Adèle Blais

La réflexion du détail

Le Centre culturel Yvonne L. Bombardier accueille en ses murs trois expositions d’envergure sous le thème Fragments de folie. Des mosaïques de Marylène Ménard et Robert Biron aux costumes de MAJ Fortier en passant par les collages d’Adèle Blais, l’espace artistique est habité de l’intelligence de ces artistes hauts en couleur.

Adèle Blais

Appuyées par les textes de la psychologue sherbrookoise Nathalie Plaat, les femmes peintes par Adèle Blais sont autant de souvenirs que de dénonciations de leurs conditions de vie à travers les époques. L’artiste, qui allie la peinture et le collage, présente en primeur quelques tableaux de sa plus récente série Voir l’invisible, qui illustre des femmes ayant marqué l’histoire, le plus souvent par leur fin tragique.

« C’est la première fois que je fais cela. J’ai fait le portrait de ces femmes selon leur histoire et je me suis rendu compte que je tissais une toile plus grande que je croyais. C’est probablement une des expositions les plus communicatives de ma vie », déclare Adèle Blais.

Les Simone de Beauvoir, Camille Claudel et Claudette Colvin occupent les murs avec toute leur histoire et leurs réflexions imagées par Adèle Blais. Dans cette exposition, elle met d’ailleurs beaucoup plus l’accent sur la tête et sur la coiffe de ses sujets que sur leur corps, pour attirer l’attention sur le message.

« Camille Claudel a vécu un destin tragique. C’était un génie et c’était dérangeant pour les autres. Sa mère l’a d’ailleurs enfermée pendant trente ans. J’ai tenu à lui redonner de la noblesse avec une posture plus droite, alors que sur les photos elle avait la tête basse », raconte l’artiste en avouant s’être sentie ébranlée lors de la création de cette série.

« Ça provoque de la colère. On ressent l’injustice subie par ces femmes qui ont vécu à une époque pas si lointaine de la nôtre », déclare Adèle Blais.

À cette exposition s’ajoutent des masques en latex et en acrylique, une robe inspirée d’un de ses tableaux et des bols à café en terre cuite. Ces dernières pièces sont rassemblées dans un même endroit consacré aux collaborations de l’artiste.

« Pour moi, les collaborations nourrissent beaucoup la création. »

MAJ Fortier

Intitulée Un habit pour ses vertus, la série d’estampes numériques de MAJ (Marc-André Jacques-Fortier), ayant comme même thème le costume, illustre les codes appliqués à la personne qui le porte. Ainsi, chaque forme textile raconte une histoire symbolique, avec parfois les stéréotypes qui s’y rattachent.

MAJ (Marc-André Jacques-Fortier)

« Je travaille sur un concept qui est répété à sa base et qui joue sur la dualité de l’être humain, mais toujours avec plaisir. J’aime aller chercher le positif, m’amuser avec le problème. La chemise reflète ce qu’on aimerait être, la façon dont on se perçoit et dont on est perçu, ou de la façon avec laquelle on aimerait l’être », explique l’artiste.

À l’aide de nombreuses images, les vêtements dévoilent la personnalité et les valeurs de celui qui les porte. Le visiteur peut, par exemple, réfléchir sur la conception de la guerre, de la paix et de différentes croyances.

« Certains prêchent par l’astrologie, les cartes, le destin, alors cette chemise ne contient que de la bonne énergie et les plus puissantes cartes du tarot. Cette série de tableaux affiche l’extrapolation de la façon dont on veut établir sa vie, dont on veut la percevoir », ajoute MAJ.

À ces vestons vertueux s’ajoute la sculpture Pression en tube. L’œuvre illustre ce que s’impose l’individu dans sa vie, jusqu’à se vider totalement du meilleur de lui-même, afin de répondre aux exigences de la société.

« La sculpture représente la pression sociale : la pression que l’on se met sur les épaules, celle qu’on veut pour guider ses propres ambitions, ses rêves ou ceux des autres », affirme le peintre et sculpteur.

L’artiste autodidacte estrien a laissé sa trace un peu partout au Québec et ailleurs. On peut contempler ses créations, entre autres, à la Place du centenaire au Centre Bell et au Quartier Dix30 à Montréal.

Marylène Bédard et Robert Biron

Les œuvres en deux et trois dimensions réalisées par Marylène Ménard et Robert Biron fascinent par l’ajout de détails dans leur réalisation. Ainsi, plusieurs objets récupérés et inusités s’ajoutent aux multitudes de morceaux de verres formant la mosaïque d’animaux et de mandalas pour donner le résultat final.

Robert Biron et Marylène Ménard

Des petits soldats de plastique aux cadrans de montres de différents styles, tout est minutieusement choisi, pensé et placé. Pour identifier la date de la création des sculptures, Marylène Ménard y a intégré une montre où l’heure indique le mois ou l’année. Parfois, deux cadrans sont incrustés dans l’œuvre.

Ces artistes de Drummondville s’inspirent de plusieurs sujets. Les œuvres s’illuminent grâce au vitrail utilisé et délicatement installé. Une certaine lumière émane des œuvres en verre des créateurs, inspirés par l’optimisme et la joie.

L’ex-enseignante en art Marylène Ménard devenue vitrailliste et mosaïste se consacre à sa passion en compagnie de son partenaire de vie sculpteur de métal Robert Biron. Auparavant, celui-ci travaillait comme concessionnaire automobile. Utilisant plusieurs techniques ancestrales de modelage du métal, l’artiste se fait ferblantier en utilisant la forge traditionnelle.

« Robert crée la structure métallique de la sculpture qui est couverte de mosaïque. Dans les tableaux en deux dimensions, j’aime insérer de petits objets recyclés comme des poignées, de la monnaie ou des ustensiles qui se transforment, par exemple, en panache d’oiseau », explique Marylène Ménard.

Les mosaïques du couple Biron-Ménard se trouvent dans plusieurs salons des métiers d’art autant au Québec qu’en Ontario.