Le doyen des comédiens de la capitale Paul Hébert s'est éteint jeudi, à l'âge de 92 ans.

Le doyen du théâtre Paul Hébert s'éteint

«Que j'aille au théâtre ou que j'en fasse, je ne participe pas qu'à une manifestation artistique, je commets un engagement social», avançait Paul Hébert en 2007, alors qu'il recevait les honneurs de l'Assemblée nationale. Après s'être investi pendant plus de six décennies dans une riche carrière, l'homme de théâtre a fait son dernier salut. Le doyen des comédiens de la capitale s'est éteint jeudi, à l'âge de 92 ans.
L'acteur et metteur en scène était soigné à l'hôpital Saint-Sacrement depuis quelque temps. 
Né à Thetford Mines le 28 mai 1924, orphelin de père à l'âge tendre de trois ans, Paul Hébert a découvert le théâtre sur les planches de l'auditorium du Collège de Lévis. Recruté en 1945 par Pierre Boucher, directeur de la compagnie Les Comédiens de Québec, Paul Hébert amorcera sa fructueuse carrière en jouant Arlequin dans Les jeux de l'amour et du hasard de Marivaux. 
Suivant les conseils de Pierre Boucher, le jeune comédien lauréat d'une bourse part en 1949 parfaire son art en Angleterre, où il étudiera pendant deux ans au Old Vic Theatre de Londres. Une autre bourse permettra en 1951 au jeune artiste de parcourir l'Europe et de se perfectionner au contact d'artisans du vieux continent. 
De retour au pays, M. Hébert posera entre les années 50 et 80 les assises de plusieurs théâtres québécois. Dès 1954, il a pris à la barre du Théâtre Anjou. Aux côtés de son confrère Albert Millaire, il met sur pied en 1956 le théâtre d'été Chanteclerc à Sainte-Adèle. Dans la capitale, il demeure associé à la fondation du Trident, dont il a été le premier directeur artistique en 1970. En 1982, il a fondé le théâtre Paul-Hébert à Saint-Jean-de-l'île-d'Orléans, dont le bâtiment, déménagé au milieu des années 90 à deux pas de la chute Montmorency, abrite désormais le Théâtre de la Dame blanche. 
Acteur et metteur en scène salué
Durant six décennies, Paul Hébert a incarné d'innombrables personnages dont George dans Qui a peur de Virginia Woolf?, Don Quichotte dans l'adaptation de Jean-Pierre Ronfard, Prospero dans La tempête de Shakespeare mise en scène par Robert Lepage ou Tcheboutykine dans Les trois soeurs de Tchekhov, sous la direction de Wajdi Mouawad.
Dès 1954, le comédien a travaillé à la télévision en étant de la distribution de l'émission 14, rue des Galais. Sa carrière sera jalonnée de rôles au petit écran dans les émissions comme Le grand ducSous le signe du lionLe paradis terrestreRace de monde ou Cormoran. Les fidèles de la télésérie Le Temps d'une paix se rappelleront également son personnage de Siméon Desrosiers et de ses prises de bec avec Joseph-Arthur Lavoie. 
Paul Hébert a été présent au petit écran jusque dans les années 2000 dans la série Nos étés, notamment. En 2006, la comédie de situation Tout sur moi lui a aussi donné l'occasion de jouer une version pour le moins décalée de lui-même aux côtés de Macha Limonchik. 
Paul Hébert a mérité plusieurs honneurs comme metteur en scène, notamment pour Six personnages en quête d'auteur de Pirandello, La mégère apprivoisée de Shakespeare, La mort d'un commis voyageur d'Arthur Miller ou Charbonneau et le Chef de John Thomas McDonough, qui s'intéressait à la grève des travailleurs de l'amiante à Asbestos.
Au cinéma, l'acteur a tenu des rôles dans des films de Gilles Carle (La vie heureuse de Léopold Z), Francis Mankiewicz (Les beaux souvenirs), d'Yves Simoneau (Les fous de Bassan) et de Robert  Lepage (Le confessionnal).
Pédagogue
Qualifié de grand pédagogue, Paul Hébert a enseigné à l'École nationale de théâtre puis dirigé les conservatoires d'art dramatique de Montréal et Québec. Interrogé en 2009 par le Soleil sur sa vision de l'avenir du théâtre, il avait d'ailleurs affirmé sa confiance envers la relève et la vitalité du milieu. «[Ça] va être formidable, avait-il avancé. La vie théâtrale à Québec est forte et c'est dû à ceux qui la pratiquent. Les élèves qui sortent du Conservatoire sont vraiment ferrés. Le Trident fait un très beau travail, le Périscope aussi... Il se forme d'autres compagnies; c'est un signe de vitalité extraordinaire.»
Souvent décrit comme un grand rêveur, l'homme de théâtre a longtemps caressé l'idée de faire naître à Québec un festival dédié à Molière. 
Sa gigantesque contribution au milieu artistique a été reconnue depuis longtemps : il était officier de l'Ordre du Canada, membre de l'Académie des Grands Québécois et chevalier de l'Ordre national du Québec. Paul Hébert a aussi reçu Prix du Québec des Arts de la scène à l'Assemblée nationale et été honoré par l'Académie québécoise du théâtre. 
Depuis 1977, les prix d'excellence des arts et de la culture décernent un prix portant son nom à un comédien ou une comédienne ayant offert une interprétation remarquable dans un premier rôle. 
Paul Hébert a longtemps habité le village de Sainte-Pétronille sur l'Île d'Orléans. Récemment, son état de santé l'avait forcé à se rapprocher de Québec. Il habitait l'édifice Le Samuel-Holland.
 Avec Isabelle Mathieu