Tim Brink

La voie après La voix

On lui demande de résumer les 12 derniers mois. En un mot, un seul. Tim Brink n'hésite pas longtemps. La chance, tranche celui qui a commencé son année 2016 en lion avec sa remarquée participation à La voix. Aux auditions à l'aveugle, son interprétation de Hard to Handle a d'emblée séduit les quatre juges.
Tim Brink à <em>La voix</em> en hiver 2016.
S'il n'a finalement pas remporté la compétition vocale, il est reparti avec mieux encore que le titre de grand gagnant : la reconnaissance du public. Et la précieuse confirmation qu'il était bien à sa place dans l'univers de la chanson.
« Ça fait 20 ans que je chante, je me questionnais à savoir si je pouvais encore rêver d'en faire une carrière. Avant de participer à La voix, oui, je me suis demandé si j'avançais bien sur le bon chemin. »
Il sait maintenant que oui.
« Je suis sorti de là avec de la confiance. Et l'assurance que je pouvais foncer dans cet univers-là. »
Comme tous ceux qui sont déjà dans le métier, il craignait pourtant, en participant à la populaire émission dominicale, d'être pris dans une grosse machine qui lui dicterait quoi faire et quoi chanter.
« Finalement, mes craintes n'étaient pas fondées. Je recommanderais l'expérience à n'importe qui. Pour moi, le tremplin est indéniable. Quand tu es vu par deux millions de personnes au lieu de 2000, ça te propulse en avant, ça te fait connaître à un autre public. Personnellement, j'ai aussi beaucoup appris. Sur le monde télévisuel, entre autres. C'était un gros plateau, avec une formidable équipe. Je ne suis pas quelqu'un qui est très à l'aise, d'ordinaire, devant les caméras. Maintenant, je ne fige plus. »
Dans ses paroles, aucune trace d'amertume ni de rancoeur. Il a quitté l'aventure télévisuelle la tête haute, galvanisé par tous les éloges reçus de la part de ceux dont il était le favori. Tant pis pour le reste. Lire ici : la tempête déclenchée sur les réseaux sociaux après que sa coach, Ariane Moffatt, ait donné un très avantageux pointage à sa favorite, Amélie Nault, lui assurant ainsi la victoire lors des premiers directs. Faut-il le rappeler, Tim avait ce soir-là la faveur du public, lequel lui avait octroyé un gros 49 points pour son interprétation de Marie-Stone (d'Éric Lapointe).
« J'ai été déçu de la façon dont ça s'est fait, mais je n'étais pas fâché après Ariane et je n'étais pas mécontent de partir. J'ai quand même eu le vote du public. Ça m'a fait chaud au coeur. Moi, c'est avec ça que je suis reparti à la maison. »
Des spectacles à la tonne
La maison, il n'y est ensuite pas resté beaucoup. Le téléphone s'est mis à sonner. Les propositions de spectacles se sont multipliées. Le chanteur n'a pas arrêté. En même temps qu'il continuait à travailler comme gérant au restaurant indien Le Shalimar à Lennoxville, il enchaînait les shows. Cet été, il chantait de deux à quatre soirs par semaine. Il lui est même arrivé de donner deux prestations... le même soir! Le neuf juillet dernier, il assumait la première partie du spectacle de Robert Charlebois, à Johnville, et il se produisait ensuite au centre-ville de Sherbrooke, dans le cadre du Sherblues, avec Martin Goyette. Une soirée marathon qui a généré bonheur et inquiétudes. C'est que le soir du doublé, Tim Brink était aphone. Ou presque. Pour la première fois de sa vie, il a dû prendre de la cortisone pour avoir de la voix. « Parce que, on le dit, on le sait, the show must go on. »
La cortisone a heureusement produit son effet. Tim était en voix et en énergie pour chacune des deux scènes extérieures.
« J'étais bien content de retrouver mon ami de La voix Martin Goyette, avec qui j'ai fait un duo. À Johnville, c'était super aussi. J'étais juste déçu de manquer Robert Charlebois. J'aurais souhaité le croiser, mais je n'ai même pas eu le temps de l'entendre pousser une note ou de lui serrer la main. Tout de suite après ma prestation, il fallait partir pour arriver à temps à l'autre spectacle. J'ai eu un été vraiment rempli. Avec mon band, on a vécu plein d'expériences différentes. On a joué beaucoup dans la région, dans toutes sortes d'événements. Je pensais que les gens allaient se tanner, mais non, il y avait toujours un bon public. » Cet automne, l'Estrien a aussi retrouvé ses complices du défunt groupe Pete Möss, le temps d'un concert au Théâtre Granada.
« Une belle soirée, un rendez-vous unique qu'on a pensé pour les fans du coin », résume celui qui, lors des belles années de la formation rock, a déjà remporté rien de moins que le prix du meilleur chanteur au Festival Emergenza, en Allemagne, en 2005.
Retrouver la voix
Les retrouvailles avec les copains de Pete Möss arrivaient à la toute fin du blitz d'été de Tim. Un blitz qu'il ne regrette pas, mais qu'il ne répéterait pas.
« C'était l'fun, mais aussi un peu fou. J'en ai reparlé avec mon gérant, dernièrement. S'il y a une chose que je ferais différemment, c'est ça : je ne remplirais pas mon agenda de la sorte. »
C'est que le prix à payer aurait pu être élevé. Jusqu'à tout récemment, l'énergique chanteur avait peur d'avoir saboté sa voix, il craignait qu'elle ne revienne jamais comme avant.
« L'émission, le travail, la vie qui continue, ça a fait que je n'ai pas pu ménager ma voix. Cet été, j'avais même de la difficulté à chanter. Je sais que je n'étais pas toujours à mon maximum. »
Parce qu'il a commencé l'aventure de La voix avec des nodules sur les cordes vocales. Alors qu'il aurait dû prendre du repos et s'imposer des jours de silence, il a enchaîné les tours de chant.
« C'était difficile. Parfois, j'étais gêné de performer parce je n'avais pas la voix que je voulais. C'était un stress, je n'étais pas toujours à mon top et ça me brisait le coeur parce que l'affaire que je préfère faire, dans la vie, c'est chanter. Après le tourbillon de l'été, j'ai rencontré deux ORL, un médecin, des naturopathes. Tout le monde me disait de boire de l'eau et de me reposer, mais rien n'y faisait, ma voix ne revenait pas. »
C'est la chanteuse estrienne Carole Vincelette, rencontrée au hasard, tout récemment, qui lui a suggéré l'argent colloïdal en gargarisme.
« Quatre jours plus tard, déjà, je voyais une amélioration. Ma voix redevient ce qu'elle était. Et je mets toutes les chances de mon côté, je m'arrange pour récupérer. Je prends soin de ma santé, je m'entraîne, je mange plus sainement », dit celui qui, pendant le temps des Fêtes, prévoyait du repos, du repos, et encore du repos.
« Pour la première fois depuis des années, je ne travaille pas pendant les vacances de Noël. Je profite d'un réel temps d'arrêt. »
Des projets pleins la malle
Ce temps doux est d'autant plus bienvenu que 2017 s'annonce comme une année faste. Encore.
Au cours des prochaines semaines, le chanteur de Waterville devrait enfin lancer cet album qu'il trimballe dans la malle à projets depuis plusieurs années. This is Ours, sa galette anglophone de chansons originales folk rock, devrait être prête quelque part en février.
« J'ai vraiment hâte. C'est un projet que j'ai amorcé bien avant La voix et que j'ai dû mettre sur la glace parce que l'émission bousculait les choses. J'y pense tous les jours parce que ça fait deux ans que je voudrais avoir bouclé ce disque, que je produis moi-même. Les gens sont très patients, et je voudrais leur dire merci, parce que j'ai eu recours au sociofinancement (sur kickstarter) pour pouvoir enregistrer mes chansons. Sur dix titres, il m'en reste quatre à terminer. Et ce n'est pas grand chose, il n'y a que les pistes vocales à finir, tout le reste est fait. Je suis allé en studio déjà deux fois, mais comme ma voix n'était pas au top, je n'étais pas satisfait. Après les vacances, je me remets là-dedans. »
Dans le même souffle, l'auteur-compositeur-interprète de 41 ans révèle qu'il a déjà commencé à composer du matériel pour un second disque. Des chansons « plus engagées que les précédentes. »
« Parce que dernièrement, j'ai vraiment réalisé à quel point il fallait agir pour changer le monde, chacun à son échelle. Ma façon à moi, c'est la chanson. J'ai le goût de prendre la parole. »
Et aussi prendre le micro : une tournée estivale devrait s'ajouter au menu de son année. C'est sans compter les projets auxquels il pourrait prendre part.
« J'ai passé des auditions pour des trucs très intéressants. Un, entre autres, pour un très gros band. Je ne peux pas en parler pour l'instant, tout ce que je peux dire, c'est que si je l'obtenais, ça changerait la vie. J'ai aussi auditionné pour la comédie musicale Footloose, mais je ne peux pas non plus révéler si je suis pris ou non. »
Le chanteur qui a grandi dans le coin de Sawyerville est en quelque sorte à un carrefour. Il rêve grand. Et beau.
« Ce que je souhaiterais le plus, c'est vivre de la musique. Et faire le tour du monde avec mes chansons. J'adore le Québec, je vais toujours garder un pied à terre ici, mais j'ai beaucoup voyagé et ça m'a donné la chance de comprendre que sortir de son petit noyau, c'est riche. J'ai le goût de me promener, d'aller me nourrir ailleurs. »
D'avancer sur la voie que lui pave sa voix, en somme.