Le Sherblues permet d’attirer environ 45 000 visiteurs au centre-ville. Une étude de provenance a permis de démontrer que 24 pour cent de la clientèle vient de l’extérieur.
Le Sherblues permet d’attirer environ 45 000 visiteurs au centre-ville. Une étude de provenance a permis de démontrer que 24 pour cent de la clientèle vient de l’extérieur.

La scène culturelle dans l’incertitude

Les temps sont durs pour les salles de spectacles qui, du jour au lendemain, ont vu disparaître tous leurs spectateurs... et leur programmation du même coup. L’heure est à l’incertitude pour les diffuseurs.

Du côté du Théâtre Granada et du Sherblues, on regarde toutes les options financières sur la table. « On est beaucoup là-dedans. On sait que Tourisme Québec va nous aider en partie pour rembourser une partie de la subvention, si ce n’est pas la totalité, parce qu’on a une subvention du ministère du Tourisme. Par contre, on ne sait pas encore ce que ça va être. La deuxième étape, ce sera de regarder les subventions salariales, pour pouvoir graduellement réembaucher tout le monde, parce que tout le monde a été temporairement mis à pied », commente Suzanne-Marie Landry, directrice générale d’Animation centre-ville.

Animation Centre-Ville Sherbrooke gère notamment les productions du Théâtre Granada, les Concerts de la Cité, le Festival Sherblues et Folk. Ces événements estivaux, en plus de la Fête nationale régionale, ont tous été annulés. Rappelons que Québec a demandé vendredi dernier l’annulation des festivals et événements publics estivaux de la scène culturelle.

Le Sherblues permet d’attirer environ 45 000 visiteurs au centre-ville. Une étude de provenance a permis de démontrer que 24 pour cent de la clientèle vient de l’extérieur. En plus des employés touchés par toutes les annulations, l’absence des événements se fera grandement sentir au centre-ville, où le Sherblues (prévu en juillet) et les Concerts de la cité contribuaient à remplir les bars et les restaurants du centre-ville. 

Mme Landry dit examiner toutes les compensations et les sources de financement disponibles.

« Le problème, c’est qu’on ne sait pas quand ça va reprendre. Pour le Granada, c’est vraiment l’inconnu. On a été les premiers affectés et je pense qu’on sera les derniers à revenir... » 

Déjà, dit-elle, on regarde toutes les avenues en prévision de l’automne, notamment celles de voir comment on pourrait réaménager le Granada afin de respecter les paramètres imposés par la distanciation. Le Granada emploie entre 60 et 90 employés selon la saison.

La crise survient alors que des travaux sont prévus au centre-ville au cours des prochaines années.

« Il va falloir passer à travers ça en plus. C’est important qu’on anime le centre-ville. La fierté que j’ai, quand le théâtre se remplit, c’est de dire que les gens vont manger au centre-ville, qu’ils viennent prendre un verre. Le théâtre est un moteur (économique), avec la Maison du cinéma. » 

Une clientèle touristique

Le directeur général et artistique du Vieux Clocher de Magog, Bernard Caza, note que les organisations comme la sienne n’ont aucune information sur l’aide qu’elles pourraient avoir. Comme d’autres organisations ailleurs au Québec, il entend regarder les possibilités avec la Ville de Magog.

« C’est vraiment très difficile. C’est difficile pour les artistes, mais il ne faut pas oublier les salles non plus. Les artistes sans salles, ils ne peuvent pas gagner leur vie. »

En ce moment, le Vieux Clocher planche sur les nombreux remboursements. Comme plusieurs autres, M. Caza note le poids de l’incertitude dans la gestion des affaires. « On ne sait pas si on aura de l’aide ou non et on n’a aucune idée du temps que ça va durer. »

Une partie de la clientèle du Vieux Clocher est constituée de gens qui viennent séjourner dans la région de Memphrémagog. La période entre le 24 juin et la fête du Travail représente environ 40 pour cent du chiffre d’affaires. Cette caractéristique de la clientèle rend plus difficiles les reports de spectacle.

« On a une clientèle touristique qui vient parce qu’il y a des activités à faire : un centre-ville attrayant, le lac, la montagne... Si on reporte un spectacle prévu le 15 mai, où seront les spectateurs le 15 novembre? » illustre-t-il.

Craint-il pour la survie de cette institution? « Je vous dirais que je vais tenter de faire le maximum. J’ai dit que je voulais être là pour le 50e. Pour l’instant, la question n’est pas de mourir, c’est de travailler à se réinventer », lance celui qui en est à sa 46e année au Vieux Clocher et qui entend mettre toute son expertise à profit.

M. Caza tente aussi de voir le positif qui émanera de cette crise, dont l’envie de voir notre province plutôt que de partir à l’étranger. « Oui, il va y avoir des gens qui vont être nerveux, mais comme un après-guerre, les gens vont peut-être avoir envie de se sauter dans les bras, de danser, de se retrouver. Un endroit comme le Vieux Clocher, c’est un lieu de vie. » 

Directeur de la Petite Boîte noire (PBN) de Sherbrooke, Philibert Bélanger note que l’organisation avait une bonne santé financière avant la crise. Si cela aide en ce moment et qu’il n’est pas question de fermeture, il n’en demeure pas moins que les temps sont difficiles pour la PBN comme pour les autres salles. Comme la PBN travaille principalement avec des bénévoles, elle n’a pas eu à faire de mises à pied temporaires massives. Des arrangements ont cependant été pris pour le loyer avec le propriétaire de l’édifice le temps de la crise. Des formes d’aide sont examinées. La salle d’une capacité de 170 places fonctionne sans aucune subvention ni aide gouvernementale. La crise soulève plusieurs points d’interrogation, dont la possibilité de rentabiliser des salles en fonction des paramètres de distanciation.