Matt Lafontaine du groupe Bleu Jeans Bleu.

La musique par le denim de Bleu Jeans Bleu

On pourrait dire que Matt Lafontaine a gagné son pari avec Bleu Jeans Bleu, sa formation aux textes ultra-naïfs, aux ambiances musicales extra-variées et aux excessifs habits de denim : les réactions à la sortie du troisième opus du quatuor, Perfecto, sont plus que bonnes et le calendrier de spectacles est suffisamment garni pour que le chanteur et guitariste décide de faire le saut à temps plein dans BJB et de quitter l’emploi qu’il avait gardé en parallèle dans une microbrasserie.

« On dirait qu’il s’est passé quelque chose avec Bleu Jeans Bleu depuis un mois. Notre lancement la semaine dernière au Ministère à Montréal était complet depuis longtemps, ce qui est très agréable, car tu n’as pas le souci d’essayer de remplir la salle, tu peux te concentrer sur la prestation. La réception de l’album est vraiment cool et de nouveaux médias se sont ouverts à nous. On dirait qu’ils ont compris ce qu’on fait, que ce n’est pas une joke. On est pris plus au sérieux », résume le Victoriavillois d’origine.

Quant à la décision de quitter le milieu des services et de la restauration, où il gagnait sa vie depuis plus de quinze ans, elle n’a pas été facile, avoue Matt Lafontaine, même s’il avait déjà considérablement réduit ses heures.

« Je mijotais ça depuis un certain temps, mais comme le groupe est beaucoup sur la route et qu’il y a des spectacles à profusion, je vais finalement faire mes deux derniers quarts de travail la semaine prochaine, même si c’était un endroit fort agréable. »

Frites et café

Plusieurs des pièces de Perfecto sont d’ailleurs nées au cours de la tournée du précédent album Franchement wow, qui a duré plus de deux ans. « On en a déjà rodé certaines sur scène. L’autre moitié des chansons a été réalisée l’été dernier dans un blitz final », précise celui qui n’a pas eu de difficulté à retrouver son personnage de Roger Bontemps un peu simplet, qui roule ses r et nous raconte des anecdotes hilarantes, par leur banalité extrême ou leur tendance absurde.

Cette fois-ci, la voix de Claude Cobra (c’est le nom de scène de Matt, chacun des quatre musiciens s’étant rebaptisé d’après une marque de jean) nous raconte l’histoire d’un gars qui s’inscrit à un cours de danse en ligne, mais s’aperçoit qu’il a choisi le soir de l’âge d’or. Cobra nous confie plus tard son amour du café corsé, sa gourmandise pour les frites, puis nous vante les vertus de s’enquérir de la température auprès des passants, depuis sa fenêtre (Coton ouaté).

Et après s’être mis dans la peau d’un mec qui emmène sa dulcinée à une soirée romantique au Valentine sur le premier album (J’te gâte all dressed), ce roi du kitsch adopte le point de vue d’une adolescente qui souhaite inviter le garçon de ses rêves à un clair de lune... de quilles au sous-sol de l’église de Chesterville.

« Le fil conducteur de Bleu Jeans Bleu, ce qui fait qu’on reconnaît le groupe, c’est ce genre de texte là, qui frôle l’absurde et qui fait rigoler. En même temps, c’est cet ancrage qui, musicalement, nous donne le droit d’aller un peu partout. On peut s’en permettre beaucoup. Et je pense que ça paraît dans le dernier album. »

BLEU JEANS BLEU
Perfecto
POP FRANCO
Chalet Musique

Quatuor Parasukov

Folk, pop, samba, disco, funk et rock se côtoient en effet sans complexes sur Perfecto, avec une forte tendance, remarque-t-on, pour les styles fin 1970 début 1980. La ressemblance avec certaines chansons est parfois telle (par exemple Le king de la danse en ligne avec Another One Bites the Dust de Queen, ou l’amorce de J’ai mangé trop de patates frites avec celui de L’incendie à Rio de Sacha Distel) qu’on pourrait se demander si ce ne sont carrément pas des pastiches.

« D’habitude, j’écris les chansons à partir d’un titre que j’ai envie de chanter. J’ai mangé trop de patates frites, c’est une phrase que j’ai dite un jour. Ensuite, je pense à un style auquel on n’a jamais touché et je réunis des albums du même genre. Par exemple, pour Café corsé, on a écouté du Barry White pour trouver une sorte de soft disco. On dégage les particularités et après, on y va à fond dans les arrangements, sans recopier. Alors quand on me dit que ça fait penser à d’autres chansons, je le reçois comme si on avait réussi à mettre le doigt sur un style bien défini. En même temps, ces chansons-là ont été tellement entendues qu’elles habitent l’inconscient de pas mal tout le monde, nous compris. »

Bleu Jeans Bleu s’est aussi offert un quatuor à cordes (surnommé le quatuor Parasukov…) pour la première et la dernière chanson, question de s’approcher des atmosphères disco et motown très 1970. En prime, sur la finale d’Achetez donc nos records, les tympans auront droit un falsetto démentiel de l’alter ego de Matt, qui semble avoir tenté de casser un verre tellement il gueule jusqu’au bout de son souffle.

« C’est une débarque vocale volontaire. On a enregistré ça en une seule prise. La magie a opéré... même si ce n’est pas particulièrement magique. Les gars étaient pliés en deux de l’autre côté de la vitre. On a imaginé Claude Cobra essayer de suivre la toune à mesure qu’elle grossit. Ça finit par devenir trop grandiose pour lui, il n’est plus capable, mais il continue. C’est à la fois super intense mais plein de vulnérabilité. J’avoue que j’étais un peu étourdi après. En même temps, c’est un clash superbe, parce que les cordes sont tellement belles derrière... »

Matt reconnaît qu’il ne pourra peut-être pas reproduire fidèlement cette improvisation dans tous les spectacles de BJB. « Dans un deuxième show d’affilée, je perds une partie de ma voix de tête, mais en bas du suraigu. J’ai donc encore un peu de jeu, mais probablement pas comme sur l’album. Je ne m’attends pas à reproduire ce passage chaque fois, sinon je vais me blesser. 

DISCOGRAPHIE

2013    Haute couture

2016    Franchement wow

2019    Perfecto

VOUS VOULEZ Y ALLER?

Bleu Jeans Bleu

Jeudi 14 février, 20 h

Petite Salle du Centre culturel de l’Université de Sherbrooke

Entrée : 20 $