Luce Dufault

Le «nouveau départ» de Luce Dufault

Luce Dufault a longtemps hésité, avant de revenir au-devant de la scène avec un album sous le bras.

La chanteuse n’avait pas osé endisquer de matériel original depuis Du temps pour moi, il y a de cela sept ans.

« Ce n’était pas prévu que ce soit si long. Ça fait au moins 6 ans que je dis que ça s’en vient ! » sourit Luce Dufault, au bout du fil, à quelques jours de la sortie de Dire combien je t’aime, son 10e album en carrière, paru vendredi 6 mars.

À l’époque, elle s’autoproduisait, épaulée par son conjoint producteur et gérant, Jean-Marie Zucchini.

Les difficultés de l’industrie du disque, l’incertitude qui ne se défilait point à l’horizon, ont eu raison de ses envies de retourner en studio.

« J’avais assez de chansons, mais j’avais peur. Le milieu me freinait un peu. Je n’arrivais pas à justifier l’importance de faire un nouvel album. [En tant que productrice], je trouvais ça cher payé pour une simple carte de visite musicale. »

Ceci, conjugué au fait qu’« il y avait toujours quelque chose qui faisait en sorte que je me retrouvais sur scène, ou dans un projet qui me plaisait », ajoute-t-elle.

Ces dernières années, le public de Luce Dufault a dû se contenter d’un album best of (en 2015) et de sa présence scénique, notamment avec la tournée Entre vous et nous, qui réunissait la chanteuse et ses « chums de filles » : Marie Michèle Desrosiers, Martine St-Clair et Marie-Élaine Thibert.

Or, ce show de filles était produit par Martin Leclerc. Avec lequel elle s’est liée d’amitié. C’est lui qui a proposé de produire la suite des aventures sur disque. Tout en laissant à la chanteuse une « totale liberté artistique ».

« Il y a quelque chose de très naturel qui s’est passé avec Martin. Ça m’a donné le souffle qu’il me manquait pour [me replonger] dans ma collection de chansons qui traînaient depuis trop longtemps. [...] C’est comme un nouveau départ », assure Luce Dufault.

Compositrice

Un départ marqué par une plus grande assurance...

Pour la première fois de sa vie, Luce Dufault se départit de l’épithète d’interprète, pour endosser — certes encore timidement — celui de compositrice. Elle a en effet signé la mélodie de La chanson de Cohen, hommage au poète décédé, qui clôt tout en délicatesse cet album par ailleurs consacré à l’amour avec un grand A.

« Sachant l’amour infini que j’ai pour Cohen et sa musique, Marc Chabot m’avait envoyé ce poème. J’ai tout de suite appelé Richard Séguin, pour voir s’il voulait me faire une mélodie... Et Richard m’a dit “NON ! C’est toi qui vas faire la musique.” », retrace l’Ottavienne d’origine.

C’est donc lui qui lui a donné « l’élan » initial.

D’abord tétanisée, elle a fini par apprivoiser l’idée. « Ç’a été très long. Ç’a été fait sur des années, par étape. Et quand je l’ai finie, j’ai été incapable de la faire écouter à qui que ce soit. À part Richard, personne, pas même mon chum, ne l’avait entendue, jusqu’à deux mois avant de rentrer en studio. »

Son grand complice Richard Séguin savait comment la rassurer : « Il a chanté ma chanson, depuis son studio, avec son arrangement à lui, pour me permettre d’avoir une distance sur ma propre chanson. Et c’est sa version que j’ai fait écouter à tout le monde », s’amuse-t-elle.

« Je me sentais comme une adolescente » embarquée sur un coup de tête dans une aventure qu’elle ne maîtrise pas. « J’avais peur qu’en l’entendant, on me dise “oui, c’est beau !” par manque d’honnêteté. Et que je me retrouve [plus tard] à défendre quelque chose de pourri. »

« J’ai attendu trop longtemps, je sais. Et ça se soigne, je sais... », pouffe Luce Dufault, en évoquant son syndrome de l’imposteure.

L’amour qui dure

Ce disque nappé de cordes est une exploration des relations amoureuses. Pas de l’amour coup de foudre, passion, fusion, mais de la relation qui s’enrichit de long terme. On est moins dans l’intensité choses du cœur que dans leur densité. Leur profondeur.

« Ce sont des points de vue sur l’amour dans ses subtilités, quand [le couple a réussi à] passer à travers le temps, la carrière, les enfants. [Les chansons parlent de] la trace qu’il reste de tout ça, après que les enfants ont quitté la maison, après les épreuves. Parce qu’une relation amoureuse, ça n’est jamais figé ; ça bouge, même quand ça ne casse pas », estime Luce Dufault.

En connaissance de cause. Son chum partage sa vie depuis 30 ans. « Il y a eu des moments plus difficiles, et même si aujourd’hui ça va très bien, il y a toujours des petits trucs à revoir, à reconstruire, à réinterpréter », pour garantir à long terme la solidité du couple.

Le premier extrait, Débrise-nous, peut être à la fois « interprété comme une chanson d’amour et de rupture », note-t-elle pour illustrer la subtilité des textes.

Cette chanson, c’est l’écrivain David Goudreault (la trilogie La bête) qui la lui a offerte, sur une musique de Richard Séguin. Le tandem a aussi signé pour elle le morceau Ma vie avant toi.

Travail de couples

Goudreault est un nouveau collaborateur de Luce Dufault, une rencontre qu’elle « doit aussi à Richard Séguin », mentionnera-t-elle. Christian Marc Gendron (La Voix 7), venu lui offrir la mélodie de L’amour et le carbone, et l’auteur gatinois Dany Rossignol, qui signe pour elle Une page blanche, sont d’autres nouveaux complices.

Les textes sont en général le fruit de vieux complices, comme Nelson Minville, Daniel Bélanger et Zachary Richard. Daniel Lavoie a apporté une mélodie.

Parmi ces plumes aiguisées se trouvent d’ailleurs deux couples artistiques ayant passé l’épreuve du temps : Andrea Lindsay et Luc De Larochellière, ainsi que Catherine Major et Jean-François Moran. Ils ont signé à quatre mains quelques chansons chacun.

Moran est d’ailleurs un ami très proche — et de longue date — du couple Dufault-Zucchini.

Ses textes « sont très inspirés » du vécu de Luce Dufault et de son amoureux, tout en sachant cacher pudiquement et poétiquement la réalité de leur intimité. « Moran connaît tous les détails de notre couple, les bulles de bonheur qu’on a partagées avec lui, et il [s’est amusé à saupoudrer] tout ça dans ses textes, le coquin ! Ainsi, Marseille représente bien notre rencontre et notre relation ».

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Pochette de l'album <em>Dire combien je t’aime</em>, de Luce Dufault

DES CHANSONS QUI RESPIRENT

Sur le plan des orchestrations, Luce Dufault cherchait une subtilité qui fasse écho à celle des textes.

Elle voulait faire de la place «aux cordes et aux percussions» et tenait à laisser les mélodies «respirer». Les arrangements de cordes sont signés par Antoine Gratton.

Multiplier «les explosions vocales, ça ne me tente plus. Des fois, tu “ouvres” parce que c’est naturel, c’est la rencontre de la mélodie, de l’émotion et du mot. Mais je ne suis pas là pour épater la galerie. Je sais que je l’ai beaucoup fait [en début de carrière]. Si je tombe sur une vidéo de moi jeune, je me tape un peu sur les nerfs.»

«Les mots [des nouvelles chansons] sont tellement riches, ce n’était pas nécessaire d’en rajouter des tonnes.»

La tournée Dire combien je t’aime — qui ne se mettra en branle qu’à l’automne 2020 — sera donc «intimiste», promet la chanteuse. Quatre musiciens, pas plus. Et des cordes pour les épauler, parfois, lors d’«occasions spéciales».  

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POUR Y ALLER

Quand ? 17 février 2021 à 20 h

Où ? Maison de la culture de Gatineau

Renseignements : 19-243-2525 ; salleodyssee.ca