La Sherbrookoise Véronique Drouin a remporté hier le Prix littéraire du gouverneur général dans la catégorie « Littérature jeunesse, texte». Cette récompense est accompagnée d’une bourse de 25 000 $. Son roman L’importance de Mathilde Poisson avait été refusé par de nombreuses maisons d’édition avant d’être retenu par Bayard Canada. L’écrivaine lancera son seizième livre (Cassandra Mittens et la touche divine) la semaine prochaine.

La Sherbrookoise Véronique Drouin s’illustre

Novembre commence en lion pour Véronique Drouin. À une semaine de lancer son 16e livre (Cassandra Mittens et la touche divine), l’auteure sherbrookoise remporte un prestigieux prix littéraire du gouverneur général, assorti d’une bourse de 25 000 $, pour son roman jeunesse L’importance de Mathilde Poisson, publié au printemps dernier chez Bayard.

« Je suis renversée, un peu comme si j’étais dans des montagnes russes. Je pense que c’est la première fois de ma vie que je gagne quelque chose. Lorsque j’ai appris la nouvelle, j’étais évidemment très heureuse, mais aussi un peu surprise parce que je fais de la littérature de genre, de la ‘‘paralittérature’’. Et ce créneau est malheureusement souvent boudé par le monde littéraire. »

L’écrivaine était d’autant plus étonnée qu’elle a eu du mal à faire publier le roman récompensé.

« J’avais écrit une première version en 2008, que j’avais envoyée à différentes maisons d’édition. Toutes l’ont refusée. »

La romancière, à qui on doit aussi la série de science-fiction Amblystome, a laissé dormir le manuscrit dans un tiroir avant de le ressortir, quelques années plus tard.

« J’avais envie d’y revenir, de le retravailler un peu. C’est un livre sur le deuil, la mort, le suicide, des thèmes lourds, oui, mais que j’aborde avec surréalisme et beaucoup d’humour noir. Ça donne un feel-good book. Le jury des Prix du gouverneur général a vraiment compris où j’allais. »

Mais pas tous les éditeurs auxquels elle a soumis son texte remanié, dans une deuxième ronde d’envois.

« À ce moment-là, j’ai eu des retours assez cinglants. On m’a même dit que le suicide, ce n’était plus un sujet à la mode. Moi, j’étais convaincue qu’il restait pertinent et qu’il fallait continuer d’en parler. »

Les thèmes lourds sur le tapis

Les éditions Bayard aussi. C’est la seule maison d’édition qui a levé la main pour publier L’importance de Mathilde Poisson, roman pour ados dans lequel la jeune Mathilde trouve son quotidien tellement pesant qu’elle songe à en finir. L’intervention de Mot, un intrigant jeune homme en blanc, l’empêche d’aller plus avant.

« Chez Bayard Canada, ils y ont cru tout de suite. Curieusement, le livre est sorti en même temps que 13 Reasons Why, la série de Netflix sur le suicide qui a créé la polémique, il y a quelques mois. Ça montre que le sujet a son importance. Les thèmes lourds, on ne peut pas les balayer sous le tapis en pensant qu’ils vont disparaître si on n’en parle pas », dit celle qui a jusqu’ici eu peu d’écho des jeunes lecteurs.

« Parce que je ne suis allée dans aucun salon du livre depuis sa publication. Mais je serai à celui de Montréal, dans deux semaines, pour la sortie de Cassandra Mittens et la touche divine, dont l’action se déroule dans le Montréal victorien des années 1890 », précise celle qui a étudié en design industriel avant de prendre la plume.

« En design, je trouvais que ma créativité manquait de terrain de jeu pour s’exprimer. J’ai décidé de faire le plongeon en illustration et en écriture en 2001. C’est un métier pavé de doutes, je dirais, mais ce prix-là vient légitimer ce que je fais. Je sens que je ne crée pas pour rien. Ma démarche est assez simple : j’écris pour le plaisir, j’écris les histoires que j’aurais envie de lire, mais jamais pour épater la galerie. »

La lauréate participera à différents événements à Ottawa à la fin du mois, qui prendront fin avec une cérémonie officielle à Rideau Hall, en présence de la gouverneure générale, Julie Payette, et des autres gagnants, dont Louise Dupré. Native de Sherbrooke, celle-ci s’est illustrée dans la catégorie poésie grâce à La main hantée (Noroît). Elle a par ailleurs déjà remporté un prix du gouverneur général en 2011.

D'autres gagnants

Hormis Véronique Drouin et Louise Dupré, cinq autres lauréats ont été récompensés chez les auteurs francophones lors du dévoilement des 81es Prix littéraires du gouverneur général. 

Dans la catégorie Roman et nouvelles, le prix est allé au Poids de la neige, de Christian Guay-Poliquin (La Peuplade), alors que le sociologue Serge Bouchard est l’heureux sélectionné pour le meilleur essai, grâce aux Yeux tristes de mon camion (Boréal). 

En théâtre, c’est Sébastien David qui a remporté les honneurs grâce à Dimanche napalm (Leméac), alors qu’en littérature jeunesse, livres illustrés, Azadah (La Pastèque) de Jacques Goldstyn a été retenu. 

Enfin, Un barbare en Chine nouvelle (Boréal), de Daniel Poliquin, se démarque pour la traduction de l’anglais au français de Barbarian Lost : Travels in the New China, écrit par Alexandre Trudeau, le frère du premier ministre du Canada.

Dans les œuvres de langue anglaise figure Readopolis, d’Oana Avasilichioaei, pour la traduction du français à l’anglais de Lectodôme, écrit par Bertrand Laverdure.

Les gagnants ont été choisis parmi 70 finalistes et la valeur totale des bourses s’élève cette année à 450 000 $. L’éditeur de chaque ouvrage gagnant reçoit 3000 $ pour ses activités de promotion. Enfin, la somme de 1000 $ est remise aux finalistes non gagnants. (La Presse canadienne et La Tribune)