Même s’il ne jure que par la scène, au point de refuser des offres à la télé et à la radio, Simon Gouache remporte un succès grandissant, provenant à la fois de son entêtement, de son assiduité, du bouche-à-oreille et... des réseaux sociaux.

La scène avant tout pour Simon Gouache

Le moins qu'on puisse dire, c'est que Simon Gouache fait les choses à sa manière. Alors que les autres humoristes ont l'habitude de multiplier les emplois, lui se limite presque exclusivement à la scène. Pas de rôle à la télé, pas d'animation à la radio, pas d'apparition dans une publicité en dépit des offres. Mais si l'on se fie aux salles que l'humoriste de 32 ans remplit en ce moment, cette approche lui réussit plutôt bien.

Autre particularité : le premier effort solo de Simon Gouache n’a jamais eu de première officielle. Le tour de scène est fixe depuis environ un an, mais aucun battage publicitaire ne l’a claironné, pas même dans la métropole.

« Il n’y a pas eu et il n’y aura pas de première, répète-t-il avec conviction. On ne peut donc pas dire qu’il y a eu un rodage, puisque, techniquement, un rodage, c’est avant la première. En fait, je promène ce spectacle depuis plusieurs années. Je suis même déjà prêt pour un autre défi. Mon deuxième devrait être lancé dès l’an prochain, parce que je ne veux pas que le public qui me suit depuis le début attende encore quatre ans. Je préfère donner le plus de stock possible aux gens qui m’ont permis de me rendre où je suis. Mon but, c’est de toujours être en train de préparer le spectacle d’après. Et comme le premier fonctionne bien, ça m’offre le luxe de sortir le deuxième quand il sera prêt. »

Bref, on est très près d’une philosophie à la Simon Leblanc, qui, lui aussi, brise les codes habituels. Dès 2017, Leblanc présentait son deuxième spectacle solo alors que la tournée du premier n’était pas terminée. Mais derrière cette approche se cache une idée simple : créer en permanence, par envie de créer, et non parce qu’on est attendu, qu’un cycle se termine ou que le compte de banque le réclame.

« Depuis le début, je souhaite me faire connaître d’abord par le spectacle. D’autres passent par d’autres médias pour mousser leur popularité, et je n’ai rien contre ça, mais moi, je voulais m’établir comme humoriste de scène et me faire connaître par le bouche-à-oreille. Je trouve ça encore plus puissant que les réseaux sociaux. J’étais donc prêt à ce que ça prenne du temps. J’ai travaillé sur mon spectacle comme un défoncé, avec l’idée que ça finirait par payer. Chez les jeunes humoristes qui ont un succès très rapide (ça ne veut pas dire qu’ils ne le méritent pas), on sent parfois qu’ils sont pris de court, qu’ils n’ont pas eu le temps de se développer complètement. »

Ne plus attendre

Simon Gouache semble aujourd’hui récolter les fruits de cette persévérance... avec un peu d’aide des réseaux sociaux, qui ont notamment rendu viral son sketch sur le CrossFit présenté à Juste pour rire et vu plus d’un million de fois depuis un an. La suite est donc un peu hors de sa volonté.

« Surtout que je ne suis pas très actif sur Facebook et compagnie. Ce n’est pas dans ma nature. Mais quand c’est arrivé, j’étais prêt, ça ne m’a donné aucun stress. Oui, j’étais en partie surpris, mais depuis onze ans [il est sorti de l’École nationale de l’humour en 2007], j’avais appris à ne plus attendre après ça et à faire ce que j’aimais. »

Simon Gouache lors du ZooFest en 2013.

Parce que ses apparitions dans les médias de masse sont limitées, Simon Gouache peut donner l’impression d’être né de la dernière pluie. Mais le Montréalais a déjà sept Festivals Juste pour rire derrière la cravate. Il s’est aussi chargé de la première partie du précédent spectacle de Louis-José Houde, Les heures verticales... et fait actuellement celle de Louis-José préfère novembre, pour encore quelques représentations.

Il faut dire que l’humoriste a travaillé deux ans en conception publicitaire avant de se lancer véritablement. « L’humour n’était pas un rêve de jeunesse. Je viens d’une famille de médecins et quand j’ai découvert que ce n’était pas pour moi, je me suis cherché longtemps. Je me suis inscrit à l’École juste parce qu’il fallait que je fasse quelque chose, après deux années de désœuvrement. »

« À l’École, je me débrouillais, et je me démarquais même pour un débutant. J’ai adoré travailler en pub ensuite, j’y ai beaucoup développé ma créativité. Je n’ai pas arrêté parce que je n’aimais plus ça : j’aurais même pu en faire ma vie. Mais je voyais mes amis sortis de l’École en même temps que moi, et je les trouvais tellement meilleurs! Ç’a piqué mon orgueil. Je me suis dit que je passais peut-être à côté de quelque chose. La pub est donc devenue mon plan B. »

Vaincre l’anxiété

Simon Gouache devait aussi composer avec des problèmes d’anxiété, aujourd’hui bien contrôlés grâce à la médication. « Le jour où j’ai senti que l’humour m’aidait dans cet aspect de ma vie, là, je me suis dit que c’était ce que je voulais faire. Par contre, je restais incapable d’être heureux. J’avais comme un vide à l’intérieur de moi. J’étais neutre ou un peu perdu. J’ai compris que je devais aussi faire attention à moi dans tout ça. Le processus de guérison de l’anxiété a commencé à ce moment-là. Mais si j’arrête de prendre mes médicaments pendant une semaine, je retombe. »

Simon Gouache mentirait s’il disait qu’il ne s’est pas inspiré de cette facette de sa vie pour son spectacle. Son personnage de scène semble toujours en train de se comparer à plus grand, plus fort, plus intelligent que lui. Bref, tout pour bien nourrir une belle grosse angoisse existentielle. Par contre, il le fait avec un sens de la dérision qui permet de dédramatiser.

« Quand on se compare, on se console, mais j’ai coutume de dire que, quand on se reconnaît, on se console aussi. Aujourd’hui, je suis capable de reconnaître qu’un gars qui s’entraîne beaucoup est dévoué et que, moi, je le suis dans autre chose. On passe de c’est quoi son problème? à il est cool. Je peux quand même rire de ses shorts trop serrés, mais je ne ris pas de lui. Mon humour se base d’abord sur une forme d’admiration. Je me moque autant de moi dans tout ça. »

Vous avez dit Gouache?

Non, Gouache n’est pas un nom de scène ni une blague pour faire rire des amis. Simon Gouache est de la troisième génération d’immigrants parisiens. Il a d’ailleurs encore de la parenté là-bas.

« J’ai vécu toute ma vie avec ce nom qui a toujours fait sourire un peu. La première fois que je suis allé en France pour rencontrer la famille de mon père, j’étais persuadé que Gouache, c’était l’équivalent de Tremblay là-bas. Mais, non, il n’y en a pas beaucoup là-bas non plus... et ils font rire d’eux aussi. »

Vous voulez y aller?

GOUACHE par Simon Gouache
Vendredi 15 juin, 20 h 30
Du 3 au 7 juillet, 20 h 30
Vieux Clocher de Magog
Entrée : 34,50 $

Mardi 30 octobre, 20 h
Salle Maurice-O’Bready
Entrée : 36 $ (étudiants : 26 $)