Wonny Song, directeur général et artistique d’Orford Musique.
Wonny Song, directeur général et artistique d’Orford Musique.

Le Festival Orford Musique annulé à son tour

Steve Bergeron
Steve Bergeron
La Tribune
La majorité devait s’en douter, puisque la programmation du Festival Orford Musique est habituellement annoncée en avril : l’événement n’aura pas lieu en été 2020. Par contre, l’organisation a réussi à maintenir les stages et classes de maître de son académie pour les jeunes musiciens. Les cours se donneront en ligne, à coût réduit.

« Il y a déjà plusieurs semaines que nous avons décidé d’annuler le Festival, en accord avec la demande du gouvernement du Québec de ne pas tenir d’événements culturels publics sur le territoire québécois jusqu’au 31 août. Mais nous avons préféré patienter avant de diffuser l’information pour annoncer en même temps le maintien de l’Académie », explique le directeur artistique et général d’Orford Musique, Wonny Song.

« Pour l’Académie, on attendait de voir s’il y aurait des consignes de la part du gouvernement. Je trouve d’ailleurs que c’est encore nébuleux quant à ce qui va arriver durant l’été. Lorsqu’on s’est aperçu qu’on approchait le point de non-retour, nous avons pris une décision. Nous sommes prêts à relever le défi du virtuel. »

Selon Wonny Song, une vaste majorité de professeurs — « 80, 90 pour cent » — ont accepté cette formule et donneront leurs leçons à partir de chez eux. Il reste maintenant à voir la réponse des étudiants (ils sont généralement entre 450 et 500 à faire un séjour à Orford Musique durant l’été, la plupart provenant du Canada ou des États-Unis), mais le directeur artistique est optimiste.

« D’après les quelques échos que j’en ai, ils ont hâte d’avoir des cours. Je pense donc que notre proposition sera la bienvenue. »

Rabais pour un micro

Dans le contexte, Orford Musique a offert des tarifs d’inscription réduits, car il n’y aura aucuns frais de transport, de location d’instrument, d’hébergement ou de nourriture pour les stagiaires. L’Académie a même prévu de donner un rabais de 75 $ à ceux et celles qui devront s’acheter un micro de bonne qualité. Les classes offertes seront en effet un mélange d’enregistrements envoyés préalablement au professeur et de cours en direct.

Cette nouvelle façon de faire implique quand même plusieurs investissements pour Orford Musique, notamment la formation du personnel technique, l’embauche d’employés externes et la recherche de la plateforme idéale pour dispenser les cours en ligne.

« Évidemment, nous allons, dans notre choix, mettre l’accent sur l’audio, plus que sur la vidéo, et nous tenons à ce qu’un membre de notre équipe soit aussi connecté au moment des cours pour s’assurer que tout se passe bien, contrôler les risques et réagir le cas échéant », précise Wonny Song.

Le cachet des professeurs reste le même pour l’instant. « Nous nous ajusterons en fonction de la réponse des étudiants, mais je sens que les enseignants ont envie de nous aider si nous en avons besoin. »

Seules les classes de petits ensembles ont dû être annulées, pour des raisons évidentes, mais la plupart des cours dispensés à Orford musique sont des mentorats individuels, souligne Wonny Song.

À cinq centimètres

Malgré la bouée de sauvetage que permettra l’enseignement en ligne cette année et les récents progrès de la technologie, Wonny Song est conscient qu’il sera très difficile, en musique, de recréer par l’entremise d’écrans le rapport direct entre le maître et l’élève.

« On vient de devancer de plusieurs années la transition vers le virtuel, mais il y aura toujours des subtilités pour lesquelles, si on veut bien les voir et sentir les différences de son, il faut être à cinq centimètres du professeur. »

Quant à la survie d’Orford Musique dans les prochains mois, Wonny Song déplore surtout le « néant » dans lequel se trouvent les organismes culturels comme le sien, des programmations comme celles du Festival Orford se construisant au moins un an d’avance.

« On veut vraiment savoir ce qui va se passer à court et à moyen terme. C’est difficile pour l’instant d’envisager de quoi Orford Musique aura l’air l’année prochaine. On essaie d’être proactifs, on prépare plusieurs scénarios afin de choisir le moins risqué, mais on aimerait avoir plus d’informations concrètes pour prendre des décisions éclairées. »