Denis Bouchard a écrit la pièce de théâtre Le dernier sacrement dans laquelle il joue le rôle d’un non-croyant en fin de vie. Il signe aussi la mise en scène avec Sarah Beauséjour.

La mort comme si vous y étiez

« Ceux qui ont la foi meurent plus en paix que les non-croyants ». C’est cette simple phrase qui a poussé le comédien Denis Bouchard, fasciné par les religions, à se plonger dans l’univers des soins palliatifs et à créer la pièce Le dernier sacrement, présentée mercredi au Centre culturel de l’Université de Sherbrooke.

« Au départ, ce n’était pas mon intention de parler de la mort. C’est parti d’une phrase que j’ai lue qui disait que les gens qui ont la foi meurent plus en paix. Je me suis dit : c’est mal parti pour moi! Ça fait des années que je ramasse des phrases à gauche et à droite sur les religions... Elles m’ont toujours fasciné. Je me souviens qu’Huguette Oligny, avec qui je travaillais dans Annie et ses hommes, m’avait dit : "J’ai commencé à croire, j’aime mieux pas prendre de chance!" Ça m’a amené dans des unités de soins palliatifs à rencontrer des gens en fin de vie et des gens qui travaillent avec eux », raconte-t-il.

Il s’est notamment retrouvé au CHUM et à la maison de soins palliatifs La Source bleue, à Boucherville, dont il est maintenant le porte-parole. Le comédien avait des appréhensions qui se sont estompées. Il a surtout été fasciné par toute la dignité qu’il a pu y trouver.

« Je trouve que c’est un lieu extraordinaire. Il y avait quelque chose à faire théâtralement. C’est devenu une comédie parce que je suis un auteur de comédie avant tout, mais aussi parce que j’ai ramassé des phrases que j’ai mises carrément dans le show. Des phrases comme : "M. Bouchard, merci pour les chocolats, mais je ne pourrai pas tous les bouffer, parce que je n’entrerai pas dans mon urne." Je n’en revenais pas. »

Des chambres dans le hall

Pour Le dernier sacrement, Denis Bouchard a créé un personnage, Denis Prud’homme, un non-croyant aux soins palliatifs, qui discute avec son infirmière croyante et la fille de cette dernière, croyante et pratiquante. Il voit son œuvre comme un hommage au personnel travaillant dans ce milieu, qu’il perçoit comme des anges. « J’ai un respect incommensurable pour ces gens-là... »

A-t-il trouvé une réponse à la phrase qui l’a mené à cette quête? « Ce n’est pas vrai que ce sont les gens qui ont la foi qui meurent le plus en paix. Ce sont ceux qui ont fait la paix avec leur vie et avec leur mort », estime l’Estrien d’adoption.

Particularité du spectacle : l’auditoire est convié à une formule immersive. De petites pièces seront créées dans le hall du Centre culturel de l’Université de Sherbrooke pour reproduire des chambres de soins palliatifs et des figurants s’y retrouveront.

« Ces sketchs-là, on les fait à plusieurs reprises, pour qu’il y ait le plus de spectateurs qui les voient... Quand on rentre dans la grande salle, moi je suis déjà sur scène, dans mon lit. »

« Évidemment, il n’y avait pas un théâtre à Montréal qui voulait faire ça : tu parles de mort, tu parles de religion, touche pas à ça! J’ai décidé de le faire à compte d’auteur et j’ai créé la pièce au CHUM dans une chambre d’hôpital. Ça a tellement bien marché qu’ensuite, je l’ai faite au Théâtre Outremont. »

La tournée suit son cours et une quarantaine de dates sont déjà prévues à compter de l’automne.

« Parler » à son père

Avant de faire sa recherche, Denis Bouchard avait peu été confronté à cet univers. En écrivant la pièce, il a cependant beaucoup « parlé » à son père, décédé d’un AVC il y a 16 ans.

« Ce qui ne s’exprime pas s’imprime. Des deuils, c’est torve. Mon père est mort et j’ai fait : bon, ok, il n’est plus là. Mais ça revient. Plusieurs années plus tard, j’ai connu une peine d’amour et ça prend tout son pli sur le même support, ces émotions-là. Paf, ça ressort. »

Denis Bouchard a aussi créé une conférence à partir de la pièce, notamment pour les salles trop petites pour accueillir Le dernier sacrement.

Parcourir le monde pour comprendre

Denis Bouchard, qui fait partie de notre paysage télévisuel depuis plus de trois décennies, est aussi un grand bourlingueur. Il a parcouru une centaine de pays, des contrées peu explorées par le commun des mortels comme la Corée du Nord, l’Iran et même l’Irak l’automne dernier. Il a soif d’en apprendre sur les peuples et leur religion. 

« Je suis un agnostique, je doute beaucoup. Je suis fasciné par les gens qui ne doutent pas, alors je suis allé les rencontrer partout : au Tibet, en Inde, en Iran... J’arrive d’Irak. En novembre, je suis allé rencontrer des yézidis qui ont passé au cash avec l’État islamique... » 

Là-bas, il dit avoir tenté de comprendre de l’intérieur qui sont ces extrémistes, pourquoi ces choses se produisent là-bas.

« Les religions sont des inventions humaines. Ça laisse beaucoup de place à l’interprétation, aux dogmes... Pourquoi n’y a-t-il pas de femmes prophétesses? Comment en vient-on à créer un dogme, par exemple l’obligation d’aller à la messe tous les dimanches? Comment ça marche? Les musulmans et les chrétiens, ça fait 2000 ans qu’ils se chicanent. C’est pour ça que j’ai été beaucoup au Moyen-Orient, c’est un peu le nombril du monde. Comment ça a été créé, les religions? C’est ça qui m’interpelle. »

À quoi mèneront tous ces périples et ces collectes d’informations? Un documentaire, un livre?

« On me demande souvent de faire ça. Je pense que je suis un peu vieux pour ça, mais... Peut-être un livre, peut-être un show où je raconterais ces anecdotes-là. »

Vous voulez y aller?
Le dernier sacrement
Mercredi 6 mars, 20 h
Salle Maurice-O’Bready
Entrée : 45 $ (étudiants : 35 $)