Francis Demers

Le country, haut et fort

Quand une couple de commerçants se sont inquiétés publiquement du profil de la clientèle que le spectacle De Willie à Dolly de Québec Issime drainerait au centre-ville l'été prochain, créant une impression de mépris et une énième polémique à secouer la place Nikitotek, Francis Demers l'a un peu pris personnel.
D'une part, parce qu'il est friand de country, qu'il s'est farci une tournée des festivals spécialisés l'été dernier et qu'il s'est même rendu en pèlerinage à Nashville en 2001. De l'autre, parce qu'il produit le Rodeo Drive Country Band, en plus d'en être l'interprète. Il est bien placé pour constater que les fans du genre ne stationnent pas leur cheval à l'entrée et ne laissent pas tous un manteau de suède brun à franges au vestiaire.
« Partout dans le monde, et surtout aux États-Unis, une page a été tournée il y a plusieurs années. Le country n'est plus confondu avec le western, un courant musical différent, et il n'est plus associé avec une culture vestimentaire un peu ringarde. Peu de gens gardent encore un bolo dans leur garde-robe! Les clichés ont la vie dure, au Québec... Ce n'est pas un phénomène de marchettes non plus. Quand je vais faire un tour au Club de danse country de Sherbrooke, il y a une grande proportion de jeunes. Vous seriez surpris aussi de voir sur la piste de danse des gens qui occupent des fonctions très importantes dans notre société... »
Francis Demers est un blondinet amical, tout sauf belliqueux. Il fait son réquisitoire en souriant. Mais on sent que ce débat a touché une corde sensible.
Il prédit que le spectacle de Québec Issime, qu'il n'a pas vu encore, deviendra le plus rentable à avoir été présenté à la place Nikitotek depuis son ouverture.
« C'est ridicule de penser que cette clientèle n'a pas d'argent à dépenser quand c'est précisément un public qui dépense, qui achète des albums et des billets de spectacles. Ce n'est pas pour rien qu'il y a tant d'artistes populaires qui font une incursion dans ce genre. »
Lui, le premier.
Connu dans la région pour ses spectacles de crooner et ses animations de galas, le Sherbrookois ne nie pas qu'il aurait aimé que sa nouvelle production soit retenue pour occuper la grande scène extérieure de Sherbrooke, en relève aux 7 Doigts de la main qui y ont passé deux étés. Sa proposition avait été acheminée à Destination Sherbrooke.
« Je conçois toutefois très bien que l'organisme ait opté pour une proposition de plus grande envergure, une revue musicale étoffée, avec de très bons chanteurs. Je crois, par exemple, que le salut de cette scène passera, d'ici quelques années, par des artistes locaux, moins coûteux et capables d'attirer davantage de gens de Sherbrooke », estime le diplômé en chant jazz du Cégep de Sherbrooke.
100 % américain
L'été prochain, Francis Demers n'aura peut-être pas sa résidence secondaire sur le bord de la rivière Magog, mais il ne sera pas en peine, puisqu'il visitera une quinzaine de festivals québécois avec sa joyeuse bande de neuf musiciens, tous aussi amoureux de country que lui. C'est pour se préparer tranquillement à cet été occupé et pour accueillir dûment un nouveau guitariste de lap steel (Alex Cattaneo) et une violoniste (Catherine Bergeron) que le groupe sera au Théâtre Granada demain, là où le projet est né, il y a deux ans.
Le Rodeo Drive Country Band n'interprète que des chansons du country américain des 25 dernières années, contrairement à plusieurs autres troupes qui ratissent plus large, de Willie à Dolly.
« Chez nous, dans mon enfance à Ascot Corner, on élevait des chevaux. Mes parents écoutaient du western et ça me tapait sur la rate. À l'adolescence, on a déménagé à Cookshire et en fréquentant des anglophones de la place, j'ai découvert cette branche du country, plus proche de la pop et du rock, avec les Garth Brooks, Brad Paisley, The Dixie Chicks... Tant qu'à en faire un spectacle, je tenais à ce que ce soit un produit concentré, 100 % country américain. »
Avec Sandy Grenier, la voix féminine, le chanteur n'interprète pas que les mêmes tubes qui se retrouvent sur toutes les compilations, mais beaucoup de découvertes dénichées à la radio américaine ou sur la chaîne CMT. Comme la chanson Wagon Wheel, qui a valu ces dernières semaines un Grammy à Darius Rucker et une entrée à La Voix à un candidat d'Audet.
« C'est un spectacle qui bouge, qui décoiffe, comme passer huit secondes sur un taureau! À 35 ans, je suis le plus vieux du groupe. Notre performance est simple et vraie. Comme le sont les amateurs de country. C'est sans prétention, mais ce n'est pas gênant! »
Au final, le meilleur moyen de défendre son country n'est-il pas de le chanter haut et fort?
Rodeo Drive Country Band
Demain, 20 h
Théâtre Granada
Entrée : 25 $