Kino Guérin à l'oeuvre

Kino Guérin : arabesques ligneuses

Les œuvres de bois de Kino Guérin affichent des courbes impressionnantes. Ses planches repliées en boucles multiples et en improbables spirales attirent le regard au premier coup d’œil. On n’associe d’ordinaire pas pareille malléabilité au bois.

« J’ai étudié en ébénisterie à Montréal il y a 23 ans et, déjà, j’étais intéressé par le mouvement qu’on peut donner à la matière. J’avais envie de travailler le bois courbé et j’ai réussi à le faire en développant une technique de moulage avec une presse sous vide. Je n’ai pas conçu la presse, c’est quelque chose qui existait déjà, mais j’ai inventé une nouvelle façon de m’en servir », explique l’artisan établi à Melbourne.

C’est en voyant du matériel vendu pour faire des linteaux d’escalier que ce dernier a eu l’idée de pousser sa technique un iota plus loin.

« Je voyais qu’il y avait là des possibilités à explorer. Il suffisait de concevoir les moules en trouvant l’équilibre, la bonne pression, la bonne colle. Je travaille à partir de placages. Le bois laminé permet une grande flexibilité. J’arrive à concevoir des meubles qui semblent faits dans un seul morceau de bois. »

Noyer, érable, cerisier, frêne et orme sont quelques-unes des essences qu’il utilise. « J’ai déjà employé du bois exotique, mais par souci environnemental, j’ai cessé de le faire il y a quelques années. »

Grâce à des bourses du Conseil des arts du Canada et du Conseil des arts et des lettres du Québec, l’ébéniste a pu parfaire sa méthode.

« J’ai d’abord développé une table toboggan, un modèle de base avec une courbe d’un axe. J’ai investi beaucoup de temps en recherche et développement. Je voulais concevoir des moules qui me permettraient d’offrir des meubles à une vaste clientèle. Parce que je voulais vivre de mon métier, je souhaitais faire une percée sur le marché américain. »

La cible est atteinte : environ 95 pour cent des tables, tablettes et bancs qui sortent de son atelier prennent la route des États-Unis. Divers sites web, galeries et magasins vendent du Kino Guérin. Certains designers ont aussi intégré sa collection à leur catalogue. Si on connaît relativement peu ses produits au Québec, c’est autre chose de l’autre côté de la frontière. En décembre, le manieur de bois prendra d’ailleurs l’avion pour Miami, où il est attendu pour un salon du design.

« La table nebula et le banc nœud sont les deux créations les plus populaires », dit l’artisan, qui réalise aussi plusieurs commandes sur mesure. « Les gens arrivent avec leurs contraintes et leurs exigences, selon leurs besoins et l’espace dont ils disposent. De mon côté, je me donne le mandat de créer trois nouveaux modèles par année », dit celui qui n’a pas peur des défis.

« J’aimerais bien arriver à proposer des tables de salle à manger. C’est un gros mandat, parce qu’il faut s’assurer de livrer un produit massif et solide tout en jouant avec la souplesse du bois. »  

Karine Tremblay dresse le portrait de trois créateurs à l'honneur du 29e Salon des métiers d’art de l’Estrie.

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