Pascal Caron

Le long chemin du caporal de La Voix

Dix ans. C'est le temps qui s'est écoulé - à deux jours près - entre le suicide de son père et son entrée à La Voix.
Pascal Caron ne fait pas que souligner ce hasard comme une bête éphéméride. Il lui donne un sens. Parce que dix ans, c'est aussi le temps dont il aura eu besoin pour retrouver le nord de sa vie après le violent tremblement.
« Participer à ce concours, c'était comme mettre une borne, un jalon sur mon parcours depuis sa mort. Voilà, j'ai continué, je ne me suis pas écrasé. Un événement comme ça nous tire vers le bas. J'ai frappé le fond, puis j'ai remonté tranquillement. La Voix, c'est donc mon occasion d'expliquer au monde qu'il ne faut pas se laisser arrêter par le départ d'un proche. »
Le résidant de Cookshire-Eaton ne voulait pas en parler à Charles Lafortune, lors du tournage de son audition à l'aveugle. Parler de sa carrière militaire dans les Fusiliers de Sherbrooke, oui. Parler de ses deux enfants de trois et cinq ans, oui. Mais pas de ça. Il ne voulait pas que son drame personnel fasse de l'ombre à son interprétation d'I Wish, qu'il voulait positive. Il a repris Stevie Wonder avec de la bonne humeur et un sourire large. Parce qu'il aime chanter. Et que ça paraît.
Éric Lapointe a frappé son poing sur son bouton rouge dans les toutes dernières mesures de la chanson. « Je ne m'en attendais tellement pas! En coulisse, j'avais même dit que si Éric Lapointe se retournait, je serais vraiment crampé. Je l'imaginais triper sur des trucs très rock, mais son équipe n'est finalement pas si homogène. »
Prière familiale
Pascal Caron enseignait depuis dix ans à la polyvalente d'East Angus quand son père, directeur général de la commission scolaire de Lac-Mégantic, a abandonné sa vie. Quelques mois plus tard, le fils orphelin quittait son emploi. « Cet événement m'a fait me poser des questions comme : C'est quoi, ma vie? Qu'est-ce qui me motive? Ce n'était pas vrai que j'allais laisser la musique de côté toute ma vie », raconte le chanteur aux montures rondes, qui porte, pour l'entrevue, un chandail de Popeye.
La musique avait toujours été là, pas loin, depuis sa naissance à Rouyn-Noranda à son adolescence à Lac-Mégantic. « Le chant, c'était presque notre forme de prière. On écoutait Nana Mouskouri, Joe Dassin. Sans être un grand musicien, mon père jouait aussi de l'orgue », raconte le frère de l'humoriste Julie Caron.
Lui, il a choisi le cor, qu'il a étudié au Cégep de Sherbrooke, puis à l'université. De cet instrument, le caporal-chef joue depuis plusieurs années au sein des Fusiliers de Sherbrooke. « C'est là que j'ai acquis mon expérience de scène. J'ai même formé un band pop au sein du régiment, dans lequel je chante. Sous plusieurs aspects, La Voix ressemble d'ailleurs à l'armée. Tout s'y fait dans la rigueur. Avec un sourire en plus! »
Derrière le kodak
Puisqu'il avait toujours jeté un oeil critique sur les téléréalités musicales, avec leurs « dix minutes d'histoires tristes pour une minute de musique », il a déconcerté ses amis et connaissances en s'y présentant. Celui qui se décrit comme un spécialiste de la procrastination pensait que la démarche le forcerait à avancer. « J'avais envie d'aller voir derrière le kodak. Ce que j'aime, au fond, dans la musique, c'est de communiquer. Et surtout de communiquer mon désir de vivre. »
Alors, quand on peut le faire devant 2,5 millions de personnes...