Rita Tabbakh et Martin Giroux s’attaquent respectivement au répertoire d’Édith Piaf et Joe Dassin dans le spectacle Les Immortels, qui fera halte à Sherbrooke en juin.

Le chemin des Immortels

Bécaud et Dassin d’un bord, Dalida et Piaf de l’autre; et Hallyday juste à côté. Cinq grands disparus de la chanson française... mais cinq « Immortels », aussi, par l’ampleur du legs et du répertoire. C’est certainement le qualificatif que choisirait Joël Legendre, qui a assuré la mise en scène de ce spectacle hommage, logiquement intitulé  Les Immortels.

Sur scène, cinq interprètes — cinq Québécois —­ y reprennent ce répertoire classique, chacun se glissant dans la voix de l’un des grands trépassés. En veillant bien à ce que l’exercice ne tombe jamais dans la pâle imitation, préciseront Martin Giroux et Rita Tabbakh. 

« On a un malin plaisir à faire revivre ces chansons qui ont marqué leur époque », confie Martin Giroux, qu’on pourra entendre entonner la mélancolique douceur de Joe Dassin. Rita Tabbakh aura quant à elle l’honneur de reprendre le répertoire d’Édith Piaf, tandis que leurs complices Julie Massicotte, Philippe Berghella et David Thibault plongeront respectivement dans les chansons de Dalida, Gilbert Bécaud et Johnny Hallyday.

La plupart de ces interprètes n’en sont pas à leur premier tour de chant flirtant avec le chanteur à qui ils rendent hommage. Martin Giroux connaît bien le répertoire de Dassin, à qui il a consacré quatre ans lors de la tournée Joe Dassin : La grande fête musicale. « Avec mon groupe Les Croches, on revisite beaucoup la chanson française, ajoute le chanteur natif de Gatineau. Ça n’a pas été dur de me convaincre » de rempiler.

Rita Tabbakh, elle, brillait encore récemment Sous le ciel de Paris, spectacle (qu’elle produisait) consacré aux grandes voix de la chanson française, et dans lequel elle chantait quatre ritournelles de Piaf, au milieu d’une trentaine de chansons.

Cette fois, elle est moins dans le survol. Elle en a profité pour reprendre Padam, qu’elle n’avait jamais osé faire, mentionne-t-elle. 

Pas d’imitations vocales

David Thibault a déjà réchauffé les planches pour Johnny Hallyday, dont il avait proposé plusieurs reprises à l’émission The Voice, en France. Quant à Philippe Berghella, il était l’une des deux têtes d’affiche du spectacle Salut à Bécaud et Aznavour (c’est toutefois Manuel Tadros qui s’occupait de Bécaud, tandis que Berghella se chargeait d’Aznavour).

La « première consigne » qu’ils ont reçue — du producteur Martin Leclerc, concepteur des Immortels — c’était : « On ne veut pas d’imitations » vocales, entre autres pour éviter toute caricature, précise Martin Giroux. « On s’est donc laissé l’espace d’être nous-mêmes », dit-il en rappelant que les arrangements diffèrent des versions originales. « Les chansons, on les amène ailleurs. » 

Et tant mieux, abonde Rita Tabbakh, soulagée par cet espace de liberté : « Piaf était très immobile sur scène, même si elle bougeait beaucoup ses mains et ses bras. Alors que moi, personnellement, je bouge pas mal. Ce répertoire n’avait pas besoin d’être dynamisé, mais je voulais me faire plaisir », confie-t-elle.

« Show de gang »

Si le spectacle passe d’un disparu à l’autre, Les Immortels demeure un spectacle choral, soulignent les deux interprètes. « C’est un show de gang », résume Martin Giroux, en référence au fait que tous les chanteurs restent sur scène en permanence, aux côtés des musiciens, que ce soit à l’arrière-plan, pour assurer les chœurs, ou à l’avant-scène, pour participer à des duos (le Gatinois a par exemple hérité du rôle de séducteur dans Paroles, paroles, le classique duo Dalida-Delon) ainsi qu’à des pots-pourris collectifs où les cinq répertoires s’entrecoupent.

Certaines chansons bénéficient d’une courte présentation contextuelle, et le spectacle est parsemé d’extraits sonores ressuscitant la voix des disparus. « On les entend parler (et non pas chanter). C’est un petit clin d’œil amusant », estime Rita Tabbakh.

On n’est pas dans l’esprit cabaret, mais « il y a une mise en scène un peu comique » et « quelques flashs théâtraux », soutient par ailleurs Martin Giroux, en évoquant tout haut « Philippe qui court après son oiseau ».

Cette évocation du Petit oiseau de toutes les couleurs de Bécaud fait immédiatement sourire sa complice, qui « connaît bien la personnalité » pas particulièrement exubérante de Philippe Berghella. Reprenant son sérieux, elle confirme : « Joël a fait un excellent travail d’équilibre entre les moments de théâtre, d’humour et d’interprétation. »

« C’est aussi la trame sonore d’une vie », acquiesce Rita Tabbakh, en observant que les chansons sont si connues que le public hésite rarement à donner de la voix.

Vous voulez y aller?

Les Immortels
Jeudi 4 juin, 20 h
Salle Maurice-O’Bready
Entrée : 46 $ (étudiants : 36 $)