaine dernière, à L’Assomption. Et la réception enthousiaste du public a rassuré Emmanuel Séjourné.

Tango dans Gotan

D’abord écrit pour quatuor de marimbas, Gotan (tel est le titre du concerto) a vite bénéficié d’une version pour vibraphone et marimba. « Parce que les quatuors de marimbas, ça ne court par les rues et ce n’est pas évident pour la tournée », souligne Emmanuel Séjourné, pour rappeler que défis logistiques des percussionnistes.

De cette œuvre réunissant des réminiscences de musique du monde (surtout le tango, car Gotan est l’inversion des deux syllabes du mot) et de musique de film, Emmanuel Séjourné dira qu’elle est dans la lignée de ce qu’il aime entendre lui-même, loin du contemporain extrême.

« Le deuxième mouvement s’intitule Serenity, car on doit effectivement naviguer en pleine sérénité pour le jouer. Quant au troisième mouvement, je voulais lui donner un titre des Balkans, mais comme un des quatre marimbistes était d’origine roumaine, il ne voulait surtout pas d’un tel titre. Ils m’ont donc proposé de le rebaptiser Sahara, pour son côté légèrement oriental dans le groove. »

L’œuvre au programme de l’OSS samedi connaîtra-t-elle le même retentissement que son célèbre concerto pour marimba, qu’il a écrit en 2005 et qui, depuis, a été interprété plus de 400 fois un peu partout dans le monde?

« C’est une forme de record, car il est rare que des concertos actuels soient joués aussi souvent. Mais l’intérêt varie selon le pays. Par exemple, en France, il n’a été joué que trois fois, mais beaucoup plus en Allemagne. Ce n’est pas non plus de la musique ultracontemporaine. L’œuvre est très tonale. Il y a peut-être aussi un intérêt pour l’instrument derrière ce succès. »

Le plus drôle, c’est que cette œuvre, il ne l’a jamais jouée lui-même. « Je n’en ai jamais eu envie. C’était une commande, explique-t-il. Je me sentais comme un auteur de théâtre à qui un acteur a demandé d’écrire une pièce : lorsqu’il écrit, l’auteur le fait en pensant à quelqu’un d’autre, soit l’acteur. Mon concerto pour marimba, je l’ai donc écrit en ne pensant pas du tout à moi. »

Vous voulez y aller
Orchestre symphonique de Sherbrooke
Samedi 7 octobre, 20 h
Entretien devant public avec Emmanuel Séjourné et Mario Boivin, 19 h
Salle Maurice-O’Bready
Entrée : 37 à 61 $ (aînés : 32 à 53 $; étudiants : 15 à 53 $)