Marc Labrèche

Le meilleur et le pire d'un Whitewash

Pour Whitewash, son premier long métrage, Emanuel Hoss-Desmarais a eu le meilleur et le pire. d'un côté, des acteurs de la trempe de Thomas Haden Church et de Marc Labrèche ont accepté d'y jouer. De l'autre, le tournage hivernal lui a donné bien du fil à retordre. Mais de façon inattendue: la neige n'était pas au rendez-vous.
« Nous avons commencé à tourner à la fin de l'hiver 2012, qui avait été particulièrement doux. Sur quelques aspects, ça nous a aidés, mais pour d'autres, ça nous a obligés à être très créatifs », raconte le réalisateur, qui, parfois, ne pouvait pas faire pivoter sa caméra de deux degrés vers la gauche ni vers la droite sans que cela ait l'air de l'été.
« Nous nous en sommes finalement sortis avec l'aide de l'équipe des effets spéciaux, qui nous a aidés à redonner à l'hiver sa juste force, car c'est un personnage très fort du film et qu'il se devait d'être menaçant. Je suis un réalisateur qui vient de la publicité, où les contraintes sont nombreuses, et pour mon premier film, j'ai voulu explorer les grands espaces. Au cinéma, il n'y a pas de plus grand espace que l'hiver », rapporte celui qui a quand même dû compléter son tournage l'hiver suivant.
Inspiré par un fait divers, Whitewash (Blanchissage) raconte l'histoire de Bruce Landry, un veuf qui heurte mortellement un autre homme, Paul Blackburn, au volant de sa déneigeuse de trottoir. Après avoir camouflé son crime, le meurtrier se sauve en pleine forêt. Perdu au milieu de nulle part, affrontant le froid et la faim, l'homme devra surtout se débattre avec sa conscience, ses remords et sa culpabilité, pendant que des retours en arrière révèlent petit à petit ce qui a mené à l'accident.
« J'avais le désir de créer un film sur la décadence de l'esprit, sur un homme qui finit pas perdre la tête à cause de ses gestes, de sa solitude, jusqu'à se mettre en procès et à se perdre en lui-même », explique le cinéaste, qui s'est aussi inspiré d'une citation de Sénèque : « Nul châtiment n'est pire que le supplice du remords. »
À côté de son cadavre
Même si Thomas Haden Church est un acteur ayant joué dans de prestigieuses productions (Spiderman 3, John Carter, Sideways...) et a déjà été en nomination pour l'Oscar du meilleur rôle de soutien, il a vite accepté de jouer dans Whitewash, simplement à la lecture du scénario, rapporte Emanuel Hoss-Desmarais.
« J'avais pensé à lui très tôt dans le processus. Pour sa tronche de cowboy (je vois mon film comme un western avec des tuques), le relief de son visage, la façon dont il va dans les zones dramatiques... Je sentais qu'il pouvait aussi bien remplir les cases d'humour noir que le côté paresseux et débraillé du personnage. Nous avons discuté une heure au téléphone. Il m'a dit qu'il avait déjà tourné à Vancouver... J'ai alors essayé de le préparer le plus possible aux hivers d'ici. Il est arrivé prêt, il a relevé le défi, mais il a trouvé ça difficile », rapporte le réalisateur.
Il faut dire que Thomas Haden Church figure dans 95 pour cent des scènes. Marc Labrèche, lui, est arrivé aux trois quarts du tournage. « J'ai beaucoup moins souffert du froid que lui, mentionne l'acteur québécois. À part une nuit à - 25, - 30, alors que j'ai dû être traîné dans la neige, vêtu légèrement. Mais le cadavre enterré dans la neige était un mannequin, prévient-il. Il était d'ailleurs étendu dans la loge à côté de moi pendant le maquillage. C'était très agréable », dit-il avec ironie.
Marc Labrèche n'a pas tant été séduit par le personnage de Paul que par sa « situation dramaturgique ». « C'est rare de tomber sur des rôles comme celui-là, à mi-chemin entre le comique et le tragique, le drôle et le surréaliste, sans que ça soit hermétique ni tracé à gros traits. J'ai été séduit par le ton décalé, un peu pathétique. On ne m'avait jamais vraiment proposé ça », confie l'acteur, qui a aussi été flatté que l'on pense à lui malgré son image d'acteur et d'animateur de télévision comique.
Plus basse en anglais
« Il y avait aussi le défi de jouer en anglais, même si Paul n'est pas un anglophone. J'ai souvent joué en anglais au théâtre et ça donne un recul plutôt agréable. On se repose de soi-même. Même ma voix baisse d'un demi-ton. On fait aussi appel à d'autres images, à la part de culture anglo-saxonne en soi. »
Le comédien parle même d'un tournage assez zen. « Malgré le rythme, Emanuel était assez souple dans sa direction pour ne pas rester prisonnier du carcan des répétitions. Cette détente collait assez bien au film. Elle est venue en partie de Thomas, qui, dans son expérience de cinéma, était habitué à un rythme où on prend le temps de faire les choses. J'étais un peu intimidé par lui au début, mais c'est disparu assez vite. »
Emanuel Hoss-Desmarais ne cache pas s'être inspiré du film Fargo des frères Coen. « Nous avions l'idée de faire un Fargo québécois. Ce n'est pas un hommage, encore moins une copie, mais nous avons tenté d'en garder l'atmosphère et l'humour noir. »
Il ne faut toutefois pas trop chercher à trouver où se déroule l'histoire, car il y a plusieurs contradictions. Par exemple, un panneau de la route régionale 141, en Estrie, et un panneau d'arrêt en français, anglais et langue amérindienne.
« Il s'agit en fait d'une région québécoise inventée, où les communautés anglophones, francophones et amérindiennes se côtoieraient, où l'on peut se perdre facilement à 50 kilomètres en forêt. »