Le nouveau livre de Mylène Gilbert-Dumas, La mémoire du temps, est un mélange du Code Da Vinci, du Nom de la rose et d'Indiana Jones.

La mémoire du temps : un suspense entre athéisme et théocratie

Le nouveau livre de Mylène Gilbert-Dumas est un mélange du Code Da Vinci, du Nom de la rose et d'Indiana Jones. C'est ce que lui a dit son chum après la lecture de La mémoire du temps, le premier suspense que l'auteure sherbrookoise signe après avoir écrit sept romans historiques, trois romans pour adolescents et six romans contemporains grand public.
« Ça donne un peu dans l'esprit du roman politico-religieux. Il y a toute une partie qui se déroule dans le désert et qui inclut des fouilles archéologiques. Mais la grande différence entre le Code Da Vinci, Indiana Jones et mon livre est que, dans le mien, les faits historiques sont vrais, alors que les deux autres nous ont divertis avec de la fiction », explique l'auteure volubile, précisant qu'à l'image de La mémoire du temps, le roman Le nom de la rose était solidement appuyé sur des faits réels.
Un livre sur la montée de la droite chrétienne au Canada à l'ère du gouvernement Harper, Le facteur Armageddon de la journaliste Marci McDonald, a fortement inspiré l'auteure.
« Son livre a changé ma vie. Elle y traite des influences des groupes religieux sur le gouvernement conservateur et du dépôt de nombreux projets de loi pour limiter le droit à l'avortement. Un des arguments des pro-vie était que, dans certaines communautés ethniques, il y a beaucoup d'avortements de bébés filles, car les parents veulent des garçons. Cachés derrière le principe d'égalité entre les femmes et les hommes, les fondamentalistes chrétiens voulaient, de façon non violente mais insidieuse, limiter l'avortement », note celle qui s'est servie de ce contexte pour inventer la vie de ses trois principaux personnages.
Nicolas Gustave est un professeur d'histoire du christianisme suspendu par son université dans les années 1980 pour ses thèses audacieuses. Bill Stillman est un stratège politique créationniste évoluant au sein d'une théocratie qui serait instaurée en date de demain. Parallèlement, Virginie Constantineau mène une existence d'écrivaine curieuse et solitaire dans les Cantons-de-l'Est, jusqu'à ce qu'elle mette la main sur un étrange papyrus qui la mènera sur les traces du défunt professeur Nicolas Gustave.
« Virginie représente le Québécois moyen, qui a peu de connaissances en religion et qui est persuadé que tout le monde est athée comme lui. En fait, même si Virginie est écrivaine et vit en Estrie comme moi, c'est plutôt au professeur Nicolas que je ressemble. Ce dernier est un peu cynique et, en tant qu'historien, il fait ressortir tout ce qui n'est pas vrai dans la bible. Il pète les ballounes de ses étudiants en disant que non, par exemple, Marie n'était pas vierge. Si c'est écrit ainsi, c'est seulement à cause d'une mauvaise traduction qui a transformé, un jour, jeune femme en femme vierge », note-t-elle, soulignant au passage que le problème avec les évangéliques est qu'ils croient aux écrits de la bible « au pied de la lettre ».
Pour ce premier suspense, l'auteure de 49 ans quitte le décor du Yukon, où elle a séjourné à de nombreuses reprises et où se déroulent sept de ses précédents livres, pour faire voyager son héroïne du Québec au nord-est des États-Unis en passant par la Suisse. Nicolas Gustave, lui, se rendra à Antigonish, en Nouvelle-Écosse, à Winnipeg, à Halifax et au Caire, en Égypte.
La mémoire du temps transporte également le lecteur dans les monastères qui se multiplient autour de la Méditerranée dans les années 300 après Jésus-Christ et lui fait découvrir de réels extraits des textes gnostiques.
« Nous sommes des Occidentaux et le fondement de l'Occident est le christianisme. Alors même si je suis agnostique, je trouvais intéressant de parler de tout cela, car c'est notre culture », résume dans un débit rapide une auteure qui n'a pas uniquement le talent de bien remplir les livres de mots, mais aussi les rencontres.
Questions en rafale et en livres
Pourquoi un suspense après 16 livres?
Je pourrais écrire tous les genres littéraires que j'aime, c'est-à-dire tous les genres sauf les romans d'horreur et les romans chick lit.
Le meilleur suspense que vous ayez lu?
L'armée des sables de Paul Sussman. C'est d'ailleurs un peu l'inspiration de La mémoire du temps. L'auteur est décédé aujourd'hui, mais quand il a lancé ce livre, il a dit que c'était en quelque sorte une réponse au Code Da Vinci. Contrairement au roman de Dan Brown, Paul Sussman a fait un thriller avec un contenu historique véridique. En le lisant, je me suis dit que, moi aussi, mon premier suspense serait une enquête intellectuelle où il y aurait de la viande sur le plan historique pour le lecteur.
Le premier livre dont vous êtes tombée amoureuse?
L'étoile des baux de Jean Severin. C'est un livre de science-fiction romantique que j'ai lu à 14 ans. Je l'avais trouvé excellent, mais je l'ai relu adulte et je n'aurais pas dû le relire. C'était bon, mais ça ne m'a pas fait le grand plaisir que j'avais eu adolescente.
Le livre qui vous a donné envie d'écrire?
Les habits rouges de Robert de Roquebrune. J'ai lu ce roman historique en cinquième secondaire. L'histoire se déroule pendant la guerre des Patriotes. C'est tellement bon! Ça m'a donné envie d'écrire des livres dans lesquels on allait vivre l'Histoire en même temps qu'on allait vivre la vie des personnages.
Relire un livre ou non?
Relire. Il y a des livres que je relis chaque année. Le Club Dumas d'Arturo Perez-Reverte fait partie de ces ouvrages que je me retape au moins tous les deux ans, si ce n'est pas annuellement. Quand je regarde dans ma bibliothèque, il y en a plusieurs que j'ai le goût de relire. Alors je le fais. Parfois juste le début pour me remettre dans l'atmosphère.
Lire jusqu'à la dernière page ou savoir abandonner un livre?
En tant que lecteur, on a le droit de sacrer un livre au bout de nos bras si on ne l'aime pas. C'est le travail de l'auteur de s'assurer que le lecteur poursuive la lecture jusqu'à la fin. C'est ce que je fais quand j'écris. Tenter de tirer le lecteur vers l'avant. De mon côté, je donne rarement une deuxième chance à un livre.