Sandra Tremblay se plonge de nouveau dans la vie au gré de son Iconographie sauvage et polylogue en cours à la Galerie d'art du Centre culturel de l'Université de Sherbrooke.

La vie selon Sandra Tremblay

On a tellement répété que les artistes vivaient en marge, dans un monde qui leur est propre, on a fini par le croire et gentiment les entasser dans une petite boîte préfabriquée pour créateurs déconnectés. Pour exemple la peintre Sandra Tremblay, dont l'Iconographie sauvage et polylogue présentée à la Galerie du Centre culturel de l'Université de Sherbrooke amène à se côtoyer, en couleurs vives et en atmosphères étranges, des personnages qui semblent issus d'une autre dimension. C'est un monde parallèle, Sandra?
« Il y a plusieurs tableaux qui ont des liens avec le théâtre ou le cinéma », raconte l'artiste sherbrookoise, également musicienne à ses heures. « Ils disent plus que ce qu'ils montrent, ils sont tout en métaphores, il y a plusieurs lectures à en faire. Il y a des symboliques, des postures rituelles. »
« Mais quelques-uns des tableaux sont simplement axés sur la vie », poursuit Sandra Tremblay, reconnue tout autant pour son engagement social et communautaire que pour cet art dont elle vit et auquel elle donne vie depuis des années.
Au fil des années, en solo ou via le projet Alicia Burton qu'elle mène avec son amoureux Daniel Coulombe, Sandra Tremblay a multiplié les activités et son engagement auprès de certains organismes, a abordé dans son oeuvre les questions de consommation, d'environnement et d'inégalité, dépeint ses contemporains dans leur monde réel ou imaginaire.
« J'aime aborder les deuils de la vie, que ce soit ce qui disparaît ou ce qui n'a simplement pas lieu, précise Tremblay. J'aime parler de la vie, de sa variété, de sa fragilité, de sa vacuité, de la vitesse avec laquelle elle passe, de notre solitude aussi. C'est la vie qui passe. Il y a une partie spirituelle à ça, pas dans le sens de religieux, mais qui me permet de méditer sur nos rapports à l'autre. »
Marcher et vivre sa ville
Pour ce faire, Sandra Tremblay aime observer les siens, ces humains à toutes hauteurs d'échelle, dans leurs désirs, dans leurs actions, dans leurs contradictions. Sandra Tremblay marche sa ville, la vit, observe les gens, s'intéresse à eux et aux enjeux. Elle multiplie projets et ateliers, en milieu communautaire, dans les écoles et les résidences pour aînés, pour toucher et sauver des âmes, qu'elles soient toutes jeunes ou déjà âgées.
« Ça permet de nourrir mon processus de création, note-t-elle à propos des animations d'ateliers qu'elle multiplie au quotidien. Tout le monde est capable de créer, peu importe le domaine. Tout ce que ça prend, c'est de l'ouverture d'esprit. »
Mais une autre partie de sa création se nourrit en voyage ou dans la solitude. « On vit dans un monde où on n'est pas très à l'aise avec la solitude. Pour plusieurs, ce n'est pas assez nourrissant, alors que moi, je vais y puiser les forces pour entrer en contact avec l'autre. »
Et rester en contact avec une vie dont elle explore l'immuable et l'éphémère depuis toujours sans que sa finalité la paralyse.
« Je crois au contraire que cette conscience me permet de maximiser ma création et ma vie, lance-t-elle. Penser que je peux mourir demain, ça me pousse à avancer, à créer. »
Vous voulez voir ?
Iconographie sauvage et polylogue
Sandra Tremblay
Galerie d'art du Centre culturel de l'Université de Sherbrooke
Jusqu'au 8 avril