Sylvain Cossette a eu l’occasion de côtoyer quelque peu Johnny Hallyday et en garde un très bon souvenir.

L’autre visage de Johnny

Trois-Rivières — Le hasard fait parfois bien les choses. Comme cette coïncidence d’avoir une entrevue programmée avec Sylvain Cossette dans les heures suivant le décès de Johnny Hallyday. Cossette a non seulement connu un très gros succès en reprenant un des plus grands tubes du géant, Que je t’aime, mais il l’a rencontré à quelques reprises.

Il en garde un souvenir assez ému. «Avant Que je t’aime, Hallyday était pour moi simplement un personnage plus grand que nature comme on pouvait le voir depuis le Québec. Je ne sais pas s’il était le Elvis français, mais il faisait partie des personnages mythiques. En reprenant sa chanson, j’ai pu constater la grandeur incroyable du phénomène.»

«Je suis allé à Paris le rencontrer parce qu’il allait faire trois spectacles au Théâtre Saint-Denis à Montréal et que je devais aller chanter Que je t’aime avec lui. Comme, à ce moment-là, je faisais Notre-Dame de Paris à Londres, j’ai traversé la Manche pour aller le voir en spectacle à Paris. C’était vraiment incroyable. Je le voyais quasiment comme une grosse caricature où lui jouait le jeu sur la scène avec les gestes théâtraux et super bien orchestrés le public qui embarquait à mort. Moi, je regardais ça avec un sourire imprimé dans le visage parce que je voyais ça comme un immense jeu dans lequel tout le monde embarquait et s’amusait à fond. Pas question pour moi de juger parce que nous, les artistes de scène, nous sommes tous là pour divertir le public; or, la salle était pleine, les gens étaient heureux et lui était au sommet de son art. Il était un incroyable entertainer qui donnait un spectacle impeccable.»

«Après le spectacle, je suis allé manger avec lui, sa femme et tout son entourage et j’ai découvert quelqu’un d’extrêmement timide, réservé, qui osait à peine me regarder. À la table, j’étais assis à côté de MC Solaar, un gars extrêmement extraverti. Moi, je me demandais si Johnny allait m’adresser la parole à un moment donné et comme tout le monde parlait de foot, MC Solaar m’a demandé si on jouait au foot au Québec. En blague, je lui ai répondu que oui, justement, on s’y était mis trois ans plus tôt et que si jamais on devenait assez bons, l’année suivante, ils allaient nous donner un ballon pour jouer avec.»


«C’est un gars qui voulait être une rock star et il a été toute une rock star.»
Sylvain Cossette

Et c’est là que le déclic s’est fait. «Johnny s’est alors levé en riant bruyamment et il est venu me voir. J’ai compris qu’il savait bien qui j’étais et il m’a dit combien il était heureux de me rencontrer et qu’il était impatient de chanter avec moi. Je l’ai eu avec une blague, finalement.»

«Après, on s’est revu au Québec et je me souviens qu’il m’avait remercié de venir l’aider pour son spectacle. Je n’en revenais pas qu’il me dise ça! Je disais: «Voyons, vous êtes Johnny Hallyday!» Lui me soulignait que j’avais fait un gros succès avec sa chanson et que ça l’avait relancée. Finalement, ça avait été de très beaux moments avec lui. Il a été très chaleureux. Ce n’est pas l’image qu’on a de lui de l’extérieur.»

«D’ailleurs, je chantais avec lui un soir et dans l’après-midi, il avait fait une entrevue avec Stéphan Bureau qui avait plutôt mal tourné parce qu’on lui a posé des questions sur la politique française et Johnny avait été un peu démuni et ça avait paru à l’écran. Ça l’avait pas mal ébranlé. En mangeant avec lui, il me disait combien il en était peiné. Il me disait: 

«Sylvain, tu sais, moi, je ne suis qu’un chanteur, je suis un rocker, simplement!» Il était presque comme un enfant. Moi, je lui disais qu’avec son statut, il aurait très bien pu envoyer promener l’interviewer! Mais c’était quelqu’un de sensible et sans prétention derrière son image publique.»

Cossette convient que c’est un gros morceau qui est parti dans la nuit de mardi à mercredi. «Tu vas à Vegas et sur la Strip, tu en vois plein de ces entertainers, des performers: ça fait partie de la culture américaine. 

En France, c’est complètement autre chose: ils préfèrent quelqu’un qui chante avec un filet de voix, avec le moins de puissance possible. Johnny était carrément dans une classe à part.»

«C’est un gars qui voulait être une rock star et il a été toute une rock star.»