La crise de la cinquantaine de Félix

Félix Leclerc a vécu une grande crise personnelle dans les années 1960. À l'aube de la cinquantaine, il commence à fréquenter, en secret, une jeune femme de 20 ans. Partagé entre son devoir d'époux et la volupté d'un nouvel amour, l'artiste aux multiples talents (qui finira par divorcer et se remarier) écrit une pièce de théâtre, L'auberge des morts subites, dans laquelle les complexes judéo-chrétiens passent à la moulinette.
« Félix était pour le bien-être et la créativité, et contre l'intolérance. Pour lui, c'était une bêtise de dire non à certains plaisirs et de se servir de la religion pour contrôler les autres », résume Michèle Deslauriers, qui a mis la pièce en scène pour la compagnie La comédie humaine.
« Félix était alors à une croisée de chemins dans sa vie et voulait faire le ménage. Il disait qu'il avait écrit cette pièce pour sortir d'un puits, d'un trou, d'un étang boueux », ajoute-t-elle.
Michèle Deslauriers avait d'ailleurs assisté à la création de L'auberge des morts subites, en 1963. La pièce, se souvient-elle, a remporté un bon succès public, même si personne ne s'attendait à ce que Félix Leclerc écrive une comédie. Les critiques, elles, furent plus partagées, mais le texte est vite entré dans les classiques du théâtre québécois.
La mission de la Comédie humaine étant de rendre lesdits classiques accessibles au grand public, particulièrement les jeunes, la compagnie a trouvé très à propos de remonter la pièce, d'autant plus que le texte a eu 50 ans l'an dernier et que Félix Leclerc aurait eu 100 ans en 2014.
« Aussi parce que c'est une satire et une critique sociale encore très actuelles. L'auberge met également en scène un débat (parfois un combat) entre les anglophones et les francophones, entre les Québécois et les Français... C'est une grande marmite avec plein de choses dedans », résume la metteuse en scène.
Drôle de Satan
La pièce raconte l'histoire de quatre mortels (un homme d'affaires anglophone, une comédienne, un philosophe français et un paysan) qui arrivent dans une auberge, sorte d'antichambre du paradis... ou de l'enfer. Les morts s'y arrêtent le temps d'être répartis et délestés de la lourdeur de leur vie terrestre par trois êtres célestes. Mais les mortels veulent retourner sur terre et décident de comploter avec Satan pour arriver à leurs fins.
Michèle Deslauriers s'est beaucoup amusée avec les stéréotypes des personnages. « L'homme d'affaires avec ses enveloppes brunes, le philosophe athée qui sait tout, la comédienne très imbue d'elle-même... Félix critique la religion, mais il taquine aussi les êtres humains et s'en prend au matérialisme. D'ailleurs, tous les mortels ont un moment où ils heurtent un mur, où remontent leur passé et leur douleur. Quant à Satan, c'est l'élément comique. »
Afin de donner du rythme et d'alléger le propos (entre autres pour les publics adolescents), Michèle Deslauriers a élagué le texte tout en le modernisant.
« J'ai enlevé les répliques qui se répétaient ou qui devenaient trop tristes. J'ai aussi doté les personnages de leur iPhone, iPod, iToute... Il y a des allusions à la commission Charbonneau, dit-elle en riant. Il y a aussi un passage où la danse est à l'honneur (car l'Église condamnait le rock'n roll à l'époque). Évidemment, il n'y a rien de bien subversif dans le rock aujourd'hui. Je l'ai donc remplacé par la lambada et le crump. »
Avec quelques coquineries. « Si on porte attention, on verra que le crump est dansé sur l'air du P'tit bonheur. Il y a plusieurs autres airs de Félix en filigrane. À part Attends-moi, ti-gars, qui est vraiment chantée dans la finale... »
L'auberge... du chien noir
On pourrait dire de la distribution qu'il y a plusieurs amateurs d'auberge : quatre d'entre eux sont comédiens dans L'auberge... du chien noir. Ce sont Jean Maheux, Anie Pascale, Gary Boudreault et Stéphan Côté.
« Gary est vraiment un grand admirateur de Félix et il était ravi d'y jouer. Il aime tellement Félix! Stéphan, lui, a carrément son propre spectacle où il chante du Félix. Il connaît son répertoire d'un bout à l'autre. Il m'a même donné des renseignements pour la préparation de la pièce. »
« Mais on pourrait dire que tous les acteurs aiment beaucoup Félix », ajoute Michèle Deslauriers à propos de Pierre Gendron, André Lacoste, Chantal Baril et Robert Brouillette, qui complètent l'équipe.
L'auberge des morts subites
Mercredi, 20 h
Salle Maurice-O'Bready
Entrée : 41 $ (étudiants : 31 $)