Coproduit par l’Office national du film et les Productions du Fleuve, La fille du cratère sera présenté devant public pour la deuxième fois seulement au Festival Cinéma du monde de Sherbrooke, après les Rendez-vous du cinéma québécois en février dernier. Yolande Simard, qui a maintenant 91 ans et sur qui porte le documentaire, sera d’ailleurs présente à Sherbrooke lors de la projection du dimanche 7 avril.

La fille du cratère : étoile terrienne

Que Pierre Perrault (1927-1999) soit un des pères de la cinématographie québécoise, pas mal tout le monde le sait. Ce que plusieurs ignorent peut-être, c’est que si son épouse Yolande Simard n’avait pas été dans le décor, l’œuvre de ce pionnier du cinéma direct — un des premiers réalisateurs à montrer à l’écran les Québécois tels qu’ils étaient (surtout ceux des régions) — aurait été fort probablement différente, voire inexistante.

C’est en effet parce qu’il est tombé amoureux de Yo (c’était son surnom), une Baie-Saint-Pauloise venue étudier en même temps que lui à l’Université de Montréal, que Pierre Perrault a découvert la région de Charlevoix, au point de quitter son Montréal natal pour aller vivre au pays de Rose-Anna Saint-Cyr. Et les cinéphiles avertis savent très bien que c’est à l’Île-aux-Coudres que le réalisateur a tourné, en 1962, son chef-d’œuvre poétique et ethnographique Pour la suite du monde…, sur les pêcheurs de marsouins.

Pour Danic Champoux et Nadine Beaudet, qui viennent de signer ensemble La fille du cratère, Pierre Perrault est une grande source d’inspiration, pour ne pas dire un maître à penser dans leur façon de réaliser leurs films. Ces deux amoureux du documentaire ont d’ailleurs déjà remporté, à des moments différents, le Prix Pierre et Yolande Perreault, remis aux Rendez-vous du cinéma québécois au meilleur premier ou deuxième long métrage documentaire.

Nadine Beaudet

« On ne prétend pas faire du cinéma comme lui, parce que c’est vraiment un maître, connu à travers le monde, précise Nadine Beaudet. Son intérêt pour les gens, pour la parole et pour le territoire a fait de lui un des premiers à produire des films dans lesquels les Québécois pouvaient se reconnaître, sans être gênés de ce qu’ils sont. Pour Pierre Perrault, c’était une richesse. Et c’est Yolande qui lui a fait découvrir tout ça. »

Lorsque les deux coréalisateurs sont allés cogner à la porte de Yolande Simard (elle a 91 ans aujourd’hui), ils ont fait connaissance avec une femme profondément attachée au lieu qui l’a vue naître, au point où elle se considère comme une descendante du cratère météoritique qui a façonné la région il y a 400 millions d’années. Une vision géomorphologique et métaphysique qui a teinté fortement le documentaire.

Danic Champoux

Impacts au cube

« Je me rappelle à quel point le cœur me débattait lorsque nous sommes allés rencontrer Yolande pour obtenir sa permission de faire un film sur elle, se souvient Nadine Beaudet. Sur le coup, elle s’est demandé si c’était pertinent. C’était la première fois que quelqu’un lui proposait, alors que, pour nous, c’était une évidence. »

Le hasard a voulu que Danic Champoux et Nadine Beaudet arrivent dans la vie de Yolande Simard au moment où celle-ci devait quitter sa maison. Ils ont donc participé avec elle à l’inventaire des souvenirs du couple. Ils ont non seulement découvert que Yolande et Pierre étaient très amoureux, grâce à l’imposante correspondance retrouvée, mais également qu’ils étaient immensément complices, leurs pratiques se nourrissant l’une l’autre, lui comme cinéaste et poète, elle comme archéologue.

« Yolande est aussi habitée par une quête identitaire profonde. On peut dire qu’il y a eu l’impact de la météorite dans la vie de Yolande, l’impact de Yolande dans la vie de Pierre et l’impact de Pierre dans le cinéma québécois. Cela devient une sorte de métaphore sur le nous », résume la réalisatrice.

La rencontre avec la nonagénaire aura été déterminante pour Nadine Beaudet. « C’est une femme très inspirante, notamment par sa vitalité et sa passion, et je regrette de ne pas l’avoir connue plus tôt. Je me reconnais beaucoup en elle et dans ce qu’elle porte, entre autres sa conception du pays, qui n’est pas politique mais universelle. Yolande le voit autant dans son immensité que dans son histoire, autant dans la fleur que dans la pierre. Rencontrer des gens aussi habités par leur pays, une façon de voir la vie qui part souvent de l’enfance, me fascine. Et leur donner la parole est quelque chose de précieux. »

Yolande Simard en compagnie du sculpteur Martin Brisson

Vous voulez y aller?

La fille du cratère
En présence de Nadine Beaudet et de Yolande Simard
Dimanche 7 avril, 18 h
Mardi 9 avril à 15 h (sans invités)
Maison du cinéma