Pink Martini a fait la fête dimanche soir au Théâtre Granada, offrant aux quelque 750 spectateurs des chansons tirées de leurs six albums.

La vie en rose… martini

Ils l’ont encore fait : la bande du martini rose a encore transformé le Granada en fête totale. La chanteuse China Forbes, le pianiste Thomas Lauderdale et leur troupe de neuf musiciens de Portland, Oregon, ont décidément la touche magique pour enchanter un auditoire et le pousser à faire les choses les plus folles.

Il faut dire que, tout comme le dernier passage de l’orchestre à Sherbrooke en 2015, les quelque 750 personnes réunies au Théâtre Granada formaient un public en or. Pink Martini ne s’inscrit peut-être pas dans les palmarès, mais peut quand même compter sur des amateurs parmi les plus fidèles.

China Forbes n’a donc pas trop eu de problèmes à créer non pas une, mais deux « chenilles » de spectateurs (ici, on dirait plutôt un petit train) pour danser dans la salle et même sur la scène durant Brazil, dernière pièce de la soirée. Quant à la première partie, elle s’était terminée avec une quarantaine de spectatrices sur scène pour l’accompagner dans une interprétation d’I Am Woman, d’Helen Reddy, un clin d’œil aux 45 ans de cet hymne féministe et très certainement au mouvement #moiaussi.

Mais China a été aidée, dans son recrutement de choristes, par une admiratrice du Vermont qui lui avait apporté des lilas (bonjour, monsieur le douanier) et qui a convaincu ces dames d’être plus nombreuses à monter sur scène qu’à la représentation de Toronto, à laquelle elle avait assisté.

Homosexualité illégale

Ceux et celles qui étaient présents lors du passage de Pink Martini au Sherblues 2015 auront sûrement remarqué une certaine similitude avec la prestation de dimanche soir. Plusieurs des pièces jouées il y a trois ans figuraient encore dans le menu musical, à commencer par le classique Sympathique, qui a eu 20 ans en 2017 et qui vient d’être réédité par Audiogram.

Le concert avait toutefois une saveur un peu plus anthologique, Thomas Lauderdale rappelant, avec son irrésistible mélange de français et d’anglais parfois incompréhensible, la genèse du groupe, né en 1994 dans un contexte de militantisme contre un projet de loi pour rendre l’homosexualité illégale en Oregon.

Chacun des six albums originaux de Pink Martini a été évoqué par au moins une chanson, les deux premiers ainsi que le plus récent (Je dis oui!, 2016) recevant la part du lion. La plupart des plus grand succès étaient au rendez-vous, dont Hey Eugene, seul succès radio du groupe, Let’s Never Stop Falling in Love et bien sûr Sympathique. L’ensemble a fait plaisir au public québécois avec trois chansons en français, mais il y a eu aussi de l’espagnol, de l’italien, du turc et même de l’arménien.

Voix alto

Mais la plus grande surprise est venue d’un chanteur invité, Jimmie Herrod, doté d’une voix unique et impressionnante. S’il avait fait une audition derrière un voile à La voix, on aurait pu croire qu’il s’agissait d’une chanteuse alto. Pour sa première prestation à vie en sol canadien, le jeune homme a notamment livré la chanson-thème d’Exodus ainsi qu’un standard de Broadway, He Was Too Good to Me (enregistré notamment par Nina Simone et Shirley Horn). Ses interprétations lui ont valu des applaudissements nourris de la salle.

Autres moments forts : les duos de la première partie, d’abord ceux de China avec Timothy Nishimoto (même si la chanteuse a visiblement dû s’appuyer sur les paroles cachées dans le piano), et celui de Timothy et Jimmie dans Ov sirun sirun.

Petite déception : annoncée comme concert avec demandes spéciales, la soirée s’est finalement déroulée selon une feuille de route préétablie.

À cause d’une tendinite au bras droit, Thomas Lauderdale a dû faire du quatre-mains pendant une bonne partie du concert avec un deuxième pianiste, Hunter Noack, avec qui il a fait une présentation très comique juste avant l’entracte : une démonstration de tous les produits dérivés vendus dans le hall d’entrée du théâtre, même une boîte à musique qui joue Sympathique.

« Un beau cadeau pour vos enfants », dira-t-il, avant de rappeler le refrain : « Je ne veux pas travailler. »