La cofondatrice et directrice générale du Festival Cinéma du monde Sherbrooke Malika Bajaje ainsi que l’auteure et psychologue Nathalie Plaat ont ensemble imaginé le Ciné-Moi, un nouveau rendez-vous mensuel décrit comme un croisement « entre un club de lecture, un club de cinéma et des conférences sur la santé mentale ». La première rencontre aura lieu le samedi 7 septembre, au Pizzicato de Sherbrooke.

Le cinéma pour parler du soi

Le Festival Cinéma du monde Sherbrooke (FCMS) innove avec un Off Festival où cinéma et psychologie se conjugueront d’originale façon.

Chaque premier samedi du mois, dès le 7 septembre, le Ciné-Moi proposera une rencontre décrite comme un croisement « entre un club de lecture, un club de cinéma et des conférences sur la santé mentale ».

L’idée a germé à la suite d’un atelier animé par Nathalie Plaat dans le cadre des CreativeMornings. L’auteure et psychologue employait des extraits cinématographiques pour illustrer ses propos. Pour parler de recommencement et de grande transition, elle avait notamment fait défiler une séquence du film Trainspotting.

Malika Bajjaje était dans la salle. La cofondatrice et directrice générale du Festival Cinéma du monde Sherbrooke a trouvé l’exercice formidable et en a vu tout le potentiel.

L’idée d’offrir un rendez-vous où le cinéma servirait de levier pour aborder différentes thématiques liées à la santé mentale a naturellement fait son nid dans son esprit. « C’est vraiment une des missions du Festival de créer des occasions et des lieux pour discuter avec les gens. Cette nouvelle série d’entretiens autour du septième art, c’est une façon pour nous d’aller plus loin dans cette voie. Je sais que le cinéma aide beaucoup les gens dans ce qu’ils vivent, parce qu’ils s’identifient aux personnages et à leur vécu. On a tous nos fragilités, nos zones sensibles. Le Ciné-Moi sera un lieu d’échanges où on va pouvoir parler de différents thèmes de façon décomplexée », précise Mme Bajjaje.

Celle-ci a piloté le projet de concert avec Nathalie Plaat, qui tiendra les rênes des rencontres mensuelles en présence d’un spécialiste (psychanalyste ou psychologue). L’invité du mois choisira le film qui servira à creuser un sujet et nourrir la conversation. Le rendez-vous mensuel fonctionnera à la façon d’un club de lecture, dans la mesure où les personnes intéressées seront invitées à visionner le film en amont de la rencontre. Des exemplaires du DVD peuvent être empruntés au FCMS ou à la Bibliothèque Éva-Senécal.

La vie à l’écran

Le premier rendez-vous psychocinémato prendra assise sur le film italien I Am Love, de Luca Guadagnino, avec l’invité spécial David Pressault, analyste jungien. Les participants échangeront sur l’éros, l’universel thème de l’amour.

« C’est un thème porteur, qui touche autant l’élan du cœur, la sexualité et les peines que les déchirements et l’énergie qui accompagnent parfois le sentiment amoureux », explique Mme Plaat.

Au fil de l’entretien, celle-ci insiste sur le terme « santé mentale ».

« On ne fera pas dans le diagnostic. Pour moi, le sujet est vaste, il ne concerne pas seulement les pathologies. Si on parle, par exemple, de la façon dont on peut être brisé ou bien propulsé par une relation amoureuse, on est en train de parler de santé mentale, même si c’est un discours qu’on entend moins dans l’espace public. Au Ciné-Moi, je tiens à ce qu’on évite le piège selon lequel il existerait des stratégies ou des outils qui nous mèneraient à traverser l’existence sans aucune souffrance, dans une sorte de déni heureux. C’est un peu mon cheval de bataille en tant que psy, d’ailleurs : je côtoie constamment des gens qui arrivent avec cette injonction de bonheur absolu. »

« On est dans une société où on médicalise beaucoup nos états humains, poursuit-elle. Quand on écoute la radio, par exemple, c’est vrai qu’on ne dit plus qu’on peut avoir peur des situations nouvelles, on parle plutôt d’anxiété. On ne dit pas non plus qu’on peut être déchiré par les épreuves qu’on traverse, on parle plutôt d’état dépressif ou de troubles d’adaptation. C’est comme si ce n’était pas tout à fait normal d’être à la fois complexe, souffrant et parfois blessé ou torturé par ce qui nous arrive. Or, traverser la vie humaine, c’est parfois souffrir. Si on pouvait se redire ça collectivement, peut-être qu’on irait tous un peu mieux. »

Quel sera le levier cinématographique, dans tout ça?

« Comme la littérature, le cinéma nous fait du bien, mais c’est aussi un art privilégié par la psycho parce que le langage de la psyché est celui des images, précise Nathalie Plaat. Quand on voit des humains vivre leur vie à l’écran et traverser des épreuves auxquelles on peut s’identifier, ça nous apaise, ça nous permet de nous comprendre, de nous reconnaître. Lors du Ciné-Moi, on fera la "traduction" des enjeux psychologiques, en s’adressant à des gens qui pensent par eux-mêmes, qui n’ont pas nécessairement besoin de conseils clés en main, mais qui peuvent tirer un grand bénéfice de trouver un sens à leur expérience. »

Vous voulez y aller?

Ciné-moi
Samedi 7 septrembre, 10 h
Restaurant Pizzicato
Sherbrooke
fcms.ca