Les Lost Fingers ont longtemps hésité avant de faire un album de Noël, craignant autant la commercialisation propre au temps des Fêtes que les clichés de ces airs incontournables.

Le Noël sans grelots des Lost Fingers

Les Lost Fingers ont longtemps hésité avant de plonger dans l'aventure d'un album de Noël, craignant autant la commercialisation propre au temps des Fêtes que les clichés de ces airs incontournables. Ils se sont néanmoins prêtés à l'exercice et sont ressortis des studios avec l'un de leurs albums les plus ambitieux : Christmas Caravan.
Pour leur sixième enregistrement, le groupe s'était imposé quelques règles; en particulier celle d'éviter de mettre des grelots pour évoquer Noël. S'il s'est attaqué à des classiques comme White Christmas, Go Tell It on the Mountain ou Greensleeves, le groupe de Québec a tenu à leur insuffler une dose de fraîcheur. Dans le processus, il s'est même renouvelé à plus d'un égard...
Voilà déjà près de 10 ans que les Lost Fingers font leur petit bonhomme de chemin. On connaissait bien l'approche de la bande, qui s'était fait un nom en revoyant avec humour des succès anglophones ou francophones à travers la lorgnette du jazz manouche. Sans perdre de vue cette signature, le trio, qui est devenu quatuor lorsque Valérie Amyot (voix) et François Rioux (guitares) ont rejoint les membres fondateurs Byron Mikaloff (guitares, voix) et Alex Morissette (contrebasse), a voulu se donner davantage de latitude. C'est plus évident que jamais sur Christmas Caravan, où les sourires demeurent, certes, mais où c'est en premier lieu la rigueur du travail artistique qui rejoint l'oreille.
« Je crois que [les reprises humoristiques et ironiques], ça fait son temps, indique Byron, mais ça ne veut pas dire qu'on ne rit pas. On a ri en tabarnouche en faisant cet album-là, mais on a voulu respecter les chansons de Noël, aussi. »
« Je pense que c'est plus difficile de rendre la musique de Noël humoristique, poursuit Valérie Amyot. On l'a fait avec Frosty The Snowman, qui est quand même très caricaturale, mais ce n'est pas comme reprendre Touch Me de Samantha Fox où, nécessairement, ça devient humoristique. Par contre, sur scène, il y a toute une théâtralité qui s'ajoute à ça... »
Création originale
Le premier élément de nouveauté, quand on fait tourner Christmas Caravan, est sans contredit la pièce titre, qui ouvre l'album. Il s'agit en effet d'une composition originale du groupe - la toute première. Bien sûr, par le passé, les Lost Fingers faisaient usage de créativité en réinventant des titres connus, mais ils n'avaient encore jamais proposé une chanson flambant neuve.
« C'est le fun, parce que les gens se demandent si c'est une reprise ou une pièce originale, celle-là », s'amuse le guitariste François Rioux.
« On ne détesterait pas faire comme les Puppini Sisters, qui vont faire six ou sept reprises, pour ensuite mettre une compo, affirme pour sa part Byron Mikaloff. C'est agréable de mélanger ça un peu. »
Autre chose que l'on remarque : la présence accrue de Byron au chant. Le guitariste et chanteur, qui est toujours très énergique, raconte avoir suivi des cours pour perfectionner son art derrière le micro et doser ses envolées. Dorénavant, il a l'aisance nécessaire pour donner la réplique à Valérie Amyot, ce qui permet aux Lost de jouer davantage sur les contrastes.
« On voulait avoir plus de variété, précise Valérie. Une voix masculine et une voix féminine, c'est très différent, je pense que ça permettait d'aller ailleurs et d'avoir un album super varié. J'aurais bien voulu faire la job de Byron sur We Three Kings, mais je n'aurais jamais été capable de donner cette impression de lourdeur. Il y a presque juste des voix masculines là-dessus... »
« Mais sur Mele Kalikimaka, un gars ne peut jamais donner la même justesse et la même sensibilité qu'une femme, réplique Byron. Et une femme va amener un charme à une chanson... Ce n'est pas le même genre. Donc, je trouve que l'album est bien équilibré en ce sens-là. »
Aux voix des Lost Fingers s'en sont ajoutées plusieurs autres, car le groupe a voulu exploiter au maximum le concept de « caravane » qu'implique le titre. Le respecté guitariste manouche Biréli Lagrène a fougueusement manié la six-cordes sur Auld Lang Syne, la chanteuse Kim Richardson a fait vibrer sa voix soul sur Go Tell It on The Mountain, tandis que le joueur de timple German Lopeza a mis des teintes des îles Canaries sur Mele Kalikimaka.
La touche Jorgenson
Pour réaliser leur album, les Lost Fingers ont de nouveau recruté le multi-instrumentiste John Jorgenson (Elton John, Bob Dylan), avec lequel ils ont développé une relation depuis quelques années déjà. En plus d'être un redoutable guitariste, Jorgenson a soufflé dans les clarinettes et saxophones, manié l'orgue, le bouzouki, la mandoline et des percussions. Il a aussi participé aux arrangements musicaux et vocaux. Difficile de ne pas être saisi par la profondeur de We Three Kings, où le violoniste de Québec Sylvain Neault s'illustre, ou par Auld Lang Syne, qui inclut un étonnant passage russe. Avec les Lost Fingers, Noël a peut-être perdu ses grelots; or il a gagné en diversité, du country à la musique du monde, sans oublier l'incontournable swing manouche...
« John était vraiment inspiré, conclut Byron. Il a mis son nom sur l'album de plusieurs façons. Il n'est pas sorti du studio une fois quand il est venu enregistrer! »
« On se fait dire parfois que [nos reprises jazz-swing], c'est toujours pareil ou toujours le même beat; mais personne ne peut dire ça, cette fois », constate le contrebassiste Alex Morissette.
Les Lost Fingers, qui ont si longtemps hésité à faire un album de Noël, semblent en paix avec leur choix. Tellement qu'une autre fournée de 12 chansons est attendue pour l'an prochain, avec notamment une reprise de New Year's Day, de U2.
LOST FINGERS
Christmas Caravan
NOËL
L-Abe
La neige du Nouveau-Mexique
Dès leur premier album en 2008, les Lost Fingers ont misé autant sur le contenu musical que sur le visuel. Ça se poursuit encore aujourd'hui avec Christmas Caravan, où les airs de Noël se doublent de costumes dorés ainsi que d'une pochette et d'un vidéoclip élaborés, lesquels ont impliqué un voyage de quatre jours au White Sands National Monument, au Nouveau-Mexique.
« Le sable blanc, ça évoque la neige, mais comme l'album s'appelle Christmas Caravan, c'est quelque chose de plus chaud », explique Valérie Amyot.
« On avait eu une occasion pour faire un show en Égypte et on avait eu cette idée de désert, de caravane, relate Alex Morissette. Comme il y avait un désert blanc en Égypte, on avait eu le flash, mais le contrat n'a pas marché... On s'est dit : on va essayer de trouver autre chose. On a regardé des pits de sable à Thetford Mines en se disant qu'on allait les décolorer, mais ça devenait compliqué. C'est dur de faire un concept intéressant et unique dans le cadre de Noël. En faisant de la recherche, on est tombé sur cette place-là au Nouveau-Mexique. »