Mylène St-Sauveur et Thomas Beaudoin dans Hubert et Fanny

La faute à «District 31»

Après avoir signé Nouvelle adresse, Richard Blaimert s’est lancé dans l’écriture d’une série policière. L’arrivée au petit écran de la quotidienne «District 31» l’a amené à revoir ses plans.

«L’émission s’ajoutait à d’autres qui exploitaient déjà le filon policier. Il me fallait aller ailleurs.»

Et pas qu’un peu! Il a opéré un virage à 180 degrés pour plutôt embrasser le genre de la comédie romantique. Hubert et Fanny, sa nouvelle télésérie, débarque à la télé de Radio-Canada le 9 janvier.

«J’y suis allé à l’instinct, j’ai eu envie de faire une série bonbon, facile à comprendre et à aimer. C’est de la feel good télé», résume-t-il.

Le titre le dit: la trame de cette nouvelle production tourne autour d’Hubert et Fanny, deux étrangers qui se rencontrent dans des circonstances dramatiques, lors d’une prise d’otages. Les heures difficiles qu’ils traversent ensemble créent entre eux un lien fort. Ils retournent chacun à leur vie avec une irrépressible envie de se revoir. Même si lui est réfractaire à toute relation sérieuse. Même si elle est déjà heureuse en couple.

«À travers ce duo que tout sépare, je souhaitais explorer l’attirance, le coup de foudre, le sentiment amoureux.»

Pour choisir le couple-titre, l’équipe de production a reçu différents comédiens en audition. Quatre hommes et quatre femmes ont été retenus.

«Le processus a été assez long, on voulait un couple qui fonctionne à l’écran. On a formé différents duos, en mélangeant les acteurs. Avec Thomas et Mylène, on avait le match parfait.»

Richard Blaimert

Épicentre imparfait

Autour d’eux gravitent deux clans formés de personnages aussi attachants que colorés. C’est l’un des traits communs entre les différents projets télévisés de l’auteur du téléroman Le monde de Charlotte et de la série Les hauts et les bas de Sophie Paquin : la famille et le cercle d’amis proches constituent toujours un épicentre imparfait, mais terriblement aimant.

«C’est que la famille nous définit beaucoup. Jusqu’à un certain point, elle façonne notre manière d’être et de vivre, car ce qu’on a vécu dans notre enfance laisse une empreinte», exprime le scénariste.

Marc Messier, Anne-Marie Cadieux, Henri Chassé, Fanny Mallette, Christine Beaulieu, Mi-ckaël Gouin sont quelques-uns des comédiens qui font partie de la distribution tout étoile.

Dans la jolie galerie de personnages secondaires, Justin (André Kasper), le jeune frère de Fanny, est particulièrement touchant. Son sentiment d’être né dans le mauvais corps aborde un sujet sensible, dans l’air du temps. La série va permettre de suivre son cheminement et celui de ses proches, assure Blaimert.

«J’ai souvent intégré des personnages homosexuels dans mes différents projets, mais pour celui-là, je m’étais dit qu’il n’y en aurait pas. Puis j’ai vu quantité de documentaires qui se penchaient sur l’identité transgenre. Ça m’a intéressé. C’est un sujet qui n’a pas été abordé encore dans la fiction québécoise. J’avais le goût de le creuser. Annoncer à tes parents que tu es gai, c’était énorme dans les années 1960, mais on n’en est plus là, on est rendu plus loin que ça comme société. Exprimer à tes parents que tu n’es pas né dans le bon corps, ça doit être quand même assez bouleversant, même aujourd’hui, dans une société plus ouverte.»

D’auteur à réalisateur

Pendant un an et demi, Richard Blaimert a multiplié les recherches.

«Je voulais bien transcrire cette réalité-là, avec sensibilité, en étant crédible. On a trouvé un bon acteur, courageux dans le sens qu’il n’a pas eu peur de plonger et d’assumer la trajectoire de ce personnage-là. En audition, il était criant de vérité.»

C’est Mariloup Wolfe qui réalise la série, à l’exception de trois épisodes, où Richard Blaimert a pris les commandes.

«J’avais déjà touché à la réalisation dans une série web et avec Nouvelle adresse. C’est un défi, mais à 50 ans, j’ai le goût de ce dépassement, ça m’emmène ailleurs dans la profession.»

La télésérie, qui file sur 12 épisodes, pourrait connaître une suite.

«C’est-à-dire qu’on va attendre de voir quelle sera la réception, mais si le public est au rendez-vous, j’ai des idées pour une saison deux.»

L’équipe d’abord pour Thomas Beaudoin

Certains l’ont peut-être découvert dans la série Blue Moon, où il incarnait le méchant chef des motards, mais il y a fort à parier que, pour une majorité de téléspectateurs, Hubert et Fanny sera l’occasion d’une première « rencontre » avec l’acteur Thomas Beaudoin.

Celui-ci y a hérité de son premier grand rôle dans une télésérie québécoise.  

«Je suis très reconnaissant d’avoir pu prendre part à un projet comme celui-là, porté par une équipe formidable. Je suis ressorti de ce plateau-là impressionné par le professionnalisme et le talent de tous. Je pense que les gens vont adorer. Ça parle d’amour et de conflits familiaux. Il y a quelque chose de très actuel dans le propos de la série. Quelque chose de très vrai, aussi.»

Son Hubert est un tatoueur plutôt volage. L’archétype du beau gars pour qui toutes les filles craquent, mais qui, lui, collectionne les conquêtes d’un soir.

«Il a fait le choix de ne pas s’engager. Mais comme c’est un choix, justement, ça veut dire qu’il est capable d’aimer. Il est dans un processus de changement et la prise d’otages qu’il a vécue l’amène à remettre en question certains aspects de sa vie.»

Le genre de truc qui peut arriver quand un bandit pointe une arme vers soi. Le fait qu’il rencontre une jolie fille aussi aimable que Fanny pendant le drame ne nuit pas non plus.

«Ça vient secouer ses convictions, oui. Dans tout ça, même s’il a plusieurs femmes dans sa vie, Hubert n’est pas un mauvais gars. C’est quelqu’un de vrai, qui joue franc-jeu. Il met cartes sur table dès le départ et respecte le choix des femmes qu’il croise. Le hic, c’est qu’il s’est bâti un mur de briques, c’est son mécanisme de défense, en quelque sorte. Mais bon, un mur, ça se défait. Une brique à la fois», explique le comédien de 36 ans.

Tout plaquer pour New York

Natif de Thetford Mines, Thomas Beaudoin a grandi à Drummondville, où il a fait tout son secondaire et son cégep. C’est pendant ces années-là qu’il a eu la piqûre pour le jeu.

«J’ai travaillé comme projectionniste au cinéma Capitole de Drummondville. Je voyais chaque film des dizaines de fois. Le cinéma me passionnait.»

La nature humaine aussi, puisqu’il a d’abord amorcé des études en psychologie, à l’Université Concordia de Montréal, avant de tout plaquer et de filer à New York pour explorer l’univers de la photo. Il y a fait du mannequinat avant d’embrasser le métier de comédien et de suivre différentes formations pour perfectionner son jeu. Installé au pays de l’Oncle Sam, il a participé à plusieurs productions cinématographiques, théâtrales et télévisées américaines.

«J’aime le métier de comédien parce qu’on représente les êtres humains comme ils sont, dans tout ce qu’ils sont. On est dans leur vérité, on prête vie à leurs travers comme à leurs beaux côtés. Je ne sais pas si ça vient de mes études en psychologie, mais je ne juge pas mes personnages. J’essaie de comprendre leurs intentions et leur but, je tente d’imaginer le parcours qu’ils ont eu pour en arriver là.»

Souvent, au cours de l’entretien, il souligne l’importance du travail de tous, la chance qu’il a de travailler avec des gens si talentueux.

«Je suis un gars d’équipe. Foncièrement. Au cinéma, à la télé, au théâtre, un projet est porté par l’ensemble de ses artisans, pas juste par les têtes d’affiche», insiste celui qui souhaite aussi réaliser ses propres projets. De l’autre côté de la caméra.

«Je suis en train d’écrire un scénario. J’aime beaucoup raconter des histoires. C’est un trait très québécois, ça, je pense. On est un peuple de conteurs.»

D’un couple à l’autre pour Mylène St-Sauveur

Mylène St-Sauveur

La première fois qu’elle a parcouru le texte d’Hubert et Fanny, Mylène St-Sauveur a été touchée au cœur.

«J’ai pleuré, j’ai ri, j’ai été étonnée. Je trouvais le personnage de Fanny formidable parce qu’il est complexe. C’est une chic fille, super-empathique, une travailleuse sociale vraiment tournée vers les autres. Sa rencontre avec Hubert vient bousculer son existence et change sa trajectoire, elle qui était jusqu’ici heureuse en couple. C’est intéressant de la suivre là-dedans, de voir ses réactions.»

Le séisme émotif va entraîner détours et rebondissements jusqu’au tout dernier épisode, promet l’interprète, qui salue le talent d’écriture de Richard Blaimert.

«Il sait magnifiquement écrire le quotidien. L’histoire d’amour qu’il a imaginée est belle et lumineuse, elle tranche avec la morosité ambiante et l’actualité un peu grise des derniers mois. J’ai l’impression que cette série chaleureuse, tout en légèreté et en sensibilité, va faire du bien aux téléspectateurs», explique la comédienne de 27 ans.

Celle qu’on a vue dans différents longs métrages (Sur le rythme, Maurice Richard, Familia, 5150, rue des Ormes) ainsi que dans plusieurs projets télévisés (L’heure bleue, Les jeunes loups, Mon ex à moi, Le chalet, Nos étés) a vécu sur le plateau d’Hubert et Fanny l’une de ses plus grosses semaines de tournage en carrière. Parce que la séquence du hold-up et de la prise d’otages, intense et dramatique, amenait plusieurs défis.

«On l’a tournée pendant cinq jours, dans l’ordre où les scènes se déroulaient. L’air conditionné était brisé, on n’avait que des ventilateurs. Moi, j’avais toujours un bébé de cinq mois dans les bras et mon personnage devait constamment pleurer, à cause de l’état de choc. C’était exténuant, mais extrêmement gratifiant», exprime l’actrice, qui avait déjà partagé scènes et plateau avec Thomas Beaudoin.  

Deux couples différents

Dans Le Judas, une série web tournée en 2012, ils incarnaient une sœur et son frère qui se détestaient profondément.

«Là-dedans, on s’entretuait carrément!»

Si déchirantes que puissent avoir été les scènes fraternelles alors tournées, elles ont quand même scellé un lien entre les deux comédiens.

«Entre nous, il y avait déjà une chimie.»

Cette complicité, précieuse, a bien servi le duo lorsqu’est venu le temps de jouer les scènes plus intimes.

«Comme on se connaissait, il y avait déjà une confiance entre nous. Ça simplifiait les choses», souligne Mylène St-Sauveur, qui avait aussi déjà tourné avec Mickaël Gouin, lequel personnifie son chum dans Hubert et Fanny.

«On incarnait aussi des amoureux dans Mon ex à moi. Notre défi, c’était de créer un couple complètement différent pour cette série-ci. Je pense qu’on a réussi.»

Vous voulez voir?
Hubert et Fanny
Mardi, 21 h
ICI Radio-Canada Télé
Dès le 9 janvier