Le musicien canadien d'adoption Harry Manx, qui marie blues et world, lance son 15e album, Faith Lift,  et effectue une nouvelle tournée québécoise.

Le blues sur quatre roues d'Harry Manx

La dernière nuit, Harry Manx l'a passée couché dans sa camionnette. Ce n'est pas le fruit d'une malchance : c'est ainsi, seul à bord de son véhicule, qu'il joue les avaleurs d'asphalte pour effectuer sa nouvelle tournée dans la province. Avant de mettre le cap vers Gaspé, le Canadien d'adoption, établi à Salt Spring Island sur la côte Ouest, a fait un arrêt pour discuter de sa série de concerts solos et de son nouvel album, Faith Lift, où il revoit ses pièces entouré d'un quatuor à cordes.
« Je suis chez moi sur la route, dit-il, nous faisant visiter sa camionnette. Vous voyez, il y a un thermostat ici et il y a des panneaux solaires sur le toit, pour la lumière. Ça m'a pris quelques mois pour bâtir ça, mais l'isolation est excellente, on est vraiment au chaud... »
Tout y est : des réchauds à gaz pour cuisiner jusqu'à la commode pour le linge, avec de l'espace pour les instruments et les albums aux décorations évoquant l'Inde, où Manx a passé beaucoup de temps, apprenant notamment à manier la Mohan Veena, cet instrument à vingt cordes, sorte de croisement entre la guitare slide et le sitar.
Cette mini maison mobile, qui ressemble à une fourgonnette de livraison, faite en hauteur et sans fenêtres, lui assure d'être incognito lorsqu'il veut passer une nuit tranquille. Manx a de l'expérience en la matière, puisque ce n'est pas son premier véhicule du genre : il a eu un camion de livraison de pain reconverti et des autobus scolaires réaménagés, au Canada ou en Europe.
N'allez surtout pas le plaindre! Du haut de ses 62 ans, Manx adore faire de la route en solo. Il n'écoute même pas de musique, trouvant dans l'expérience une grande liberté, de même qu'une quiétude voisine de la méditation. À preuve, à la fin de la tournée qui compte une dizaine de dates, il roulera sur 5000 kilomètres pour retourner à Vancouver...
« J'aime ce style de vie. Quand vous voyagez, vous vous lassez des restaurants et des hôtels. Vous voulez être chez vous et pour moi, c'est une sorte de maison. Quand j'ai des spectacles, on m'offre souvent des hôtels, j'y vais pour prendre une douche et regarder la télé, puis je vais à la maison [qu'est la fourgonnette]! »
Un mariage inspirant
La présente tournée, planifiée depuis environ un an et demi, survient au moment où Manx lance son quinzième album. Faith Lift est l'occasion pour lui de revoir différentes chansons-clés de son répertoire, mariant blues et world, avec un quatuor à cordes. À ces 11 nouvelles versions s'ajoute une reprise inédite de Love and Happiness, d'Al Green. Une idée qui lui est venue lorsqu'il a renouvelé ses voeux de mariage...
« J'ai remarié ma femme après 20 ans - c'était il y a 2 ans -, et il y avait une petite célébration durant laquelle de la musique jouait, en douce », raconte Manx, en nous faisant promettre de n'écrire l'anecdote qu'en français, pour qu'il ne s'attire pas des ennuis auprès de sa femme...
« Une de ces pièces était Love and Happiness, poursuit-il. On était durant cette cérémonie, mais je continuais d'écouter cette chanson et tandis que je lui passais son alliance, je me disais : "Mais c'est une chanson vraiment cool, peut-être que je devrais la jouer!" »
C'est à son complice de longue date, Clayton Doley, que Manx a confié la tâche des arrangements, qu'il s'agisse de titres originaux ou de reprises. Il a été tellement charmé par le résultat qu'il croit que son prochain enregistrement pourrait aussi mettre à contribution un quatuor à cordes.
« C'est comme si la vie respirait de nouveau dans ces pièces, constate-t-il. Quelqu'un a écrit que je leur avais fait un face lift. Je n'avais pas vu ça comme ça, mais c'est assez vrai. Quand vous jouez avec des cordes, c'est comme si vous aviez des ailes. »
Prophète en son pays
Harry Manx est né à l'île de Man, en Angleterre, mais il n'y est resté que jusqu'à l'âge de cinq ans, ses parents mettant le cap sur le Canada. Des résidents de l'île ont eu vent de son travail et ils l'ont non seulement accueilli à bras ouverts il y a quelque temps, mais se sont arrangés pour qu'il y retourne cette année, à l'automne. Manx compte s'y produire avec le seul quatuor à cordes de l'île... s'il est libre ce soir-là!
« Un promoteur m'avait contacté en me disant : '' Si tu es un Manx, tu dois venir de l'île, alors est-ce le cas? Peux-tu venir jouer? ''  J'y suis allé, le mot s'est passé et des gens qui connaissaient mes parents et mes grands-parents sont tous venus au spectacle, c'était fantastique, se remémore le musicien. Après la première chanson, un gars s'est levé et a crié : ''Bienvenue chez toi, Harry!'' Tout le monde s'est mis à applaudir et j'en pleurais. Ça faisait 50 ans que j'étais parti... »
Vous voulez y aller?
Harry Manx
Vendredi 5 mai, 20 h
Centre d'art de Richmond
Entrée : 35 $