Mylène Gilbert-Dumas

La route des grands dérangements

Dans son Cycle de la lenteur, Mylène Gilbert-Dumas a jusqu'à maintenant fait vivre les plus beaux dérangements de vie à ses héroïnes. Avec Détours sur la route de Compostelle, l'écrivaine sherbrookoise semble s'être encore plu à bouleverser l'existence de son personnage principal, comme elle l'a fait précédemment avec Sophie, Isabelle et Adélaïde.
« Sauf que ce n'est pas sa vie que je change, mais sa vision de la vie. Sur elle-même, sur les autres, sur le monde en général. Mireille reste une femme d'affaires et une mère de famille, mais c'est une control freak et je l'oblige à lâcher prise. J'ai même éprouvé un malin plaisir à briser ses certitudes. »
On pourrait d'ailleurs dire de ce livre qu'il est l'histoire d'une prise de conscience : celle de l'infime contrôle de chacun sur sa propre vie. « On en a très peu, même si ça ne paraît pas dans le quotidien », dit Mylène Gilbert-Dumas. « Mireille commence à s'en apercevoir lorsque son fils de 17 ans lui annonce qu'il quitte les études et part en appartement avec sa blonde... qui est enceinte. Je saupoudre ainsi quelques événements pour qu'elle perde le contrôle. Le chemin de Compostelle lui sera aussi très utile pour ça. »
Souvenirs de punaises
À peine Mireille encaisse-t-elle cette série de remises en question que sa soeur Louise lui demande de l'accompagner sur la route de Compostelle. Après une longue résistance, l'épicière finira par céder et à laisser l'entreprise familiale entre les mains de son mari et de ses fils. Mais le voyage ne se déroulera pas du tout comme elle l'avait prévu. Notamment la rencontre avec Christian, un bel Acadien.
« On n'a pas le choix de lâcher prise sur le chemin de Compostelle », insiste l'écrivaine, qui a fait le périple deux fois, en 2007 et en 2010.
« Je voulais savoir ce que c'était d'avoir un poids sur le dos pendant des kilomètres, pour mon roman Lili Klondike. Sauf que j'ai vite compris tous les imprévus qui peuvent nous ralentir : la fatigue, les ampoules, le mauvais temps, les rencontres... Tu as beau avoir réservé tous tes gîtes, s'il tombe un déluge, comme je l'ai vécu, tu ne pourras pas faire les dix derniers kilomètres. C'est aussi l'expérience idéale pour prendre conscience de notre rythme de vie de fou! »
Pour son roman, Mylène Gilbert-Dumas s'est évidemment inspirée de son carnet de voyage. Certaines anecdotes se sont vraiment produites, telle l'infestation de punaises de lit en 2010 (aujourd'hui résorbée, heureusement).
Meneuses de chiens
Si ses personnages principaux sont presque toujours des femmes, c'est parce que Mylène Gilbert-Dumas préfère partir de ce qu'elle connaît... « Plus précisément, mes quatre derniers romans parlent de femmes de ma génération, pour lequel il y avait un vide en littérature. Les femmes de 40 ans ne recherchent plus l'homme idéal, elles travaillent et ont fondé leur famille. »
Les quatre tomes du Cycle de la lenteur ont trouvé 23 000 preneurs jusqu'à maintenant (par rapport à 30 000 et 17 000 respectivement pour les séries Les dames de Beauchêne et Lili Klondike). Détours sur la route de Compostelle s'est classé au huitième rang des palmarès de vente dès sa sortie, alors que l'auteure n'avait fait aucune promotion.
« J'étais au Yukon à ce moment-là. J'y ai rencontré des femmes meneuses de chiens de traîneau, qui participent aux grandes courses annuelles là-bas, le Yukon Quest et l'Iditarod. Elles se frottent à des - 40, - 50 degrés Celsius, sur des distances de plus de 1500 kilomètres! Ça n'a pas été facile d'infiltrer leur milieu, j'ai dû m'y reprendre plusieurs fois. Mais j'ai déjà une cinquantaine de pages d'écrites. »
Saint-Jacques...
La Mecque
Coline Serreau (2005)
« C'est le meilleur que j'aie vu. La réalisatrice a sûrement déjà fait le chemin, car c'est très réaliste. Au cinéma, je pouvais distinguer les spectateurs qui avaient déjà fait le pèlerinage : ils ne riaient pas aux mêmes endroits. Il y a plein de clins d'oeil. Par exemple, cette scène où les marcheurs se cachent derrière un rocher pour se débarrasser de plein de choses et alléger leur sac à dos. »
The Way
Emilio Estevez (2010)
« Ce film n'est pas du tout réaliste. Le personnage principal vient terminer le parcours de son fils décédé récemment. Il n'a jamais marché de sa vie, mais il se lance dans la traversée des Pyrénées, sans ampoules ni fatigue. Ça ne reflète pas la réalité. »
Les doigts croches
Ken Scott (2009)
« C'est davantage une caricature, mais pas tant que ça. Il y a plusieurs points qui se ressemblent, comme certaines douches sans eau chaude... »
MYLÈNE GILBERT-DUMAS
Détours sur la route de Compostelle
ROMAN
VLB éditeur