Les six comédiens de la pièce Le capteur de rêves ont occupé, tous en même temps et assez régulièrement, la scène du Théâtre de la Première Scène, de Marston. Mais le ton grivois répétitif pouvait, à la longue, jouer sur la qualité du texte.

Le capteur de rêves : fin mais trop grivois

CRITIQUE / Le talent d'écriture de Guy Dostie est indéniable. À Lac-Mégantic, tout le monde qui gravite dans la sphère culturelle le reconnaît. On n'a qu'à penser à la pièce B.B. Curb 2010, vue en trois soirs par 1280 personnes. Mais son Capteur de rêves, que le Théâtre de la Première Scène de Marston présente en ouverture de sa 10e saison, a de quoi décevoir.
Ce n'est pas à cause des nombreux jeux de mots, qui s'enchaînent de façon intelligente. Même que leur finesse fait en sorte que plusieurs passent inaperçus, le spectateur n'ayant pas le temps de les assimiler correctement (ce qui laisse penser qu'ils ont été écrits davantage pour être lus). Le hic vient plutôt du ton grivois, inhabituel à Guy Dostie. La répétition des expressions à double sens finit par devenir exagérée.
L'histoire tourne autour de Jean-Louis (Guy Dostie) qui souffre d'un mal étrange et dont l'épouse Estelle (Suzanne Harpin) arrive difficilement à saisir l'ampleur. Sa fille Nicole (Diane Jean) tentera de la soutenir. La voisine Juliette (Sylvie Grimard) viendra mettre son grain de sel. Quant aux travailleurs sociaux Erika et Réal (Murielle Langlois et Guy Gagnon), ils s'efforceront de ramener leur client à la réalité. Reste à savoir quelle est cette réalité ou serait-ce plutôt un rêve éveillé?
Malheureusement, le tableau final semble bâclé, car il laisse justement flotter une impression d'inachevé à propos de l'intrigue. L'auteur semble avoir manqué de souffle, laissant trop de choses en suspens. On aurait voulu en apprendre davantage sur le sort des deux escrocs, qui ont comploté durant toute la pièce pour frauder leur client Jean-Louis, personnage principal. Car c'est lui, le « capteur de rêves », toujours perdu entre le réel et les hallucinations. Il risque toutefois de perdre toutes ses économies amassées pour sa retraite.
À la fin, l'auteur a voulu que les spectateurs se demandent : « Ma foi, ai-je rêvé tout ça, en même temps que Jean-Louis? »
Plusieurs passages réussis valent la peine d'être soulignés, notamment quand Jean-Louis s'adresse à des personnages imaginaires, en regardant l'assistance, ou encore une scène du rêve de Jean-Louis, plutôt obsédante, grâce à l'éclairage qui tourne au rouge vif, avec tous les autres personnages qui l'entourent et s'adressent à lui de façon insistante, lancinante et pénible.
La référence à des personnages d'émissions jeunesse du passé, tout au long de la pièce, est du bonbon pour les nostalgiques : Bobinette, Fanfreluche, Sol et Gobelet, Paillasson... jusqu'au génie Jinny, plutôt sensuel, pour adultes!