Danielle Goyette

L’amour au temps du décalage

« Alors cette fois, j’arrive avec une brique! » dit en riant l’auteure et journaliste de Compton, en posant sur la table Sa main sur ma nuque, un bouquin de presque 500 pages, dans lequel elle a conjugué une romance fictive au passé plus-que-parfait de ses 14 années comme chroniqueuse de tourisme pour différentes publications québécoises.

« Je me souviens exactement du moment où l’idée de ce roman est née. C’était en 2004, lors d’un voyage de presse au Venezuela aux chutes Angel, le plus beau de ma vie! Je me suis retrouvée un soir devant une grande savane, où toutes les graminées étaient remplies de lucioles. J’ai regardé Suzy, l’organisatrice du voyage, en lui disant que c’était une image de roman et que je devais absolument faire quelque chose avec ça. »

Mais comme Danielle Goyette a continué de bourlinguer professionnellement encore plusieurs années après cette inoubliable soirée — un métier fantastique, reconnaît-elle, mais éreintant —, dix ans auront été nécessaires avant de mettre le point final.

« J’ai commencé à l’écrire en 2008 et je l’ai terminé en 2016, mais il m’a fallu le retravailler, pour placer la romance et les émotions en avant et ne pas tomber dans le guide touristique. Il y a un chapitre sur la Norvège qui a été complètement enlevé. J’ai écrit des chapitres supplémentaires pour étoffer davantage le personnage de la mère. Et j’ai beaucoup peaufiné la fin avec ma directrice littéraire (Sara Marcoux) afin de bien fermer la boucle de l’histoire. On peut dire que Sara m’a poussée dans le dos pour mettre la journaliste de côté et laisser la place à l’auteure. »

La vie est si fragile...

Sa main sur ma nuque, que l’éditeur destine aux lectrices aimant la romance, est dans la lignée des livres de Danielle Steel et Nora Roberts. Il raconte l’histoire de Sarah Benoît, une journaliste touristique québécoise qui, lors d’un reportage au Maroc, fera la rencontre de Jordan Manuka, un séduisant et mystérieux photographe maori. Le coup de foudre entre les deux sera presque instantané.

Leur idylle se poursuivra ainsi, au rythme des séjours de presse au Venezuela, en Malaisie, etc., où ils se retrouveront. Mais le Néo-Zélandais refusera toujours qu’ils vivent ensemble et que Sarah le visite chez lui. Ce n’est qu’à la fin que la journaliste comprendra pourquoi.

DANIELLE GOYETTE
Sa main sur ma nuque
ROMAN
Guy Saint-Jean Éditeur
488 pages

« L’histoire d’amour est inventée, mais tous les voyages de Sarah, je les ai vraiment faits », précise la romancière.

Danielle Goyette ne cache pas que la personnalité de sa jeune globe-trotteuse est en grande partie calquée sur la sienne. Dans son premier livre, un récit publié en 2005 et intitulé L’absent, elle avait raconté la perte de son père alors qu’elle n’avait que huit ans. L’ancien photographe et journaliste de La Tribune s’était effondré devant elle, victime d’une crise cardiaque. L’écrivaine a ainsi appris très jeune la valeur et la fragilité de la vie.

« Alors même si je suis une personne très peureuse de nature, je me place régulièrement dans des situations où je dois dépasser mes limites. J’ai peur des serpents, mais j’en ai pris sur mon cou pendant mes voyages. J’ai peur du vide, mais j’ai fait de la tyrolienne en Colombie-Britannique. J’ai nagé avec des requins aux îles Turques-et-Caïques. Je déteste les araignées, mais j’en ai photographié une énorme qui grimpait sur le poteau de mon hamac au Venezuela. J’y ai aussi fait de la pirogue dans des rapides. J’ai dormi en pleine jungle. J’ai côtoyé des autochtones… » raconte la Magogoise d’origine.

Spa de départ

Il faut dire que Danielle Goyette est devenue chroniqueuse touristique un peu par hasard, et qu’elle a commencé par l’endroit le plus douillet qui soit : un spa.

« Je suis allée à l’Auberge du parc à Paspébiac, pour mon plaisir, et je me suis liée d’amitié avec la patronne, qui m’a demandé je pouvais écrire leur dépliant. J’en ai parlé à ma rédactrice en chef et j’ai commencé à signer des chroniques sur les spas. Peu à peu, je me suis mise à voyager, d’abord au Québec, puis à l’international. »

Au fil des ans, elle a travaillé pour TV Hebdo, 7 Jours, Madame, Partir, Espaces, Moi et Cie et Camping Caravaning. « Il y a une année où j’ai fait huit séjours touristiques à l’étranger. J’ai vécu toute cette période sur le décalage horaire. C’est un métier que j’ai adoré mais qui m’a épuisée. Visiter le Mexique au mois d’août à 50 degrés ou trois musées et quatre attractions dans une seule journée, c’est très demandant. On change d’hôtel tous les soirs. Une pigiste comme moi n’est pas non plus payée pendant qu’elle voyage, même si elle a peu de frais. »

« Un jour, j’ai accompagné mon chum [le romancier Benoît Bouthillette] à Paris où il avait gagné un prix. Nous étions assis dans un parc à manger un sandwich jambon beurre. Je regardais les gens passer et je me suis mise à pleurer : "C’est ça, voyager!" J’ai eu le goût de recommencer à le faire pour le plaisir. Et après 30 ans de vie à Brossard, je suis revenue vivre en Estrie en 2014, où j’ai trouvé la quiétude qu’il me fallait pour compléter mon livre », raconte celle qui a aussi pris les rênes du mensuel municipal L’Écho de Compton et continue d’être rédactrice et journaliste pigiste.

« Pour moi, écrire est un plaisir, jamais une souffrance. Je pourrais ne faire que ça. Mais quand j’écrivais mes chroniques de tourisme, je me sentais toujours lésée. J’avais l’impression de ne pas aller au bout de ce que je voulais raconter. J’étais obligée d’enlever toute la dentelle au profit de l’information pratique. Mais je me suis dit que j’intégrerais un jour mon vécu de voyage dans un livre, car j’avais envie de faire rêver les gens. L’écriture journalistique, c’est rouler sur une route à 50 km/h, et l’écriture littéraire, c’est se mettre à courir dans un champ de marguerites! »

Bibliographie

2005  L’absent

2007  Caramel mou

2009-2013  Série Québec insolite (douze volumes)

2014-2016  Série As-tu peur? (six volumes)

2019  Sa main sur ma nuque

Vous voulez y aller?

Séances de signatures de Danielle Goyette

Les 9 et 10 février, de 13 h à 16 h

Biblairie GGC de Sherbrooke