Patricia Godbout signe un premier roman, « Bleu bison », publié chez Leméac.

La quête comme réponse

Comme beaucoup de gens dont un proche s’est enlevé la vie, Mélissa, le personnage principal du premier roman de Patricia Godbout, part en quête de réponses. Cette quatrième d’une famille de six enfants se met à fouiller l’histoire non seulement de Louis, ce benjamin qui a fini par poser le geste malheureux, mais aussi de toute sa tribu.

« On s’en doute un peu : les réponses avec un grand R, elle ne les trouvera pas. Mais de la même façon que le chemin est plus important que la destination, on peut dire que la réponse, c’est justement cette quête. Il y a un apaisement du fait de cette recherche », explique celle qui s’est inspirée en partie de sa propre histoire pour jeter les bases de Bleu bison, mais a laissé ensuite la littérature et la fiction prendre la place qui leur revenait.

Il ne faut donc surtout pas voir une autobiographie dans ce roman. « Certains personnages sont des fusions de deux personnes différentes. Mon objectif était de faire vivre cette histoire-là dans le littéraire », résume celle qui, jusqu’à maintenant, avait surtout publié des essais.

On doit notamment à Patricia Godbout la cosignature de l’édition critique des Œuvres complètes d’Anne Hébert, sous la direction de Nathalie Watteyne. Plus spécifiquement deux des cinq tomes. Celui consacré à la poésie avait été en nomination pour le prix Alphonse- Desjardins en 2013.

Traductrice littéraire et professeure de traduction à l’Université de Sherbrooke depuis 2004 après plusieurs années comme chargée de cours, Patricia Godbout a même été sur le jury des prix du gouverneur général, dans la catégorie « Traduction de l’anglais au français ». « Mais j’ai toujours écrit des nouvelles et de courts textes pour moi-même. Je n’en ai publié qu’un seul dans une revue littéraire, il y a longtemps. Bleu bison est un premier roman, tardif, c’est vrai. Il est construit sur des assises réelles. Mais l’important, je crois, est que ce deuil-là, j’ai eu envie de l’inscrire dans le littéraire. Car j’aurais très bien pu vouloir le vivre autrement. »

Organiser des fragments

C’est à la « faveur » d’une fracture de la cheville qui l’a immobilisée pendant plusieurs mois que Patricia Godbout a amorcé l’écriture. « J’avais alors déjà commencé à lire des choses, à consigner des impressions et à prendre des notes, entre autres sur l’histoire de l’art [Louis était peintre et l’une de ses oeuvres, comportant un bison, a marqué Mélissa]. Tout ça était à l’état latent. J’ai donc décidé d’organiser ça dans un récit. »

Bleu bison ressemble à un journal intime. L’auteure avoue l’avoir écrit par fragments. Son éditrice l’a ensuite aidée à donner à ces morceaux éparpillés un début, un milieu et une fin.

« Il y a deux sujets difficiles et douloureux dans ce roman : le suicide et la toxicomanie. C’est un livre qui parle de ces réalités-là, non pas dans un but de prévention, mais pour réfléchir à ce que ça fait sur la vie des gens, sans jugement. »

Ayant atteint l’âge adulte lors des belles années du sex, drug and rock ‘n’ roll, Louis a en effet vite été entraîné dans le tourbillon des drogues dures, sa vie étant ensuite ponctuée d’incessantes rechutes. L’auteure ne s’attarde pas vraiment sur les sources de cette toxicomanie. « 

Il y avait peut-être ce mythe de l’artiste maudit, comme Bukowski ou Kirouac, cette culture dont Louis est issu », répond-elle.

Mais un des aspects particuliers du roman est que, malgré la lourde dépendance de Louis et ses comportements qui auraient pu pousser à couper les liens, l’amour envers ce frère excessif ne semble pas s’estomper. Et même si l’issue de cette lente autodestruction aurait pu être prévisible, le tremblement de terre causé par son geste est d’abord vécu aussi dolemment.

« D’où la grande peine lors de son suicide. Quand il était vivant, il y a eu des difficultés de parcours, des désirs vains de l’aider, d’être présents à sa souffrance, mais pas de grosse rupture. Ce qui a surtout été ressenti, c’est de l’impuissance devant ça. En même temps, je n’ai pas cherché à cacher les côtés moins glorieux de Louis. Ce n’est pas une hagiographie du défunt. C’était important pour moi que ce ne soit pas unidimensionnel. »

Pas que souffrance
La quête de Mélissa passera par le récit de vie de ses parents, partis de la Gaspésie pour s’établir en Ontario, puis à Montréal (Verdun), jusqu’à La Prairie, ce segment se terminant par le décès du père. Suivra la mort de Louis, les conséquences sur les membres de la famille, la rencontre avec les femmes qui ont ponctué sa vie, l’exploration des oeuvres qu’il a créées, la lecture des carnets et autres documents laissés derrière lui. Mélissa ne jette presque rien et fouille tout.

Comme si ce n’était pas assez, un deuxième deuil surviendra, secouant à nouveau les assises de la famille. Une exposition posthume des créations de Louis marquera la fin d’un chapitre pour tout le monde… tout en laissant des liens resserrés.

« Il y a une volonté chez ceux qui restent de continuer l’esprit de tribu, de clan, notamment par le retour en Gaspésie, même si personne ne se fait d’illusions. Les personnages se trouvent drôles de tenter de renouer avec leurs pseudo-racines là-bas, car ils n’ont pas de liens directs avec cette région. »

Les souvenirs d’enfance se révèlent être un élément crucial dans cette démarche. Vers la fin apparaît d’ailleurs un chapitre où Mélissa et Monique, sa sœur cadette, relatent l’histoire familiale sous la forme d’une odyssée spatiale.
« Je n’étais pas certaine de ce passage, mais mon éditrice a tenu à le garder. C’est effectivement un extrait qui fait beaucoup rire. Car il ne faut pas, pour Mélissa, que tout ça ne soit que souffrance. »

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Patricia Godbout
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