Johnny Hollyday lors de son dernier passage à Québec, en avril 2014

Le dernier salut de Johnny Hallyday

PARIS — Pour tous, c’était simplement «Johnny»: l’incarnation du rock français, une voix puissante ayant traversé les modes, une star à la vie tempétueuse et accidentée, mais aussi un survivant chantant la solitude, finalement vaincu par le cancer... Johnny Hallyday est mort dans la nuit de mardi à mercredi à l’âge de 74 ans.

C’est par un communiqué envoyé à l’AFP à 2h34 (20h34, heure du Québec) que son épouse Laeticia a annoncé le décès de celui qui se nommait Jean-Philippe Smet dans le civil. «Johnny Hallyday est parti. J’écris ces mots sans y croire. Et pourtant c’est bien cela. Mon homme n’est plus. Il nous quitte cette nuit comme il aura vécu tout au long de sa vie, avec courage et dignité.»

«Jusqu’au dernier instant, il a tenu tête à cette maladie qui le rongeait depuis des mois, nous donnant à tous des leçons de vie extraordinaires. Le coeur battant si fort dans un corps de rocker qui aura vécu toute une vie sans concession pour son public, pour ceux qui l’adulent et ceux qui l’aiment», poursuit-elle.

Évoquant «le papa» de leurs deux filles adoptées Jade et Joy, de Laura (née de son union avec l’actrice Nathalie Baye) et de David (né de son union avec la chanteuse Sylvie Vartan), Laeticia Hallyday conclut: «Johnny était un homme hors du commun. Il le restera grâce à vous. Surtout, ne l’oubliez pas. Il est et restera avec nous pour toujours. Mon amour je t’aime tant».

Johnny et Laeticia Hallyday, en septembre 2002

«On a tous en nous quelque chose de Johnny Hallyday», a réagi l’Élysée.

Il n’y avait plus trop d’espoir depuis que Johnny Hallyday avait été hospitalisé il y a un mois pour détresse respiratoire.

Laeticia n’envoyait plus de messages sur les réseaux sociaux, elle qui s’était régulièrement employée à donner des nouvelles rassurantes de Johnny, depuis qu’il avait annoncé, début mars, être traité contre la maladie. Un cancer dont il savait déjà qu’il était métastasé.

Détecté dans les poumons de la star en novembre 2016, le cancer l’aura donc terrassé en un an. Le rocker avait déjà tutoyé la mort, lors de sa tentative de suicide en 1966 après la demande de divorce de Sylvie Vartan, puis plus récemment lorsqu’il plongea plusieurs jours dans le coma en 2009 en raison de complications consécutives à une opération.

100 millions de disques

Johnny Hallyday s’est pourtant battu. En montant sur scène, en juin et juillet, avec ses copains Jacques Dutronc et Eddy Mitchell, pour la tournée des Vieilles Canailles. Des moments parfois difficiles, comme cette première à Lille (nord) où il était apparu affaibli par une chimiothérapie subie quatre jours plus tôt, mais aussi l’impression d’aller de mieux en mieux, au fil des concerts, comme porté par l’énergie de ce public qu’il croisait pour la dernière fois.

Johnny Hallyday et Eddy Mitchell, en avril 1982

Pour «rester vivant», comme s’intitulait sa dernière tournée marathon (2015-2016), cette «bête de scène», qui a rempli en 57 ans de carrière tous les plus grands lieux de France, travaillait aussi à un nouvel album.

Avec plus de 100 millions de disques vendus et dix Victoires de la musique, «l’idole des jeunes» puis des moins jeunes a traversé les époques: celles des débuts du rock’n’roll où il ressemblait à un «Elvis Presley» made in France, des yé-yés, de la variété plus mainstream avec Michel Berger ou Jean-Jacques Goldman dans les années 80, pour revenir avec bonheur ces dernières années aux sources du blues et du rock.

Cette longévité exceptionnelle, depuis T’aimer follement, sa première chanson enregistrée en 1960, est ponctuée de dizaines de succès entrés dans la mémoire collective: Souvenirs souvenirs, Le pénitencier, Noir c’est noir, Retiens la nuit, Pour moi la vie va commencer, Que je t’aime, Gabrielle, La musique que j’aime, Ma gueule, Quelque chose de Tennessee, Allumer le feu, Marie...

Jusqu’à Un dimanche de janvier, chanson hommage aux victimes des attentats de Paris qu’il a interprétée en janvier 2016 aux côtés de François Hollande, lors de l’hommage marquant le premier anniversaire de ce drame.

Johnny Hallyday en 1970

Excès et amours

Au fil d’une vie menée à fond de train, avec ses accidents, ses excès relayés en une des gazettes, ses amours tempétueuses et médiatiques (Sylvie Vartan avec qui il aura un fils, David Hallyday, Nathalie Baye, avec qui il aura une fille, Laura Smet), ses maisons en Suisse et aux États-Unis sur fond d’accusation d’exil fiscal, «Johnny» était devenu plus qu’un artiste.

Une légende vivante, un chanteur quasi-officiel mais aussi un personnage parfois agaçant pour certains, égratigné pour sa façon de s’exprimer, à l’image du «Ah que...» popularisé par sa marionnette des Guignols.

«Ma vie a été un tunnel de souffrances, où je ne me sentais pas toujours en accord avec moi-même, vivant au jour le jour, tenaillé par la peur du lendemain», se confiait en 2014 à Télérama celui qui était au civil Jean-Philippe Smet, du nom de son père, Belge, qu’il a si peu connu.

Ces dernières années, c’est sa santé qui était devenue un sujet sensible. Avec ce coma qui a fait craindre le pire en 2009 aux États-Unis, et ce cancer qui l’a poussé à son dernier combat.

Des «souffrances» qu’il oubliait toutefois quand il retournait en studio ou remontait sur scène, pour, jusqu’au bout, «être Johnny Hallyday», ce qu’il appelait «un métier».

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UN PARI DE TAILLE POUR LE FEQ

Daniel Gélinas savait qu’il se mesurait à un pari de taille en programmant Johnny Hallyday sur les Plaines en 2012. Certes, l’icône française faisait courir les foules ailleurs dans la francophonie. Mais elle n’avait plus remis les pieds dans la capitale depuis 1975…

«Évidemment. Johnny Hallyday au Québec, ce n’était pas ce que c’était en France, avance Daniel Gélinas, alors directeur général du Festival d’été de Québec (FEQ). Moi, j’ai vu des gens en pâmoison complète devant Johnny Hallyday en France. Il y a des gens pour qui c’était pratiquement une religion. Ici, ce n’était pas du tout la même chose, mais je voulais que le phénomène vienne au moins une fois ici.» 

L’ancien directeur général du Festival d’été de Québec croyait néanmoins au pouvoir d’attraction de la vedette française… «Chaque fois, je me disais que ça serait le fun que Johnny vienne au Québec… Il faisait de la grosse tournée, c’était démentiel, les shows qu’il faisait. Amener ça chez nous, c’était quasiment impossible. Mais à force de maintenir le contact et de travailler là-dessus, ç’a marché. Et j’étais très content de l’amener au Québec.»

Johnny Hallyday sur les plaines d'Abraham, lors de son passage au Festival d'été en 2012

Daniel Gélinas décrit Johnny Hallyday comme un phénomène, au même titre que Mylène Farmer, qu’il aurait aussi aimé attirer chez nous, du temps qu’il dirigeait le FEQ. 

«C’était les deux artistes qui ont fait les plus grosses productions françaises, pendant 10 ou 20 ans», estime-t-il.  Geneviève Bouchard

Cliquez ici pour lire la critique du Soleil publiée après le passage de Johnny Hallyday au Festival d'été, en 2012, après 37 ans d'absence à Québec.

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LES RÉACTIONS AFFLUENT AU QUÉBEC

Les réactions ont afflué à travers le monde à l’annonce du décès du chanteur Johnny Hallyday, incluant au sein de la communauté musicale québécoise.

La productrice et animatrice, Julie Snyder, s’est dit «sous le choc» d’apprendre la disparition de l’homme qu’elle a qualifié «de monument de la chanson» et du «plus grand rockeur français».

En entrevue avec La Presse canadienne, Mme Snyder s’est souvenue d’une entrevue en particulier qu’elle avait réalisée avec Johnny Hallyday, en juillet 2000, alors qu’elle animait l’émission Johnny allume le feu avec Julie, une émission tournée en France qui avait mené à une entrevue «beaucoup plus intime».

La chanteuse Céline Dion a aussi exprimé sa tristesse en apprenant le décès de Johnny Hallyday, parlant d’un «géant du show-business et d’une véritable légende».

Johnny Hallyday et Céline Dion en 2016

On retrouve notamment un duo du défunt avec Céline Dion sur l’album, L’attente, paru en 2012, où les deux chantent L’amour peut prendre froid.

«J’ai une pensée pour sa famille, ses proches et ses millions de fans qui l’adorent. Il nous manquera beaucoup, mais ne jamais oublié. - Céline xx...», a-t-elle écrit sur Twitter.  La Presse canadienne