Le ténor Roberto Alagna et sa femme, la soprano Aleksandra Kurzak, lors d'une cérémonie près de Paris.
Le ténor Roberto Alagna et sa femme, la soprano Aleksandra Kurzak, lors d'une cérémonie près de Paris.

Le duo Alagna-Kurzak chantera l’amour «dans le vide»

AFP
Agence France-Presse
ÈZE — Perchés sur une terrasse surplombant la Méditerranée, le ténor franco-italien Roberto Alagna et la soprano polonaise Aleksandra Kurzak interpréteront dimanche des duos d’amour, dans le cadre d’une série de récitals organisés par le Met de New York pour faire vivre l’opéra en temps de coronavirus.

Sur commande du Metropolitan Opéra de New York, le couple à la ville et sur scène se produira dans les jardins étagés de l’établissement La Chèvre d’Or à Eze-sur-Mer (sud-est de la France), à 400 mètres au dessus des flots, «dans le vide et avec la plus belle mise en scène qui soit, la nature», souligne Aleksandra Kurzak.

Mais ce vide ne sera pas que le précipice à leurs pieds au moment d’entonner le répertoire tantôt poignant du Vogliatemi bene de Madame Butterfly, tantôt plus léger d’«une chanson napolitaine, mexicaine et même une opérette», a détaillé Roberto Alagna dans un entretien avec l’AFP, à quelques minutes de la répétition générale.

Le vide, ce sera aussi l’absence de public sur le lieu, pour cause de pandémie mondiale de COVID-19. Le spectacle sera diffusé exclusivement sur Internet, en direct, puis pendant 12 jours sur le site du Met, qui organise un programme de 12 concerts avec de grands noms de l’opéra.

Le duo Alagna-Kurzak succède au ténor Jonas Kaufmann filmé dans une abbaye gothique de Bavière (Allemagne) et à Renée Fleming dans un musée de Washington.

«Faire oublier»

«Le Met est fermé jusqu’à Noël et c’est aussi, en cette période de difficultés, une occasion pour cette institution de renflouer ses caisses», raconte Roberto Alagna. Il a lui renoué avec le public il y a quelques jours à Palerme (Italie), pour la première fois depuis le confinement: «Tous les soirs, on nous offrait des cadeaux, des gâteaux qu’ils (les spectateurs) faisaient eux-mêmes à la maison, des tambourins, c’était formidable».

«Quand il y a du public, il y a une communion, on sent les frémissements, l’anxiété, les attentes», poursuit-il. «Là, on ne sait pas où l’on va, c’est sans filet», commente le ténor avant le concert à Eze.

«C’est encore plus difficile sans le public, on se sent un petit peu dans le vide, on n’a pas sa réaction. Même dans les silences, à l’opéra, on sent de l’électricité. Pourtant, nous savons que nous sommes regardés par des milliers de personnes», explique Aleksandra Kurzak. Pour la prestation de Jonas Kaufmann, quelque 25 000 billets avaient été écoulés par le Met.

Pour l’occasion, cette institution a déployé, côté technique, «la grosse cavalerie, c’est Hollywood!», s’amuse Alagna.

Le concert capté en haute définition est tourné à l’aide de caméras reliées par satellite à un studio new-yorkais où une animatrice le commentera lors des intermèdes. «Espérons que dimanche, on ait un beau temps, qu’on soit en forme et que le miracle ait lieu», prie Roberto Alagna.

«On a essayé de composer un programme qui puisse toucher le plus grand nombre, c’est un divertissement. Notre mission, c’est de faire oublier, le temps du spectacle, les tracas du quotidien et tout ce que l’on est en train de vivre actuellement», plaide le ténor.