Sur l'une des deux photos de Caroline Custeau sélectionnées pour l'exposition nationale du MCDP, à Winnipeg, on retrouve Ensaf Haidar, le dos acculé au mur de la prison Winter, à Sherbrooke, et aux côtés d'une fenêtre présentant de sinistres barreaux; une image qui ne laisse planer aucun doute sur le sort de son mari Raïf Badawi, emprisonné depuis 2012 pour avoir ouvertement critiqué le régime saoudien.

La lutte pour les droits de Raïf entre au musée

Militante de la première heure pour la cause de Raïf Badawi à Sherbrooke, Caroline Custeau participera à la défense des droits du blogueur saoudien sur un autre front au cours des prochains mois, alors que deux de ses photos ont été retenues pour une exposition nationale au Musée canadien pour les droits de la personne (MCDP), à Winnipeg.
Caroline Custeau
J'ai participé au concours plus pour faire connaître la cause que pour gagner, mais si je gagne, je vais être contente aussi, mentionne la photographe de Saint-Denis-de-Brompton. Les autres prix vont être connus à la fin du mois de mars, mais déjà, d'avoir deux photos sélectionnées, j'ai l'impression d'avoir doublement gagné. »
Sur l'une d'elles, on retrouve Ensaf Haidar le dos acculé au mur de la prison Winter, à Sherbrooke, et aux côtés d'une fenêtre présentant de sinistres barreaux; une image qui ne laisse planer aucun doute sur le sort de son mari Raïf Badawi, emprisonné depuis 2012 pour avoir ouvertement critiqué le régime saoudien.
« Avec le Club de photo de Sherbrooke, on a un thème annuel et en 2016, c'était les amoureux. C'était particulier comme moment de me retrouver dans une prison désaffectée qui compte tellement d'histoire en ses murs et en compagnie d'Ensaf, c'était fou. Mais mes photos n'étaient pas bonnes; il n'y avait pas de lumière. Donc nous sommes allées à l'extérieur et c'est là qu'on a pris cette photo », explique Mme Custeau.
L'autre photo a été prise lors de l'une des 110 vigiles tenues à l'hôtel de ville de Sherbrooke par solidarité avec la famille Badawi et pour réclamer la libération du père. Les militants y arborent tous le visage de Raïf Badawi en guise de soutien.
« Ce ne sont pas des photos méga-artistiques, mais je suis contente qu'elles soient retenues par le musée, parce que plus on parle de Raïf, mieux c'est. On ne veut pas qu'il tombe dans l'oubli », mentionne Caroline Custeau, visiblement mal à l'aise lorsqu'on la qualifie de photographe.
Un espoir difficile à maintenir
Si le fait d'avoir deux clichés sélectionnés pour une exposition recèle en soi un réel plaisir, l'exercice de triage auquel s'est adonné Caroline Custeau pour déterminer les neuf photos qu'elle a soumises au concours n'a pas été sans heurt. Des nombreux clichés qu'elle a pris depuis plus de deux ans ressort amèrement un élément : le temps.
« Ce qui est frappant sur les photos, c'est le passage des saisons », relate-t-elle, tout en admettant qu'il n'est pas facile de toujours garder espoir.
« Des jours, on se demande si on va être là encore jusqu'à 1000 vigiles. Il y a des jours ou on sent une grande vague de solidarité et on se dit que ça ne se peut pas que ça ne bouge pas. En même temps, Ensaf a cogné à toutes les portes possibles et ça n'a pas bougé. Je le fais beaucoup pour les enfants et pour Ensaf, car personnellement, je ne crois pas que je vais changer la mentalité du roi d'Arabie Saoudite. J'ai l'impression de connaître Raïf comme un beau-frère ou un ami et j'ai vraiment espoir de le rencontrer un jour. »
Son espoir réside principalement dans ce que le temps n'a pas réussi à altérer : le dévouement d'une vingtaine d'irréductibles militants qui se retrouvent tous les vendredis devant l'hôtel de ville de Sherbrooke depuis novembre 2014.
« On peut constater la durée au fil des photos et la constance des gens. On est toujours 20-25 chaque semaine, beau temps mauvais temps. Des fois plus. Ce que je trouve le plus beau de ça, c'est toutes les amitiés qui sont nées sur le perron de l'hôtel de ville. Pas juste des amis de vigile, mais des amis avec qui je garde un bon contact. C'est un moment d'humanité et ça fait du bien. On a besoin d'y être le vendredi. On se sent humain et on sent qu'on peut faire bouger les choses. Si Raïf n'a pas reçu d'autres coups de fouet, c'est en raison de tous les gens qui se mobilisent à travers le monde. »