Les quatre réalisateurs participant à la compétition régionale de courts métrages : devant, Jean-Jacques Dumonceau et Marie-Lou Béland. Derrière : Mathieu Drouin et Jean-Benoît Baron.

Le 7e art dans le sang

Du 4 au 9 avril, le maïs soufflé aura des saveurs inattendues à Sherbrooke. Les grains éclatés fleureront la saucisse allemande, le gravlax suédois, le garam masala indien, les piments mexicains... Sans oublier les parfums typiquement d'ici. Fait particulier : les arômes émaneront non pas des sacs de grignotises, mais de l'écran des salles de cinéma, ceux qui accueilleront les 59 longs métrages de fiction, 32 longs métrages documentaires et quelque 40 courts métrages provenant de 45 différents pays, à l'occasion du 4e Festival Cinéma du monde de Sherbrooke. Afin que chacun prépare son menu à sa convenance, voici quelques pistes des tables d'hôte proposées durant tout l'événement, à commencer par un portrait de quatre cinéastes de chez nous participant à la compétition régionale de films courts. Bon pop corn!
Jean-Benoît Baron avait 5 ou 6 ans peut-être. À la maison, il y avait bien une cassette VHS de Retour vers le futur qu'il regardait tellement en boucle que Marty McFly devait commencer à avoir le mal du transport. Mais il n'avait jamais mis les pieds au cinoche. Puis un jour, il s'est retrouvé dans la salle 1 de la Maison du cinéma pour voir la troisième mouture des Tortues ninja. Sans aller jusqu'à dire que c'était le film de sa vie, c'était assurément un moment marquant de son enfance.
« Juste d'être assis là, dans une salle obscure, devant un écran immense, j'ai pogné de quoi. Je suis revenu chez nous vraiment marqué par l'expérience », confie en riant le réalisateur sherbrookois, finaliste pour la deuxième fois en autant d'années de la compétition régionale du Festival Cinéma du monde.
Lundi, un récit poétique sur le deuil, inspiré d'un slam de son amie Ismaelle Rose, se retrouve en compétition aux côtés d'Arrêt d'urgence de Jean-Jacques Dumonceau, Nature humaine de Mathieu Drouin et 24 h de Marie-Lou Béland. On ne pourrait penser à quatre films plus différents et on se réjouit longuement de ne pas être du jury qui aura à trancher dans ce cas-ci.
Pourtant, les cinéastes, eux, ont beaucoup en commun, à commencer par ce désir de dire. Après, que ce soit pour la force des images, pour la possibilité d'inventer un monde fantastique, de raconter la vie ou de porter des messages, il y a bien des variations sur un même thème, mais toujours surtout sur le même ton de la passion.
« En France, j'ai toujours travaillé en cinéma et je voulais poursuivre quand je suis arrivé au Québec il y a 15 ans », raconte Jean-Jacques Dumonceau, débarqué à Sherbrooke il y a un an.
« Mais tout était différent, très hiérarchisé, et je devais tout réapprendre. Avec la famille, ça a retardé un peu, mais j'ai fait un retour sur les plateaux depuis un an. J'y reviens enfin », se réjouit celui qui s'est trouvé attiré par le cinéma via Blade Runner, mais aussi par un autre film obscur dont il préfère taire le titre tellement il était mauvais.
« Je me suis demandé comment on pouvait faire un film aussi mauvais, et j'ai décidé que je pourrais faire nettement mieux », lance celui qui s'est amusé dans les effets spéciaux avec Arrêt d'urgence.
L'empreinte du déclin
Réalisateur-concepteur de métier, Mathieu Drouin a aussi roulé sa bosse en enseignant le cinéma avant de plancher sur la série Sainte Hernette qui devrait trouver sa niche web sous peu avec en vedette Pierrette Robitaille. « Les projets sont toujours très longs à se mettre en place, peu importe le média », constate celui qui a tourné Nature humaine avec les jeunes du Tremplin 16-30 afin de répondre aux besoins de l'organisme.
« Ce n'est pas un film personnel au départ, mais on entre dans l'intimité des exclus, des marginaux, et c'est, à la fin, ce qui fait la force du film parce qu'on est dans ce qu'ils sont », souligne Drouin, un trentenaire qui garde un vague souvenir du Bambi de sa jeunesse, mais une empreinte encore très forte du Déclin de l'empire américain de Denys Arcand.
« Le premier film où j'avais accès à tout, note-t-il. Il y avait l'intelligence, l'humour, la tristesse, la colère. C'était complet et bouleversant. »
Des souvenirs que ne partage pas tant Marie-Lou Béland, elle aussi finaliste pour une deuxième année consécutive au Festival Cinéma du monde, cette fois avec 24 h, une fiction sur la fin de vie et le droit de mourir dans la dignité.
« Je ne suis pas tant une grande cinéphile qu'une fille qui a envie de passer des messages, lance-t-elle avec franchise. J'avais commencé avec le théâtre, mais le cinéma permet tellement de parler à un plus large public, c'est devenu un incontournable. Mais en même temps, c'est complexe, c'est lourd et c'est coûteux. Les projets n'avancent pas toujours à la vitesse qu'on le souhaiterait. »
Mais ils avancent, d'écriture en tournage, de montage en visionnement public, de sélection en festivals. « Le meilleur moment, c'est celui où tu as l'idée. Elle apparaît, tu sais ce que tu vas faire. Ça, ça m'émeut », confie Béland.
Chacun son moment
« Le montage, c'est mon moment, avance plutôt Dumonceau. L'écriture, c'est intéressant, le tournage est accessoire, c'est une mise en images de ce que tu as en tête, mais le montage, c'est là où tu donnes tout son sens au film selon les choix que tu fais. »
Un moment plus laborieux pour Drouin qui voit cependant des hauts et des bas à chaque étape de réalisation. « Mais quand tu tournes, tu es dans le flow, le temps n'existe plus. Tu ne t'en rends pas compte, mais tu es dans un autre espace, totalement orienté vers un but. Toi et ce but, vous ne faites qu'un. »
Après avoir passé la dernière année à parfaire son art à l'INIS, Baron en vient à considérer chaque étape comme une écriture en continu du film. « Ça se crée pendant l'écriture, mais le tournage et le montage sont d'autres moments de réécriture. Chaque étape est le fun. »
Puis vient ce moment, s'entendent les quatre cinéastes estriens, où le film ne leur appartient plus. Leur nom est bien là, tout en haut du générique, mais le film, lui, est entre les mains des spectateurs.
« Y a quelque chose de magique là-dedans, mais de très étrange aussi. »
La soirée estrienne du Festival Cinéma du monde se tiendra mercredi soir dès 18 h 30 à la Maison du cinéma. Outre ces quatre finalistes, on y présentera quelques films de la Course des régions, du Kino Kab' Jeunesse et du BUFF Challenge de l'Université Bishop's.
Le lauréat de la compétition régionale sera connu dimanche lors de la cérémonie de clôture du FCMS. Ce dernier commence mardi.