Robert Maltais

La sainteté sans Dieu

La quête spirituelle fait partie de la vie de Robert Maltais depuis sa tendre enfance. Depuis ce jour de ses 7 ans où il a véritablement pris conscience de la finitude de l’existence. Aussi depuis cette fois où, après avoir communié, il a simplement fait ce qu’on lui avait dit de faire au moment de retourner à son banc et de s’agenouiller : son action de grâce.

« Et un jour, j’ai ressenti quelque chose dans ma chair, émotivement. Et ça, ça marque pour toujours », raconte celui que les gens ont d’abord connu comme acteur, chanteur, et maintenant (depuis bientôt 20 ans en fait) comme auteur.

Il ne faut donc pas s’étonner si Joseph Bouchard, le personnage principal de son huitième livre L’air du lac, soit lui aussi en quête spirituelle. Dès les premières pages, alors qu’il est étudiant dans un séminaire, le jeune homme perd la foi.

« Nous sommes en 1965. Le Québec s’apprête à jeter sa soutane. Et voilà ce que ce garçon qui a eu une enfance trempée dans l’eau bénite s’aperçoit qu’il ne croit plus. Il se retrouve complètement désorienté. Mais je ne souhaitais pas qu’il amorce une descente dans le party comme plusieurs gens de ma génération ont fait, ce qui a mené à beaucoup d’échecs. Je considère d’ailleurs que plusieurs de nos concitoyens sont perdus aujourd’hui », émet celui qui trouve dommage que ce qu’il y avait de bon dans le christianisme ait aussi été rejeté lors de la Révolution tranquille.

« En fait, poursuit-il, j’ai eu envie d’explorer la notion de sainteté à notre époque, de trouver une nouvelle façon de l’incarner. Le premier titre auquel j’avais pensé pour mon roman, c’était Un saint athée. Lorsque j’étais jeune, on nous disait que la sainteté, c’était écouter la voix de Dieu, ce qui ne veut plus rien dire pour la plupart du monde aujourd’hui. »

Mais Joseph Bouchard n’abandonnera pas sa quête spirituelle même si sa foi l’a quitté. « Comme un auteur vit au moins deux ans avec ses personnages en lui, j’avais le goût de passer du temps avec un être bon, explique Robert Maltais en riant. Joseph cherche donc un autre repère, en dépit des circonstances extérieures, car c’est quelqu’un qui a de la chance. Mais il fait quelque chose avec cette chance-là. Il lui faudra des années, mais c’est en lui qu’il trouvera sa réponse. »

La puissance d’un instant

On n’aurait pas tort de penser que Joseph Bouchard est, en bonne partie, l’alter ego de Robert Maltais. Un des événements vécus par le personnage s’est produit presque littéralement dans la vie de l’écrivain. Celui qui a aussi fondé le concours musical Ma première Place des Arts revenait alors d’un séjour de deux ans et demi en France, après avoir frôlé l’épuisement professionnel.

ROBERT MALTAIS 
 L’air du lac
 ROMAN 
 Druide 
 224 pages

« À mon retour ici à Montréal, on me demande de reprendre mon poste pour trois mois, car rien ne va plus et le concours risque de disparaître. C’est pendant cette période qu’un jour, un jeune homme m’aborde dans le métro. C’était un ancien participant. J’avoue que je me souvenais davantage de sa chanson que de lui. Il m’annonce qu’il vient de perdre sa blonde du cancer, qu’il se retrouve seul avec leurs deux enfants et qu’il se cherche un travail de 9 à 5. »

Hyper-touché, Robert Maltais prend les coordonnées du jeune homme et appelle une amie œuvrant à la SOCAN. Celle-ci éclate de rire : « J’ai justement besoin de quelqu’un. »

« Lorsque je suis sorti de mon bureau et que ma fille Garance m’a vu, elle m’a demandé pourquoi j’avais ce drôle d’air. Je suis parti à pleurer : j’étais tellement heureux. La puissance de cet instant ne m’a jamais quitté ensuite. »

L'altruisme selon Ignace

Cet épisode rejoignait les enseignements de saint Ignace de Loyola, dont Robert Maltais connaissait la philosophie. « Ignace était un militaire qui a eu la jambe fracassée par un boulet de canon. Il s’est alors retrouvé immobilisé et s’est réfugié dans la lecture. C’est en constatant que certains textes le désolaient et que d’autres le consolaient qu’il a développé son concept du discernement, qui est très simple : si quelque chose te fait du bien et te console, c’est pour toi. »

Le romancier précise toutefois que Joseph Bouchard ne représente qu’une partie de sa vision, l’autre se trouvant dans le personnage de l’oncle, Aubert Anctil, un homme qui, lui, a toujours la foi.

« Il représente une autre option : au lieu de jeter toutes ses croyances devant les insupportables bêtises de l’Église, il décide d’aller plus loin et il en arrive à quelque chose de très personnel. »

L’essentiel de l’action se déroule au Saguenay — Lac-Saint-Jean, la région d’origine de Robert Maltais. L’air du lac, c’est donc celui du Piékouagami (nom innu du lac Saint-Jean), plus précisément celui que Joseph Bouchard hume par la fenêtre de sa voiture à Saint-Cœur-de-Marie, village d’origine du père de Robert Maltais (lui est né à Chicoutimi).

« C’est à ce moment que Joseph s’aperçoit qu’il a levé le pied, qu’il roule moins vite et qu’il a trouvé ce qui le rend heureux. »

Inoubliable Perlin

Voix de Perlin (le père de Cannelle et Pruneau) pour plusieurs générations de poussinots et poussinettes, Robert Maltais, qui a aujourd’hui 72 ans, n’a évidemment pu faire autrement que de jeter un coup d’œil à la nouvelle version de Passe-Partout qui a débuté en février.

« En fait, j’ai enregistré le premier épisode, car j’étais trop nerveux. Mais je crois qu’ils ont réussi leur coup, et ça me fait très plaisir, parce que c’était une sacrée bonne émission et une méchante gageüre de la reprendre. »

Quant aux nouvelles marionnettes, impossible pour lui d’oublier celle à qui il a prêté sa voix pendant des années. « Je ne peux pas développer de lien émotionnel, celle d’aujourd’hui est trop loin de ce que j’ai vécu. Je trouve toutefois que la comédienne qui joue Passe-Partout [Élodie Grenier] est exceptionnellement belle. Cette enfant-là a des yeux magnifiques! » ajoute-t-il.