À 85 ans, Jean-Pierre Ferland reste un artiste vivant, mouvant et émouvant. — Photo Spectre Média, Maxime Picard

La magie n’a pas quitté Ferland

CRITIQUE / Il a 85 ans et demi, mais il est encore droit comme une barre, rayonne sur scène, offre une voix toujours puissante et écrit encore de touchantes nouvelles chansons. Et quand il se trompe (c’est arrivé plusieurs fois hier soir), il ne cherche pas à le cacher : on arrête tout et on recommence!

Pour son retour au Vieux Clocher de Magog (une scène qu’il n’avait pas foulée depuis 1994, a-t-il affirmé), Jean-Pierre Ferland aurait pu livrer une prestation « confortable », en ne faisant que revisiter ses grands succès. Bien sûr, les incontournables ont tenu le haut du pavé, mais le chanteur dépoussière aussi des oubliées (Quand on se donne, After shave), livre même une inédite (la très juste Le monde de Benjamin, écrite en 2018 pour le fils autiste de Mathieu Gratton et Patricia Paquin). Bref, il reste un artiste vivant, mouvant et émouvant.

Et le plus craquant, c’est sans doute ce perfectionnisme qui lui fait reprendre ses interprétations à la moindre anicroche, dont certaines erreurs que la majorité du public n’aurait probablement pas détectée. Le trio qui l’accompagne semble savoir à quoi s’attendre et joue de bonne grâce ce jeu de faire tout ce que dit le monsieur… ce qui implique parfois de couper une interprétation en plein milieu.

Mais toutes ces approximations sont aisément pardonnables, car Jean-Pierre Ferland, qui a beaucoup de textes amples et véloces (Fleurs de macadam, Avant de m’assagir, La musique, Je ne veux pas dormir ce soir), s’est fait un point d’honneur de les interpréter quand même pour son public, malgré les trous de mémoire et les dents qui s’enfargent.

Il reste aussi un habile raconteur et la plupart de ses interventions sont bien préparées, même s’il semble s’embrouiller dans ses souvenirs (a-t-il vraiment chanté Le petit roi pour la première fois lors du concert Une fois cinq en 1976, alors que cette chanson figurait sur Jaune, paru en 1970?).

Pas grave : ses mimiques, ses mines de découragement, son front de bœuf quand il faut remettre une spectatrice bruyante à sa place (le public, assez âgé, était plus indiscipliné que bien des plus jeunes hier soir) excusent les petites entorses au réel.

COSTAUD EN DÉCIBELS

Il faut dire que le rhume qui l’affectait ne l’a peut-être pas aidé non plus, mais le chanteur était admirablement appuyé par le claviériste et arrangeur André Leclair, le guitariste Jean-François Beaudet et la choriste Julie-Ann Saumur. En plus de la musique et des chœurs, le trio a fait cadeau de superbes harmonies vocales.

Si, au début, on l’a vu dire à ses musiciens que le son était trop fort (c’est vrai que la charge de décibels était costaude, au point de faire vibrer le plancher dans une des chansons), Jean-Pierre Ferland n’a jamais été enterré par les instruments. Bien qu’un peu plus éraillée dans les aigus (sa choriste venait alors à son secours), sa voix a gardé cette magnifique rondeur dans les graves. La salle était également là pour l’accompagner dans Les immortelles, Je reviens chez nous, et bien sûr Une chance qu’on s’a.

« Tout le monde l’aime celle-là, même les Hells Angels! »