Le 10 avril, le duo Lily K.O. a lancé son troisième album, Maelström. Dernier opus d’une trilogie, ce disque a été entièrement imaginé à distance, alors que des kilomètres séparent Raf Rioux et Sélène Bérubé, le premier vivant à Sherbrooke et la seconde, à Québec.  — photo fournie
Le 10 avril, le duo Lily K.O. a lancé son troisième album, Maelström. Dernier opus d’une trilogie, ce disque a été entièrement imaginé à distance, alors que des kilomètres séparent Raf Rioux et Sélène Bérubé, le premier vivant à Sherbrooke et la seconde, à Québec.  — photo fournie

La «télécréation» comme signature

Étrange comme les réalités s’entrecroisent, parfois. Si Lily K.O. avait dû réaliser son dernier album Maelström en temps de confinement, le duo formé de Raf Rioux et de Sélène Bérubé n’y aurait vu aucune barrière. Déjà séparés par des kilomètres de distance, tous deux ont toujours fait de la « télécréation », laquelle est devenue l’approche signature de leur duo de chanson électro à saveur jazz, folk et urbaine.

Le tandem est ainsi arrivé à point avec un troisième opus empreint de sensibilité, qui promet d’apporter sa dose de légèreté dans les foyers. 

« Au départ, ce sont juste des petits bouts de plein de choses qu’on s’envoie. On fonctionne vraiment par collage, et à un moment donné, ça se passe : on a une chanson », explique le multi-instrumentiste, auteur et compositeur sherbrookois Raf Rioux. Sélène Bérubé, douce voix de Lily K.O. qui participe aussi aux arrangements vocaux et aux textes, demeure pour sa part à Québec.   

Ainsi, aucune des chansons de Lily K.O. n’est jouée avant d’être enregistrée. Toutes sont imaginées par bribes, partagées, remaniées et repensées à distance au fil des horaires et des inspirations des deux artistes, qui trouvent du même coup une meilleure conciliation travail-famille. 

« C’était un peu difficile au début. On avait un peu l’impression de faire des covers. De faire des chansons qui n’étaient pas les nôtres parce qu’on ne les avait jamais jouées. C’est une démarche un peu à part, mais pour nous, ça fonctionne pour l’instant. » 

Pour arriver au terme de ce que Raf voit comme une véritable trilogie musicale, la compatibilité des deux esprits a évidemment occupé un rôle central. 

« On s’est rencontrés alors que je commençais à travailler à Montréal avec Ludo Pin. Musicalement, j’avais envie de sortir de ma zone de confort et d’aller un peu plus vers une musique que j’écoute dans ma voiture », explique celui que l’on a également entendu au sein de la formation musicale sherbrookoise Jaune. « On cherchait une voix féminine et le nom de Sélène est sorti du bouche-à-oreille. Je lui ai simplement demandé de venir collaborer avec moi pour une chanson, sans lui dire que c’était une audition. Elle a chanté Je sais pas, notre premier simple de tout, et après ça, c’était impossible pour nous de passer quelqu’un d’autre en audition. Ça a été un véritable coup de cœur artistique. » 

Lieu commun

Même s’ils se rejoignent rarement en personne, c’est tout l’inverse pour le lieu de création commun que Raf et Sélène ont dessiné au fil des années. 

« Ça a été un long processus. Quand le mariage est bon et qu’on trouve réellement l’équilibre entre nos deux univers, on sait qu’on fait du Lily K.O. J’amène des influences un peu plus folk, parce que je viens de ce milieu et de la musique hip-hop, et Sélène, elle, vient du jazz. C’est drôle, c’est vraiment dans l’électro qu’on s’est retrouvés. Je vois vraiment la création à plusieurs têtes comme une sorte de lieu où on se retrouve en harmonie. » 

Si l’on pouvait visiter ce fameux lieu, il serait probablement tapissé de grands espaces, de nature sauvage et de cœurs brisés et réparés. S’il s’est toujours laissé porté par ces sources d’inspiration, le duo demeure fidèle à lui-même dans Maelström, mais avec un intérêt particulier pour la « mécanique du cœur ». 

« J’aime voir le cœur comme une petite machine fragile », note Raf. 

Dans Le nid, Sélène compare aussi son cœur à un nid d’oiseau renfermant des projets qui sont prêts à éclore et à s’envoler. 

« Pour moi, cette chanson-là est assez centrale dans l’album, explique Raf. J’avais envoyé la musique et les paroles à Sélène, et environ une heure plus tard, elle me l’a renvoyée complètement changée. Elle avait mis le texte et la mélodie de côté, pour ne garder que la musique et en écrire de nouveaux. Ce qui est beau, c’est que finalement, le texte que j’avais écrit à la base pour Le nid est devenu celui d’Une bouteille à la mer, une autre chanson assez importante pour moi sur ce disque. »

Dans ce plus introspectif des trois albums, on se laissera aussi surprendre par Latitude, longitude I et II, de petites œuvres a capella qui viennent à la fois aérer le disque tout en suggérant le son de cette fameuse machine qu’est le cœur.

« C’est une création de Sélène à 100 pour cent. Je la challenge à chaque album pour qu’elle fasse des passages a capella. Ce sont des moments pour reprendre notre souffle. Pour moi, c’est un tableau, un moment où on prend du recul. On ne s’adresse pas à l’auditeur avec des mots, mais avec des sons. »  

Lancer malgré tout

Après une pause de spectacles en 2019 et la concrétisation d’un troisième opus, la déception a été grande pour Lily K.O. devant l’annulation de tous ses spectacles de 2020. 

« Ça a été difficile, parce que, pour une fois, on avait l’impression qu’on était vraiment prêts », explique Raf, qui se préparait notamment à monter sur l’une des scènes de la Fête du lac des nations en juillet.

Mais le duo a insisté pour lancer comme prévu Maelström, un opus réalisé en collaboration avec Loïc Thériault (Valaire, La Patère Rose), qui pourrait bien être leur dernier.  

« Le concept d’album tend à disparaître tranquillement. On n’a pas l’impression qu’on va refaire un album complet pour l’instant. On est vraiment contents, ça faisait longtemps qu’on voulait mener ce troisième album-là à terme comme un tout, comme la fin d’un cycle. »

Discographie

2015  Le chaos et le temps

2017  Alaska

2020  Maelström 

LILY K.O.

MAELSTRÖM

POP ÉLECTRO FRANCO

Disques Passeport