Richard Séguin
Richard Séguin

La crise vue par Richard Séguin [VIDÉO]

«Ici on traverse les jours au gré des saisons et c’est la nature qui décide de tout.»

Et peut-être que c’est aussi la nature qui a décidé de nous ralentir un peu. 

Je pense au courage, à tous ces humains au travail chaque jour pour endiguer le virus, pour nous nourrir, pour nous transporter, pour nous prêter vie. 

Je pense à ce jeune couple et leurs trois enfants venus vivre le confinement dans leur chalet dans la montagne.

Je pense à notre voisine, seule dans sa grande maison. 

J’entends en écho la voix de notre amie d’Italie et de tous les habitants de la ville de Rome chantant en chœur le soir à l’heure du souper.

Je pense à mon ami Florent, à son implication et aux projets suspendus auprès des musiciens, musiciennes de Maliotenam en haut, au nord du pays.

Je pense à la disparition du caribou, aux vans de bois qui n’en finissent plus de vider le sommet de la montagne. 

Je lis le texte d’Alain Deneault publié dans Libération intitulé Gaia vit son moment #metoo et je me demande ce que nous aurons appris de cette pandémie. 

Marc Séguin confiait dans un texte publié récemment qu’il fendait du bois sur sa terre. Je fais pareil, mon attention se fixe d’emblée sur les gestes, la bûche d’érable, la hache, le feu.

Marthe et moi nous marchons ensemble dans le rang, tous les jours. On pourrait croire que c’est la même route, mais elle est toujours changeante tout comme le paysage. Ici il reste encore de la neige, on y devine la trace du renard et du lièvre. Le chant du corbeau et des geais bleus se glisse entre nos mots. On pense à demain, on agrandira le jardin.

Avec un livre on n’est jamais seul.

Le temps, les années, les siècles ne peuvent rien y changer.

Le dialogue entre l’auteur et le lecteur se vit toujours au présent.

Je relis Les yeux ouverts de Marguerite Yourcenar et j’attrape au passage cette phrase : « Dès qu’il y a sympathie, ce mot si beau qui veut dire – sentir avec –, commencent à la fois l’amour et la bonté. »

Je pense et j’habite un silence.

Après viendra le temps de se dire et de chanter. Serons-nous plus éclairés, plus accueillants envers l’autre, plus ouverts au changement, plus doux dans les mots du quotidien, plus combattants pour la survie des lendemains? 

J’habite un silence. Un silence fait d’inquiétudes, de questions, d’espoir et de patience.

Richard Séguin,  St-Venant

Chez lui, il y a... 

Dans sa campagne de Saint-Venant, il y a le chant des oiseaux qui annonce le printemps. Et il y a les mots, les histoires, les musiques qui racontent l’humanité, qui bercent l’imaginaire. Tour d’horizon de ce qui accompagne Richard Séguin dans le quotidien confiné. 

Des chansons

Les sœurs Boulay : Nous après nous (La mort des étoiles)

Patrice Michaud : Jusqu’à ce que je tombe (Le feu de chaque jour)

Luce Dufaut : Pauvre terrienne (Dire combien je t’aime)

Florent Vollant : Nenantuapmanam (Mishta meshkenu)

Jorane : J’ai demandé à la lune (L’instant aimé)

Vincent Vallières : Je pars à pied  (Le repère tranquille)

Ingrid St-Pierre : La vie devant  (Petite plage)

Alexandre Belliard 

Yvon Deschamps : La vie c’est ça (Légendes d’un peuple)

Catherine Durand : Marcher droit  (Vingt)

Phillippe Brach : La fin du monde (Le silence des troupeaux)

Salomée Leclerc : Entre parenthèses (Les choses extérieures)

Jean Leloup : Au jardin de ma mère (L’étrange pays)

Michel Rivard : Tant pis si c’est une valse (L’origine de mes espèces)

Élisapie Isaac : Mémoire  (Le Saint-Laurent chanté)

Antoine Élie : Aïe (Roi du silence)

Félix Leclerc : Présence  

Louis-Jean Cormier : Les poings ouverts (Quand la nuit tombe)

Ariane Vaillancourt : Banquise (FIG.1)

Guillaume Arsenault : Rappelle-moi (De l’autre côté des montagnes)

Marie-Pierre Arthur : Puits de lumière (Des feux pour voir

Léonard Cohen : Famous Blue Raincoat (Essentials)

Charlélie Couture : L’amour au fond (Immortel)

Luc de Larochellière : Imparfait  (Autre monde)

Gilles Vigneault : Je demeure où l’amour loge (Au bout du coeur)

Deux citations

« Par la soif, on apprend l’eau », de Emily Dickinson.

On peut dire aussi que par la solitude, on apprend, la fraternité.

« Le verbe lire ne supporte pas l’impératif. Aversion qu’il partage avec quelques autres : le verbe ‘aimer’… le verbe ‘rêver’ » 

(Citation extraite de Comme un roman, de Daniel Pennac)

Le plaisir d’une lecture, c’est la découverte d’un monde, c’est l’émerveillement entre ses mains. C’est le bonheur de ne plus être seul, car avec un livre on n’est jamais seul.

Des films

Les ailes du désir, de Win Wenders, une belle métaphore poétique dans le Berlin contemporain .  Des anges qui observent la ville.  Ils ont ce pouvoir étrange d’entendre les humains penser, réfléchir, espérer. Narration sensible et d’une grande poésie sur une musique éblouissante de Laurie Anderson, musique de voix de lumière et de nuances.

Pauline Julien, intime et politique de Pascale Ferland

Marie-Uguay de Jean-Claude Labrecque 

La femme de mon frère de Monia Chokri 

Being there avec Peter Sellers 

Des questions  

« Je veux me poser la question aujourd’hui pour nos lendemains. On a des choix à faire, des choix qui ne peuvent pas être dictés que par la vulgaire accélération des croissances économiques. »

Des livres 

Yvon Rivard, Le dernier chalet, Lemeac

Hélène Dorion, Pas même le bruit d’un fleuve, Alto

Dominique Fortier, Les villes de papier, Alto

David Goudreault, Ta mort à moi, Stanké

Michel Granger, Henry D. Thoreau Mr Walden, le mot et le reste

De la poésie

Je dis merci aux poètes et poétesses. À Gaston Miron, à Hélène Dorion, à David Goudreault. 

Je dis souvent merci à Gilles Vigneault, même en silence. Il y a des états de bonheur et de la richesse dans les chansons de Gilles. La poésie de Vigneault c’est précieux pour un peuple, même la pierre, le ruisseau et le bois te le diront.

UN POÈME 

Ne rien faire


Aujourd’hui, je n’ai rien fait.

Mais beaucoup de choses se sont 

Faites en moi.


Des oiseaux qui n’existent pas 

ont trouvé leur nid.

Des ombres qui peut-être existent

Ont rencontré leurs corps

Des paroles qui existent

Ont retrouvé leur silence.


Ne rien faire

Sauve parfois l’équilibre du monde, 

On obtenant que quelque chose pèse aussi

Sur le plateau vide de la balance.


Par Roberto Juarroz

Poète argentin (1925-1995)