Amélie Beaupré présente sa première exposition solo, Souterrains, à la Maison des arts et de la culture de Brompton, jusqu’au 29 mars.

La peinture comme équilibre

Peindre fait partie de l’équilibre d’Amélie Beaupré. Pour celle qui est psychologue de métier et qui a consacré de longues années aux études afin d’atteindre cet objectif professionnel, toiles et pinceaux se sont révélés de précieux compagnons de route, surtout l’aquarelle, qu’elle n’hésite pas à qualifier de « meilleure amie ». Mais dans sa première exposition solo, ses créations sont devenues une façon d’exprimer ses propres mondes intérieurs et ceux des personnes rencontrées au cours de sa pratique. Des émotions parfois touchantes, parfois arides, qui se traduisent souvent mieux en formes et en couleurs qu’en mots.

« La peinture a toujours été là en parallèle dans mon cheminement. Pour l’aquarelle, j’ai pris des cours particuliers, des formations plus classiques, dont j’ai fini par sortir pour explorer par moi-même. Mais mon coup de cœur pour cette technique remonte à l’enfance. J’ai vu ma cousine peindre un petit ballon rouge devant moi et j’ai été conquise. Je n’arrive pas vraiment à dire pourquoi. C’est peut-être à cause de la transparence, de la lumière, de la profondeur, des jeux d’eau, de la simplicité (on peut faire de l’aquarelle partout, même à l’extérieur). C’est plus introspectif aussi si on compare à l’acrylique, qui se situe davantage dans le mouvement, la spontanéité », explique l’artiste originaire de la région montréalaise, mais établie en Estrie depuis 2006.

Justement, ce sont en majorité des acryliques qu’Amélie Beaupré présente dans Souterrains, exposition installée pour sept semaines encore à l’étage de la Maison des arts et culture de Brompton.

Alors que l’aquarelle exige précision, préparation et contrôle, ajoute-t-elle, l’acrylique (elle s’y est mise il y a seulement un an) lui a permis d’expérimenter davantage l’abandon et la liberté dans la création. « C’est plus facile d’exprimer ce qui est affectif, résume-t-elle. En fait, ce sont ces démarches qui s’influencent l’une l’autre chez moi. »

Avec l’aquarelle, elle recherche aussi les couleurs douces et les superpositions, alors que l’acrylique la pousse à accumuler les couches de couleurs plus vives et à ajouter des effets de gravure et de grattage.

Couleur thérapeutique

C’est quand même la première fois qu’Amélie Beaupré utilise ses territoires intérieurs et ceux des autres comme matière première à ses œuvres.

« J’ai traversé une période difficile récemment et je me suis aperçue que simplement déposer de la couleur pouvait être thérapeutique pour moi. Souvent, quand on peint, on ne se rend pas vraiment compte de ce qu’on fait. C’est lorsque j’ai écrit le mot "souterrain" que j’ai compris ce qui se passait et que c’était un mélange de mes expériences et de celles que j’entends dans mon bureau de psychologue, une inspiration venant de mes propres traversées souterraines et de celles dont j’ai été témoin. »

Le visiteur percevra, dans la vingtaine de tableaux majoritairement abstraits, ici une caverne, là un abri, tantôt des minéraux (qui représentent les aspects précieux de soi), tantôt des maisons, lesquelles deviennent les symboles des refuges, des instants de répit et de la rencontre avec l’autre. Car toutes les histoires interpellent Amélie Beaupré et tous les détails ont une valeur à ses yeux. De ces fragments de récit personnels, l’artiste essaie de faire quelque chose de beau.

Avant Souterrains, Amélie Beaupré n’avait participé qu’à une seule exposition collective au Parvis. « Je pense que, d’une certaine façon, j’évitais de montrer mes œuvres publiquement. Je ne mettais pas vraiment d’énergie pour le faire », dit-elle avant de se qualifier de « trouillarde ».

« C’est quand même quelque chose d’être confronté aux autres regards. Je suis quelqu’un de très sévère et de très perfectionniste, alors je m’attendais à ce même regard sévère et perfectionniste de la part des autres. D’avoir franchi ce pas me permet de constater que les réactions sont bonnes », reconnaît-elle.