Devant un Théâtre Granada plein à craquer, avant même Montréal et Québec, Patrick Watson a lancé mercredi soir une courte tournée de six dates en sol québécois, à guichets quasi fermés. Le chanteur montréalais a livré les chansons de son plus récent album, The Wave, paru en octobre dernier.

La vague Watson emporte tout

CRITIQUE / On pourrait écrire que c’était gagné d’avance : la cote d’amour de Patrick Watson est si forte au Québec. En fait foi la tournée à guichets quasi fermés qui prenait mercredi soir son envol devant un Théâtre Granada plein à craquer.

Mais, non, il fallait quand même réussir la transition vers la scène de Wave, son plus récent opus, davantage axé sur les textes, avec la musique en retrait. Si l’artiste s’était trop collé au disque, les habitués auraient peut-être trouvé leur chanteur favori trop tranquille.

C’est mal connaître sieur Watson, qui a vite redonné ses droits à la musique dans cette prestation ayant beaucoup de coffre, avec sept musiciens et choristes et une mise en scène élaborée, dans un savant équilibre de ouate et de watts.

Dès la deuxième chanson (Wave, pièce-titre de l’album), c’était dans la poche. Probablement parce que cette plage renferme en grande partie la charge émotive du disque, cette immense vague qui a déferlé sur la vie du chanteur ces dernières années (rupture amoureuse, décès de sa mère, départ d’un musicien proche).

Dans une lumière turquoise, avec sa voix si touchante quand elle monte, Patrick Watson a chanté cette résignation de se laisser simplement porter par les événements lorsqu’on n’a tout simplement aucune emprise sur eux. Le crescendo était si puissant et si évocateur, il était presque impossible de ne pas avoir de boule dans la gorge.

Il y aura un ou deux autres de ces serrements de cœur, dans Look at You, Places You Will Go et surtout Broken (comment rester de glace lorsque Patrick fait si bellement pleurer le o de broken?).

PRISMES ET VISAGE

Tout comme le spectacle de la tournée Love Songs for Robots, le musicien a interprété presque dans l’ordre intégral les chansons de Wave, intercalant quelques anciennes pièces un peu partout, gardant ses plus connues pour la fin et pour le rappel, lequel s’est révélé un peu plus long que prévu.

C’est d’ailleurs à ce moment que l’on a pu goûter à toute la proximité de l’artiste, qui s’est permis de déroger au programme établi, si l’on se fie aux clins d’œil adressés à l’équipe technique, s’offrant quelques expérimentations en solo pour cette tournée qui s’amorce.

Le public a allègrement embarqué dans ces petites improvisations qui finiront peut-être par se fixer dans la prestation.

Quant à la mise en scène (notamment les éclairages, qui ont toujours joué un rôle important dans ses spectacles), Watson a mis le paquet, notamment des lumières installées dans des prismes triangulaires pivotants sur trépied, rappelant des gyrophares, ainsi qu’une installation similaire en fond de scène, mais cette fois suspendue et beaucoup plus grande, avec un immense visage transparent rappelant la tête humaine sur la couverture de Wave.

MAGIE FEUTRÉE

Soulignons la très belle présence féminine, dans le respect des harmonies du disque, soit les choristes Ariel Engle et Erika Angell, et, surprise!, Karine Pion de Galaxie et Belle et bum, qui, en plus de contribuer aux voix, s’est occupée des percussions et de gratter un peu la guitare. Les moments plus feutrés, par exemple dans Melody noir, alors que l’amplification faisait une pause et que le chanteur se retrouvait seul avec Ariel et son guitariste autour du micro, étaient tout simplement magiques.

Il y a même eu du cor dans le foisonnement d’arrangements imaginés par l’hôte de la soirée, avec une belle place aux sons de claviers des années 1980.

Alors que les artistes ont tendance à laisser reposer les chansons de leur opus d’avant, Watson a tout de même gardé une place pour trois chansons de Love Songs for Robots, soit Grace, Hearts et Places You Will Go, même s’il déclarait récemment que cet album avait été moins bien compris par le public. Désir de leur donner une nouvelle chance. En tout cas, elles s’intégraient parfaitement à l’univers de fortissimos et de pianissimos qui a été livré mercredi soir.

La cerise sur le gâteau, c’est ce français bellement cassé d’anglais, ces traductions loufoques et ce rire de savant légèrement fou qui font de Patrick Watson un être trop attachant.