Robby Johnson

Le monde merveilleux du country

La nouvelle en a surpris plusieurs : Robby Johnson prépare un disque tout francophone qui devrait arriver sur les tablettes à l’automne. Le Beauceron maintenant établi à Nashville aurait pourtant pu continuer à ne chanter qu’en anglais et poursuivre son chemin musical aux États-Unis, où il est devenu une vedette du country. Au pays de l’oncle Sam, ses chansons trouvent écho auprès d’un public toujours grandissant.

« Mais je ne pouvais pas passer à côté d’un disque en français. Ce sont mes origines et j’en suis fier. J’ai eu tellement d’appui des gens d’ici depuis que je fais carrière en musique, j’avais envie de leur dire merci. »

Durant l’été, avant le lancement de ce nouvel opus, le chanteur multipliera les allers-retours entre les États-Unis et le Québec. Il poussera la voix à San Diego et Fort Myers avant de se produire à Warwick. Il jouera à San Francisco et Lafayette avant de se pointer à Sainte-Perpétue et Malartic et de retourner au Colorado et à Austin.

Johnson n’a manifestement pas peur d’aligner les kilomètres. Il a surtout envie d’aller à la rencontre de son public, partout en Amérique.

C’est en grimpant sur scène avec Gregory Charles que l’idée d’un opus tout franco a véritablement pris forme.

« J’ai fait une série de spectacles au Capitole avec lui. Je chantais alors beaucoup en français. On connaît Gregory : être sur scène avec lui, c’est accepter d’ouvrir une boîte à surprises, parce que la feuille de route change tout le temps. J’ai dû apprendre tout un répertoire. J’ai réalisé que ça interpellait le public différemment. Je voyais les gens réagir, s’animer, sourire s’il y avait un passage drôle. Chanter dans sa langue maternelle, devant une assistance qui partage les mêmes racines, ça fait toute une différence. »

CRÉER AVEC CORNEILLE

Le contrat avec Audiogram était sur la table depuis un an. Le projet franco était dans le collimateur. Mais il restait à trouver un son, une idée, une direction.

« Est-ce que j’allais chanter en joual ou dans un français plus lisse? Quelle couleur musicale allais-je donner à mon projet? Tout ça était à définir. J’ai demandé à Michel Bélanger [directeur artistique chez Audiogram] de me mettre en contact avec Corneille, parce que j’avais envie d’écrire avec lui. Il ne voyait pas trop où nos deux univers pouvaient se rejoindre, mais il l’a fait. »

La première rencontre a dissipé tous les doutes. Ces deux-là étaient faits pour s’entendre.

« Corneille a ce talent de faire des chansons accrocheuses, rythmées et légères sans pour autant sacrifier le message. Il y a une profondeur dans ses textes et ça, c’est super important pour moi. »

Le premier extrait franco de Robby, Au bout de nos doigts, est né de leur collaboration.

« Je souhaitais parler des nouvelles technologies, du monde qu’on a au bout de nos doigts, en quelque sorte, mais qui n’est pas nécessairement le monde réel. Avec les réseaux sociaux, on est connecté avec un paquet d’"amis" et, pourtant, on ressent souvent un vide. Les gens peuvent avoir passé une journée moche, mais s’ils publient une photo d’eux avec le sourire, ils renvoient l’image d’une vie géniale, même si ce n’est pas le cas. Tout ça sonne faux. »

La chanson, comme le reste du disque, a une petite teinte country, mais elle ne patauge pas dans les clichés. « Au Québec, on a une vision très traditionnelle du country, parfois un peu vieillotte. On l’associe d’emblée au western alors qu’aux États-Unis, c’est un style très actuel qui se métisse avec la pop, le rock, le folk. Moi, je m’inscris dans ce courant-là. »

RENCONTRES HEUREUSES

Corneille a proposé de pousser le partenariat plus loin en réalisant la galette.

« Évidemment que j’ai dit oui. La rencontre avec Corneille a été déterminante. Il m’a donné confiance. Passer au français, c’était quand même tout un exercice, mais lorsqu’il a vu mes textes, il m’a encouragé à plonger, il voyait le potentiel, il entendait la musicalité. Ce disque-là, c’est une histoire de rencontres et de collaborations heureuses. »

Ingrid Saint-Pierre a notamment offert un texte en or au chanteur. « Je lui ai parlé de mon parcours, de mon histoire. Elle a tissé une magnifique chanson remplie d’images, dans laquelle je me reconnais », mentionne-t-il.

Celui qui a exercé tous les métiers, ou presque, avant de miser sur sa voix a beau vivre un conte de fées, il traîne ses fantômes. S’il est en confiance devant un micro, l’assurance n’est pas son premier réflexe, parce qu’elle lui a longtemps fait défaut.

« Depuis que je suis tout petit, je me pose des questions, je doute. Beaucoup. D’où ça vient? Probablement de la séparation de mes parents. Mon père est parti quand j’étais tout jeune. Après ça, la vie a changé, mes fondations ont été ébranlées. »

Il n’en dit pas plus. On comprend qu’il y a eu des années moins roses.

Faire carrière en chanson, il n’y avait jamais vraiment rêvé jusqu’à ce que sa conjointe, Pier-Anne, lui offre en cadeau une séance d’enregistrement en studio, un Noël. La suite est saupoudrée de merveilleux. Une chanson poussée sur YouTube. Une invitation à Nashville. Un passage au Late Show de Letterman. La première partie de Keith Urban devant 20 000 personnes comme baptême de la scène. Un premier disque qui cartonne aux États-Unis. Tout ça en moins de cinq ans.

SUR SCÈNE AVEC LES COPAINS 

« Parfois, j’ai peine à y croire... Avant ça, j’ai été représentant, formateur, serveur, boss boy, superviseur, contremaître en usine. C’est un parcours atypique, mais ça me permet de comprendre ce que d’autres peuvent vivre. Je suis quelqu’un qui ne juge pas. J’essaie toujours de voir le bon côté des gens. »

Il sait aussi bien s’entourer : à Sherbrooke, le 19 juillet sur la grande scène de la Fête du lac des Nations, Robby Johnson sera accompagné de Marie-Mai, Corneille, Gregory Charles et Wilfred LeBouthillier.

« Ce sont d’abord et avant tout des amis. J’aurai un duo avec chacun d’eux, et ils interpréteront aussi une de leurs chansons. J’enchaînerai mes succès et quelques incontournables. »

Il y aura du rock. De la pop. Du folk. Du country. Et sans doute un peu de merveilleux.