Après l’ensemble vocal Odysséa (2014), David Goudreault (2015), Tim Brink et Musique à bouches (2016), Pierre Hébert est notre personnalité estrienne culturelle de 2017.

L’année équilibrée de Pierre Hébert

On raconte chaque jour l’histoire d’Estriens et Estriennes relevant avec panache les défis que la vie leur réserve, ou qu’ils se sont parfois même donné par plaisir ou par devoir. En cette fin d’année, La Tribune salue l’apport de certains d’entre eux en laissant la parole à cinq personnalités de 2017, des hommes et des femmes qui s’imposent et qui inspirent. à suivre mercredi.

Pierre Hébert emploie le mot « parfait » pour qualifier l’année qui se termine, marquée par la naissance de son fils en mars et ses deux Olivier récoltés en décembre, soit ceux du spectacle d’humour de l’année et de la mise en scène. Au cours des douze derniers mois, il y a eu aussi des dizaines de représentations du Goût du risque, données devant les quelque 20 000 personnes qui, on s’en souvient, avaient acheté leur billet à 20 $ sans savoir qui serait sur la scène.

« Mais l’année 2017 est d’abord celle où j’ai appris à dire non. Ce fut une année parfaite au sens où j’ai vraiment trouvé l’équilibre entre ma vie personnelle et professionnelle. À l’époque où je faisais beaucoup de télé, c’était très dur pour ma vie familiale. Je partais tôt le matin et ma fille dormait encore, je revenais le soir vers 19 h et c’était déjà son heure d’aller au lit. J’avais le sentiment de passer à côté de moments précieux. »

Mais cette année, Pierre Hébert a pris trois mois de congé durant l’été. Il n’a même pas participé au Festival Juste pour rire. Il a reçu une offre de tournage pendant la belle saison, mais, conforté par les critiques et l’accueil réservés au Goût du risque, il a respecté sa résolution.

« Pas par manque d’appétit ni d’ambition, mais j’ai toujours eu de la misère à refuser. Là, si j’avais un spectacle dans les environs de Montréal, je conduisais ma fille à la garderie moi-même, je passais la matinée avec mon gars, je faisais de la radio quand je le pouvais, je revenais dormir à la maison... »

Propre médecine

Il y a quand même eu des périodes plus « rock ’n’ roll », qu’il a évoquées dans ses remerciements aux Olivier : sa conjointe, prise de contractions prématurées à la fin de janvier, a dû passer les dernières semaines de sa grossesse à l’hôpital pendant qu’il terminait ses rodages et présentait sa première montréalaise. Pour un humoriste qui, dans son spectacle actuel, remet en question nos vies trop prévisibles, on peut dire qu’il a goûté à sa propre médecine.

« Ça a été des moments assez pénibles, mais je me suis aperçu que c’est beaucoup plus facile de faire face à l’inconnu ou de sauter dans le vide quand on est bien entouré. Et ça a été mon cas : mes parents, ma belle-famille, mes amis, que j’ai depuis le primaire, ont été super-présents durant cette période, entre autres pour m’aider à m’occuper de ma fille pendant que ma blonde était à l’hôpital. J’ai quand même eu envie de mettre la tournée sur la glace. Ce qui était angoissant, c’est qu’on ne pouvait pas savoir ce qui provoquait les contractions. On pensait que c’était la maladie de Crohn, dont ma blonde est atteinte, mais comme elle était enceinte, elle ne pouvait pas passer de rayons X. Impossible d’en avoir le cœur net. Après l’accouchement, on a eu la confirmation que c’était bien des complications de cette maladie-là et elle a pu être opérée. »

Neuf mois après ces grands remous, le Sherbrookois d’origine peut respirer d’aise. Oui, les Olivier récoltés il y a deux semaines lui ont fait énormément plaisir, mais l’humoriste se réjouit tout autant des témoignages de gens qui lui avouent que le Goût du risque leur a donné ou redonné la motivation pour oser.

« Je ne reçois pas 20 messages après chaque représentation, mais j’ai des spectateurs qui m’ont confié qu’ils ont décidé de quitter un emploi qu’ils n’aimaient plus, de déménager dans un autre pays ou de retourner aux études. Ça me touche beaucoup. On est dans une vie où tout est su d’avance : on va voir le menu du resto en ligne, on réserve dans un tout-inclus, on regarde la météo qu’il fera dans deux semaines... Selon moi, le besoin d’être surpris explique pourquoi le coup de l’humoriste mystère a si bien marché. »

Entendre les silencieux

Quant à l’affaire Éric Salvail (Pierre Hébert est un des Fantastiques et fait partie des quatre collaborateurs qui ont repris le micro en novembre et décembre), elle l’a totalement renversé.

« J’avais énormément de plaisir à travailler avec Éric, et les gestes qu’on lui a reprochés, je ne les ai pas vus, il ne les a pas posés envers moi ni personne d’autre de l’équipe. Effectivement, ces gestes n’ont pas leur place et il fallait les dénoncer. Une journaliste m’a demandé plus tard si j’étais tanné d’entendre parler de tout ça. Comment veux-tu être tanné d’enfin entendre des gens qui ont gardé le silence pendant des années, en sachant qu’il y en a plein qui se taisent encore? Des mots-clics #metoo, j’ai en eu aussi dans ma page Facebook. »

Autre pincement au cœur en 2017 : le projet d’adaptation cinématographique de Vrak la vie s’est heurté à un mur. « La SODEC nous a opposé un troisième refus, définitif. On n’est évidemment pas d’accord avec ses commentaires. Je suis encore persuadé que notre scénario est bon, mais plus on attend, plus on s’éloigne du buzz de Vrak la vie. Des films jeunesse faits au Québec, que je peux aller voir avec ma nièce, il n’y en a pas tant que ça. Il reste peut-être trois pour cent des chances que le projet se réalise, mais il faudrait qu’un producteur privé se manifeste. »

Ses résolutions pour la nouvelle année? « Je continue de dire non à tout! » répond-il, alors que son calendrier de spectacles de 2018 est déjà bien garni et que des cases de 2019 commencent à se noircir. « À cause des Olivier, plusieurs supplémentaires se sont ajoutées. Je poursuis comme collaborateur aux Fantastiques. Pour l’été, j’avais décidé de sauter à nouveau le Festival Juste pour rire, mais avec les événements récents et le nouveau festival, je suis encore en réflexion. »

Vous voulez y aller

Le goût du risque
Pierre Hébert
Vendredi 30 mars, 20 h
Maison des arts, Drummondville
Entrée : 41 $

Samedi 31 mars, 20 h 30
Du 7 au 11 août. 20 h 30
Vieux Clocher de Magog
Entrée : 40 $ ou 42 $

Vendredi 9 novembre, 20 h
Salle Maurice-O’Bready
Entrée : 42 $ (étudiants : 32 $)