Stéphane Lavallée, à l’avant-plan, et ses trois fils, Jérôme, Félix et Hubert, devant leur Chapelle du Rang 1, à Lac-Mégantic.

Le bel esprit de clocher

Un sentiment communautaire plus grand que nature anime Stéphane Lavallée et ses trois fils, Jérôme, Félix et Hubert. Un prolongement de leur solidarité familiale, d’une famille tissée serrée et étendue à la région de Lac-Mégantic, qui en récolte les bienfaits.

Ils ont lancé les activités de la Chapelle du Rang 1, d’abord pour sauver la petite église anglicane St.Barnabas, un bijou patrimonial, et aussi mettre un baume sur les plaies vives des Méganticois à la suite de la tragédie de juillet 2013.

La Chapelle accueille les artistes pour y vivre une expérience unique, en donnant un spectacle dans un contexte très spécial, un cachet très intime... Effectivement, la salle de 60 places seulement ne peut rentabiliser les cachets habituels des artistes populaires.

Après deux saisons estivales bien remplies, ce sont les artistes qui demandent à y donner leur spectacle, pour des compensations modestes. C’est que les Lavallée leur offrent des à-côtés précieux : logés, nourris, entourés d’authenticité et d’émotions vives, ces chanteurs et chanteuses partent comblés par la chaleur humaine qu’ils dégagent eux-mêmes, puis celle du public et, enfin, des Lavallée, bien sûr!

« Nous sommes quatre bénévoles dans notre projet, c’est plus une valorisation que nous venons y chercher, des moments magiques. Le spectacle n’est pas l’objectif, ce sont plutôt les émotions, ce qu’il y a autour. Nous avons créé une famille de la Chapelle, les artistes sont nos invités. Les gens se nourrissent les uns des autres! Ce sont des souvenirs, de l’amour, du cœur qu’on dépose en chacun, cela oriente la vie et change le monde, à notre échelle! », décrit Stéphane.

L’aîné des fils, Jérôme, 29 ans, est l’homme à tout faire de La Chapelle, s’occupant de la soudure à la mise en place, la sonorisation, la technique. De plus, il accueille les artistes, les met à l’aise. Photographe autodidacte, il a produit un visuel du projet, et plus.

Félix, 27 ans, c’est le gars de la bouffe, des achats jusqu’au barbecue, l’été. « La nourriture, ça rassemble, ça amplifie le partage! », dit-il. Il a aussi planifié et réalisé la rénovation de la chapelle, comme entrepreneur en construction. 

Le cadet, Hubert, 24 ans, agit comme négociateur en chef avec les artistes et bâtit la programmation. Il s’est occupé de la web série Un été à la Chapelle, diffusée par La Fabrique culturelle, à Télé-Québec. Sa polyvalence sert bien le projet. Cette web série leur a valu un prix constituant un salaire non monétaire, une reconnaissance qui les enchante, le Prix du développement culturel 2018, du Conseil de la culture de l’Estrie, en novembre dernier.

Stéphane a suscité l’adhésion de ses trois rejetons par sa créativité, ses nombreux talents, sa polyvalence et sa détermination. Des qualités familiales qui lui viennent de son père Guy, un homme d’affaires qui a su bien servir le public méganticois, de son frère Richard, qui a pris la relève du commerce familial, à la boucherie et, par la suite, au marché Lavallée, et de son autre frère, le regretté François Lavallée, qui s’est beaucoup dévoué pour sa communauté, avec des projets comme la radio locale CKFL, le Centenaire de Lac-Mégantic, le Lac en fête, pour ne nommer que ceux-là. Stéphane lui rend un hommage bien mérité : « Notre projet est du genre de François, des activités de rassemblement communautaire. Il serait sûrement avec nous dans notre projet… »

C’est aussi ce qui a incité Stéphane à revenir à Lac-Mégantic après la tragédie, pour venir travailler au rétablissement de sa communauté, délaissant une brillante carrière de journaliste et le confort de dirigeant au journal Les Affaires et au Groupe Transcontinental.

« La tragédie m’a interpellé. J’ai eu l’idée qu’il me fallait recréer un endroit de rencontre. C’était urgent. Avec la gérante du Musi-Café, Sophie L’Heureux, nous avons lancé le Musi-Café d’été, avec Yannick Gagné. Les artistes ont été très généreux par des prestations données aux Méganticois… J’ai alors senti que l’avenir serait ailleurs de ce que je vivais professionnellement. J’ai pris ensuite un temps de réflexion, j’avais le luxe de le faire. Je fais partie des privilégiés. La vie m’a ramené à Lac-Mégantic! »

Il s’est grandement impliqué dans la démarche citoyenne « Réinventer la ville », le Bureau de reconstruction du centre-ville, dont a découlé le superbe projet de mise en lumière de l’église Sainte-Agnès, qui a remporté une reconnaissance internationale qui a fait sa fierté.

REPÈRES

> Né à Lac-Mégantic, Stéphane est titulaire d’un baccalauréat en communication de l’Université du Québec à Montréal (UQAM)
> Il a commencé sa carrière de journaliste à L’Écho de Frontenac, l’hebdo de Lac-Mégantic, après ses études
> Ses trois fils sont tous nés à Sherbrooke, du temps où Stéphane a occupé les postes de journaliste, chef de pupitre et directeur de l’information au journal La Tribune
> Stéphane a également travaillé au quotidien La Presse et au journal spécialisé Les Affaires
> Jérôme, Félix et Hubert ont tous les trois fréquenté l’UQAM
> Jérôme est appuyé par sa conjointe Katia, dans le projet de la Chapelle, tout comme Félix, avec son amie de cœur, Andréanne