Une scène du plus récent film de Robert Morin (en mortaise), Le problème d'infiltration, avec Christian Bégin dans le rôle principal. Le long métrage arrive sur les écrans le 25 août.

La tragédie humaine selon Robert Morin

Depuis une trentaine d'années, autant dans ses productions vidéos que dans ses longs métrages destinés au grand écran, Robert Morin n'a eu de cesse de gratter les bobos existentiels de ses contemporains. Requiem pour un beau sans-coeur, Le nèg', Petit Pow! Pow! Noël, Journal d'un coopérant et, aujourd'hui, Le problème d'infiltration sont autant de titres illustrant une volonté d'entraîner le spectateur dans des zones inconfortables, quitte à le bousculer.
Robert Morin
Sandra Dumaresq
« Le simple drame humain ne m'intéresse pas, indique le cinéaste. La tragédie humaine, si, peut-être, parce qu'elle me ressemble davantage. Pour ce nouveau film, j'ai essayé d'imaginer comment les maîtres de l'expressionnisme allemand comme F.W. Murnau et Fritz Lang approcheraient le cinéma aujourd'hui. Ils feraient probablement tout pour enlever l'air de la salle. C'est ce que j'ai essayé de faire. Je dirais que Le problème d'infiltration est un thriller psychologique dénué d'oxygène. C'est tellement pas un feel good movie! »
Dans cette histoire, inspirée en partie par l'affaire Guy Turcotte, un chirurgien voit sa vie et sa santé mentale se fissurer, alors que ses vies amoureuse, sociale, professionnelle et parentale encaissent plusieurs chocs successifs d'apparence banale dans la même journée.
Disposant d'une vingtaine de jours de tournage et d'un budget de 2 millions de dollars, Robert Morin a pu gosser son film à son goût. Entendez par là que le cinéaste a pu travailler la forme en utilisant des techniques qui, il n'y a pas si longtemps, étaient inaccessibles.
« J'ai toujours aimé travailler la forme, mais les outils dont on peut se servir maintenant sont vraiment extraordinaires, dit-il. On serait bien fous de s'en passer. À mon sens, le cinéma est avant tout un jeu formel. C'est là qu'est le fun, mais je tiens évidemment à ce que tout ça soit mis au service d'un propos. J'ai beaucoup de plaisir à regarder The Avengers à cause des effets spéciaux, mais il ne se passe rien dans l'histoire. Si on peut lier les deux, c'est beaucoup mieux. »
Bouleversement « génial »
Aux yeux de ce cinéaste habitué à travailler de façon indépendante, l'arrivée de nouvelles plateformes à la Netflix n'est pas une menace.
« Mes films ne sont pas tellement vus, donc ça ne change pas grand-chose! répond-il en riant. D'une certaine façon, ce qui se passe présentement est génial. Ça redistribue les cartes et ça force les créateurs à penser différemment. Quand je tourne, je songe surtout à m'amuser, en fonction d'un écran, peu importe la dimension. En fait, je crois que ce bouleversement affecte davantage la business de la distribution. »
Très prolifique sur le plan de l'écriture, Robert Morin a par ailleurs dans ses tiroirs des scénarios de séries destinées à la télévision.
« Mais elles exigent de grands moyens, explique-t-il. Je ne crois pas qu'il soit possible de les produire au Québec. Je me demande si je ne devrais pas les faire traduire et les soumettre à des réseaux américains. »
Toute première fois
À l'instar de son partenaire de jeu Christian Bégin, Sandra Dumaresq compte plusieurs années de métier, mais sa carrière s'est essentiellement déroulée à la télévision et sur les planches. Son rôle de femme décontenancée par l'attitude de plus en plus inquiétante de son mari est le tout premier qu'elle incarne au grand écran.
« Robert Morin m'a dit qu'il avait besoin d'une actrice de qui émanait beaucoup de vulnérabilité, explique-t-elle. Comme ce film a été tourné en plans-séquences, nous avons eu l'occasion de jouer les scènes du début à la fin, sans interruption. Cela nous permettait d'entrer dans le jeu rapidement. J'ai vraiment aimé travailler de cette façon-là. Évidemment, maintenant, j'aimerais tourner d'autres films! »
Sa partition n'ayant nécessité que quelques jours de tournage, Sandra Dumaresq a pu saisir toute la portée du long métrage quand elle a été invitée à un premier visionnement d'équipe.
« J'ai été impressionnée par la conception sonore, les jeux d'ombres et de lumière, la musique. J'ai aussi été très prise par le caractère oppressant du film. J'ai pu constater en tant que spectatrice à quel point le malaise était présent. C'est signe que ça fonctionne! »
À lire demain
Une entrevue avec Christian Bégin