Durant son spectacle Sur le bout de ta langue, David Goudreault décroche des textes de sa « corde à poèmes » qu’il lit au public. Ils ne seront pas tous sélectionnés lors de chaque prestation : l’artiste tient à laisser de la place à l’improvisation.

Le patchwork de poésie de Goudreault

CRITIQUE / « Question : est-ce que la vie a du sens? »

C’est avec cette interrogation – quand même pas pire chargée – que l’auteur, chroniqueur et slameur David Goudreault a ouvert samedi son spectacle Sur le bout de ta langue à la salle du Parvis. Il a ensuite enchaîné immédiatement avec un texte, exécuté avec brio comme d’habitude, où il a appelé la poésie à sa rescousse.

Et la poésie a bien entendu son appel. Après cette introduction, Goudreault s’est penché tout au long de la soirée sur l’importance de l’expression par les mots, extraits de textes à l’appui.

Ceux-ci étaient variés : les spectateurs ont eu droit à un extrait de La course à l’amour, roman jeunesse publié à La Courte Échelle, à la poésie d’Yves Boisvert, de Gaston Miron et de Baudelaire, aux textes de Jack Kerouac... et évidemment à des textes signés Goudreault, dont un magnifique ode à Sol – « slameur avant le temps », tel que le décrit Goudreault.

L’artiste avait sur scène devant lui une « corde à poèmes », sorte de petite corde à linge sur laquelle étaient accrochés des textes, qu’il sélectionnait pour les lire pendant la prestation. Ils n’ont pas tous fait partie du spectacle : pour David Goudreault, il est important que celui-ci reste adaptable.

De toute façon, si on suit un peu sa carrière, on sait que l’improvisation ne lui fait pas peur. Et pour prouver qu’il n’est pas rouillé, il a à deux reprises improvisé des poèmes avec des mots suggérés par les spectateurs pendant la soirée.

Spectacle hybride

Comment David Goudreault peut-il déclamer la douce poésie d’Hélène Dorion juste avant de scander le Mal au pays de Gérald Godin sans casser le rythme de son spectacle? Grâce à un fil conducteur solide.

De sa voix douce et chaleureuse, l’auteur raconte sa vie tout au long du spectacle, de sa naissance (alors qu’il est le bébé le plus laid de l’hôpital) jusqu’aux ateliers de création qu’il donne aujourd’hui, en passant par sa jeunesse troublée, par les professeurs qu’il y a eu sur son passage et par la Coupe du monde de slam poésie qu’il a remportée en 2011 en France.

Et au fil des diverses étapes, il revient sans cesse sur l’impact qu’a eu chez lui l’expression par l’écriture, qu’il s’agisse de ses livres actuels, de ses slams, du rap qu’il écrivait adolescent ou encore de la toute première histoire qu’il a écrite... à 8 ans. « Tout ce qui ne s’exprime pas s’imprime », dit-il d’ailleurs à quelques reprises, et pas dans le sens où on en fait des romans : dans le sens où ça s’imprime en soi, ça laisse des marques. Autrement dit, si les paroles s’envolent et que les écrits restent, les non-dits lestent.

Au niveau de la forme, on se retrouve donc avec un spectacle qui est un hybride entre une conférence sur l’importance de l’expression, une soirée de lecture et un show d’humour – parce que les anecdotes sur sa vie sont racontées de façon franchement drôle.

En entrevue à La Tribune en septembre dernier, David Goudreault affirmait qu’il ne ferait pas un spectacle d’humour : « Ce sera plus près du monologue. Je ne suis pas humoriste et mon intention n’est pas de le devenir [...] avec ce spectacle, je souhaite faire prendre conscience aux gens qui aiment l’humour qu’ils aiment aussi la poésie. C’est juste que la plupart ne le savent pas, parce qu’on ne la leur a jamais fait ressentir. »

On peut s’obstiner sur les mots (après tout, on parle de Goudreault), mais il reste qu’on avait à plusieurs moments l’impression d’assister à un spectacle d’humour. Un humour drôle, touchant et intellectuellement stimulant, soit, mais de l’humour quand même. Quelques voix empruntées et mimiques rappelaient même Louis-José Houde par moments; mais on ne tombait jamais dans les grands éclats de rire. Le spectacle était avant tout touchant, mais l’objectif de souligner la proximité entre l’humour et la poésie est bel et bien atteint.

Les habitués de Goudreault ne se seront pas sentis dépaysés par ce spectacle – et auront probablement reconnu des textes qu’ils connaissaient déjà, comme 100 titres, de son album La faute au silence –, et ceux qui sont moins habitués à son style auront eu droit au forfait découverte total.

Il s’agit en somme d’un bon spectacle qui fait sourire, qui touche droit au cœur... et qui donne sacrément envie de lire et d’écrire.