Gagnants de deux Félix l’an dernier, dont celui de groupe de l’année, Érik et Sonny Caouette ont lancé cette semaine leur deuxième album, intitulé La route.

La route comme chez soi

Le nouvel album des 2Frères, paru vendredi, s’intitule La route, mais il aurait très bien pu s’appeler Encore nous autres. Érik et Sonny Caouette ont en effet conçu leur deuxième rondelle avec pratiquement la même équipe que pour leur opus 1, Nous autres (2015), lequel s’est vendu à quelque 120 000 exemplaires. Avec toujours Steve Marin à la réalisation, à l’écriture et à la composition, Amélie Larocque et Alexandre Poulin qui leur offrent encore des titres, Mario Pelchat qui continue de superviser comme producteur exécutif, les deux frangins ont tout fait pour dépayser le moins possible leurs admirateurs et admiratrices, comme l’explique Érik Caouette en entrevue.

« C’est nous qui avons demandé de ne pas changer d’équipe, et nous avons été chanceux : tout le monde a accepté de retravailler avec nous. Nous voulions garder la même vibe, rester le plus fidèles possible à notre son. La route est la suite logique de Nous autres. L’album est même plus homogène, car il y a un seul réalisateur plutôt que deux [le Respectables Stéphan Dussault avait en effet mis sa griffe sur le disque d’avant]. Je le trouve aussi plus abouti », dit-il.

« Steve Marin a compris l’essence de 2Frères, poursuit-il. On se reconnaît dans ses textes, surtout avec ce deuxième album, parce qu’il est allé dans des sujets encore plus personnels. Je pense, par exemple, à Mom, la chanson qui parle de notre mère. Il faut vraiment bien nous connaître pour écrire ça. Son talent d’auteur est indéniable. Rien n’est laissé au hasard quand on travaille avec lui. »

Érik Caouette qualifie quand même La route d’un peu plus rock. « Surtout à cause des solos de guitare, qui ont été créés par Sonny. Il s’est beaucoup amusé en studio. Mais le côté pop et folk est resté sur les autres chansons. Un peu de toi tire même sur le country. »

Sinon, même le graphisme du disque est sensiblement pareil… sauf, évidemment, les deux couvertures, sur laquelle Éric et Sonny n’arrivaient pas à s’entendre. Les deux photos ont donc été utilisées pour le premier tirage de l’album, sans que l’on sache laquelle était la préférée de chacun. Les amateurs seront prochainement invités à voter pour leur favorite. Après quoi, la gagnante sera conservée pour les réimpressions, alors que la perdante… deviendra malgré tout un objet de collection.

« Mais ce n’est pas parce qu’on n’était pas d’accord sur la couverture qu’on était en chicane. La période des disputes entre frères est derrière nous depuis longtemps. C’était à l’époque où on commençait, où il fallait habiter ensemble, quand on avait une seule voiture et qu’on occupait le même emploi. Ça fait plus de dix ans de ça. Aujourd’hui, ça n’a jamais été aussi bien entre Sonny et moi, même si on est presque toujours ensemble. »

Érik Caouette.

Séances bout à bout

On peut se demander toutefois à quel moment La route a été réalisée, la tournée du premier spectacle de 2Frères (50 000 billets vendus) s’étant terminée il y a moins d’un mois. Érik Caouette explique que ce sont d’intensives séances d’écriture et de studio (environ trois ou quatre jours chaque fois), intercalées entre les spectacles et mises bout à bout, qui ont permis d’arriver à ce résultat.

« Chacune de ces séances-là a donné au moins une chanson. Il faut dire que Steve travaillait beaucoup seul chez lui. On s’isolait ensuite deux ou trois jours pour discuter de nos idées et on mettait tout ça ensemble », dit Érik, précisant que le tandem a contribué à trois des douze plages.

« Mais c’est vrai qu’il n’y aura pas véritablement eu de pause entre les deux tournées», ajoute-t-il. En effet, la tournée de La route s’ébranlera dès janvier.

« On fera même quelques spectacles avant Noël, parce qu’on a aussi participé à l’album de Noël des Prêtres. »

Jasons chansons...

Comme avant

La chanson d’ouverture de l’album et premier extrait est une façon pour les 2Frères de dire que le succès des deux dernières années ne les a pas changés. « En fait, on ne réalise pas vraiment ce qui se passe, Sonny et moi. Malgré tout, on continue de mener une vie normale. C’est aussi la chanson qui donne la ligne directrice de l’album. »

Au sommet

Une chanson sur l’amour qui se poursuit après la mort. « C’est une fiction de Steve qui lui trottait dans la tête depuis plus d’un an, l’histoire d’une femme qui va retrouver son mari décédé. C’est le texte que Sonny et moi trouvons le plus touchant de l’album. »

Mom

« Comme Steve nous a beaucoup côtoyés ces dernières années, il a fini par connaître personnellement notre famille. C’est lui qui nous a dit qu’il aimerait écrire sur notre mère. Pour nous, elle est un modèle de force, elle a élevé ses quatre enfants à bout de bras. Pour être franc, on ne trouvait pas que l’idée était bonne, on hésitait beaucoup. Quand il nous est arrivé avec la chanson, on a dit : c’est ça. C’est aujourd’hui notre préférée du disque. On a fait la surprise à notre mère. Elle a été très touchée. »

En dedans, comme en dehors et Ti-gars

La première est une chanson d’Amélie Larocque traitant d’itinérance, mais sur un ton léger et un rythme reggae. « Elle l’a écrite pour nous avant même notre premier album. La chanson est finalement restée dans le tiroir, mais on l’a ressortie. C’était important pour nous que ça ne devienne pas lourd. Idem pour Ti-gars, qui raconte l’histoire d’un enfant malade. Il fallait que cette chanson-là finisse bien, que l’enfant survive. Steve s’est inspiré de la vie d’un de ses couples d’amis, mais il l’a mélangée avec des éléments de fiction. »

La route

La chanson-titre est la seule du disque qui est véritablement mélancolique, traitant d’intimidation et de l’importance d’éviter les jugements. « Même si cette chanson ne sera jamais un extrait radio, elle détient quand même une partie de l’âme de l’album. Ça parle d’une valeur qui nous a été enseignée toute notre vie, celle de ne pas juger les gens. Nous avons tous les deux une fille de cinq ans qui vient de commencer l’école. L’intimidation, on ne veut pas que nos enfants en subissent ni en fassent subir. »

Elle écoute pousser les fleurs

« À l’époque où on jouait dans les bars, on a chanté beaucoup de Cabrel. On a toujours été des admirateurs. C’est une chanson qui n’a pas été souvent reprise. On voulait la faire simplement, en guitare-voix. Ceux qui nous ont connus dans les bars revivront quelques souvenirs. »

Sonny Caouette.

L’Estrie dans le cœur

L’Estrie a joué un rôle important dans la vie des 2Frères, qui hésitaient à quitter leur ville natale de Chapais pour aller s’établir directement à Montréal. Les frangins ont ainsi vécu à Magog et à Cowansville. Sonny a aussi habité Saint-Denis-de-Brompton avec sa conjointe de l’époque. Érik a aujourd’hui élu domicile à Saint-Césaire en Montérégie pendant que Sonny... vient de s’établir à Sherbrooke. Il s’est installé en mai dernier, surtout pour se rapprocher de sa fille, qui vit toujours à Saint-Denis-de-Brompton avec sa mère. Comme elle a commencé l’école cette année, ce déménagement simplifiait bien des choses pour le musicien.

« Je n’ai pas eu d’adaptation à faire : j’ai toujours adoré l’Estrie et Sherbrooke, confie Sonny. J’habite dans un petit coin tranquille de Sherbrooke. La ville me fait penser au Saguenay et ça plaît à ma conjointe, qui vient de Chicoutimi. »

Ajoutez le fait qu’Alexandre Poulin est originaire d’ici, qu’Amélie Larocque y est établie, que leur bassiste et leur batteur, Benoît Marquis et Luc Bélisle, sont aussi Sherbrookois... Sans oublier qu’un de leurs premiers contrats professionnels, en 2007, a été la Traversée internationale du lac Memphrémagog...

« Quand on est arrivé ici, on s’est tout de suite senti bien. On s’est trouvé ici un lien entre la ville et la campagne. C’était parfait pour nous », résume Érik Caouette.

Vous voulez y aller

2Frères

Mercredi et jeudi, 17 et 18 janvier, 20 h 30
Vieux Clocher de Magog
Entrée : 38 $

Vendredi 6 avril, 20 h
Salle Maurice-O’Bready
Entrée : 44 $