Le Sherbrookois Alain de Lafontaine signe Un été hippie, son deuxième roman qui sera lancé jeudi soir au Loubards.

La musique comme compagne de vie

Que la musique ait toujours accompagné Alain de Lafontaine n’étonnera personne parmi ses amis, proches et connaissances. Celui qui a piloté la destinée du Théâtre Granada pendant 14 ans, après avoir accueilli des dizaines de musiciens à son Café de Lafontaine de North Hatley, a encore vifs à sa mémoire les musiques associées à certains moments marquants de sa vie, et ce, depuis l’enfance.

Mais voilà maintenant que la musique accompagne ses mots. Non, le programmateur retraité ne s’est pas mis à l’écriture de chansons : il a plutôt signé un roman (son deuxième) dans lequel la musique est presque un personnage à part entière, devenant une partenaire de choix dans un été marquant de sa vie, celui de 1969.

« J’ai toujours eu un air dans la tête, appuie-t-il. J’accompagnais mon grand-père livreur de pains et ça se faisait au son de la musique, il chantait souvent. Ma mère écoutait à la radio les Joyeux troubadours et compagnie. Quelques années plus tard, quand je suis devenu artisan, j’écoutais souvent Radio-Canada en travaillant, et c’est là que Jean-Paul Nolet m’a fait découvrir Claude Nougaro, Marcel Mouloudji… La musique devient le fil conducteur de l’histoire. C’est pour ça que le sous-titre est Une odyssée musicale… »

Une odyssée de « Valentine de Maurice Chevalier à Led Zeppelin », ajoute-t-il.

Avant Woodstock, Atlantic City

En effet, le roman est divisé en deux parties. Sur le conseil d’une lectrice, Alain de Lafontaine a laissé tomber l’ordre chronologique pour privilégier deux lignes temporelles parallèles mais entrelacées, celle de l’enfance et celle de début de la vie adulte — ce fameux summer of’ 69 où il est parti sur un road trip vers la côte Ouest.

La question à 100 000 $ : est-il allé à Woodstock?

Non, mais c’est tout comme. Il s’est plutôt retrouvé, douze jours avant l’événement historique, à l’Atlantic City Pop Festival. Car, plusieurs l’ont oublié, Woodstock était une étape dans une grande tournée nord-américaine. D’autres grands rassemblements musicaux ont eu lieu ailleurs, avant et après, et celui d’Atlantic City en faisait partie.

« Mais comme Woodstock était en fin de tournée et que le bouche-à-oreille a eu le temps de faire son œuvre, il a eu le plus de succès [environ 500 000 personnes]. Il y a quand même eu 110 000 personnes à Atlantic City! Nous n’avons pas eu Jimi Hendrix ni Led Zeppelin, mais nous avons eu Joe Cocker, Chicago et Janis Joplin. »

Évidemment, en situant son action à la fin des années 1960, Alain de Lafontaine avait accès à un riche terreau musical pour son récit, tels les débuts du rock progressif.

ALAIN DE LAFONTAINE
UN ÉTÉ HIPPIE
AUTOFICTION
Éditions de la Grande Terre
250 pages

« Jimmy Page et Robert Plant, c’étaient des gars avec des voix incroyables, pas juste des freaks désireux de faire des chansons. Bob Dylan est encore une référence aujourd’hui pour les textes. »

Présenté comme autofiction, Un été hippie s’inspire en grande partie de la vie de son auteur, même si plusieurs passages ont été inventés ou empruntés. Le personnage principal s’appelle d’ailleurs François.

« Les scènes d’enfance ramènent beaucoup la ville de Sherbrooke à l’époque. J’ai fait quelques recherches, mais j’ai surtout puisé dans mes souvenirs. »

Des idées toujours d’actualité

Alain de Lafontaine en profite pour rappeler que, bien que la vague hippie soit presque devenue un mythe avec les années et qu’elle ait engendré plusieurs idées qui ont toujours cours aujourd’hui, tels l’écologie, le féminisme et le végétarisme, elle n’a pas duré très longtemps.

« Environ deux ans, et c’était loin d’être tous les jeunes qui étaient là-dedans. Si tu portais des cheveux longs et des pantalons pattes d’éléphant, c’était pas long que tu te faisais traiter de fif! » raconte le romancier, qui met également en scène certaines des dérives du mouvement, dont le recours excessif aux drogues.

L’aventure de François se terminera avec son retour dans un Québec qui voit enfin l’émergence d’une véritable chanson québécoise, avec Charlebois, Beau Dommage et compagnie. Pour Alain de Lafontaine, elle correspond à l’époque où, avec des amis, il organisait des spectacles au Cégep de Sherbrooke, produisant les Pauline Julien, Raymond Lévesque, etc.

Deux ans d’écriture (et de réécriture) auront été nécessaires à Alain de Lafontaine pour en arriver à la version finale d’Un été hippie. Alors plutôt que d’attendre encore pendant des mois que son manuscrit soit accepté par un éditeur, il a préféré cofonder sa propre maison, Les Éditions de la Grande Terre, avec son ami Jacques Couture.

Est-ce dire qu’il a d’autres projets d’écriture ou d’édition dans sa manche?

« J’ai un autre manuscrit de terminé, un suspense qui se déroule dans les collèges américains, et j’ai aussi un synopsis qui serait une sorte de suite à Un été hippie, où je m’attarderais à mes années où j’ai été artisan. Pour ce qui est d’éditer d’autres auteurs, nous allons voir… »

D’ici là, son nouveau roman sera offert à la Biblairie GGC de Sherbrooke et à la Coopérative de l’Université de Sherbrooke.

Vous voulez y aller?

Lancement d’Un été hippie

Jeudi 16 mai, 16 h 30

Loubards, 360, rue Frontenac, Sherbrooke

Entrée gratuite